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Un quart de vie en sourdine.

Par

Violette Wawerinitz-Ruer

 

 

 

 

 

          Violaine appréhende le moment de se retrouver devant la maison familiale. Son cœur bat très fort car des instants de joies se mêlent à des moments tragiques et l’émotion la gagne. Les souvenirs affluent :

 

          Quand son père décéda en 1986, sa vie devint un enfer. Sa mère, libérée enfin du joug de l’autorité de son mari a laissé libre cours à sa colère contenue depuis des années. Elle aimait sa fille mais l’excessive protection de son père la reléguait, elle, son épouse, au second plan et, au fil du temps, l’aigreur a fait place à l’amour maternel.

 

          Traumatisée par le décès de son mari, elle avait besoin de trouver un bouc émissaire. Elle ne pouvait s’en prendre au destin alors sa fille aînée était une proie toute trouvée à son ressentiment, aidée en cela par ses trois autres enfants, Vincent, Solène et Renaud.

 

          Tous mariés, pas très heureux en ménage à l’inverse de Violaine, il fut facile de les rallier à la cause de la vengeance. La jalousie était leur meilleure alliée et aussi le fait qu’ils se voyaient souvent alors que l’aînée vivait à Paris et ne faisait pas partie du clan.

 

          Que d’horreurs inventées ! Que d’histoires rocambolesques narrées entre eux. Ils ne connaissaient  pas la vie de Violaine, il fallait donc créer une saga plausible, méchante et qui fasse mouche à tous les coups. Tout à coup cette fille, cette sœur qui possédait certains dons de voyance et de télépathie (exercés souvent avec son père) devenait la sorcière de la famille ! Chaque malheur, chaque incident, chaque accident, lui étaient attribués. Elle fut submergée d’appels téléphoniques si bien qu’elle coupa les ponts pendant deux ans pour s’éloigner de tout ce tintamarre débile !

     

          Violaine aimait sa mère. Elle lui trouva d’innombrables excuses : le chagrin, la dépression, la maladie, mais les jours, les mois passaient et rien ne s’améliorait. L’acharnement à lui faire du mal continuait inlassablement.

 

          Le moment culminant fut quand le fils aîné de Violaine se maria. Elle invita la famille qui refusa en bloc prétextant que la future mariée n’était pas à leur goût. C’était peut-être mieux ainsi. Mais rebondissement le jour de la noce ! La maman de Violaine appela son petit-fils et pleura au téléphone en disant :

 

          - J’aurais aimé être près de toi en ce beau jour mais ta mère ne nous a pas invités !

 

          C’était vraiment cruel d’agir ainsi. Violaine en fut profondément marquée. Ce fut le début d’une avalanche qui n’en finissait pas de dévaler la pente de sa vie, une boule qui grossissait de plus en plus dans sa gorge et qui l’étouffait.

 

          Puis sa maman tomba gravement malade, un cancer généralisé et fulgurant. Elle passa six jours près d’elle avec comme seule compagne l’animosité de ses frères et sœur et de sa belle-fille. Même dans un moment aussi grave ils ressassaient leur aigreur. C’était lamentable mais Violaine s’en moquait. Elle était près de sa maman et elle avait pu lui dire avant la fin qu’elle l’aimait. Les larmes dans les yeux de sa maman  et la main dans la sienne étaient un ultime message de bonté et d’adieu dans la sérénité.

 

          Commençait alors la dure réalité de l’héritage ! Une maison en Lorraine en indivision était impossible à gérer à quatre dans l’ambiance de haine qui régnait alors. Violaine demanda à sortir de cette indivision et proposa qu’un de ses frères ou sa sœur lui rachète sa part.

 

          Ce fut le début d’appel de menaces de son frère, du genre :

 

          « Ma vieille il va falloir changer d’attitude car la maison ne sera jamais vendue et tout ce qui s’y trouve restera tel quel ! Tu n’auras rien !

 

          C’était en début d’année 1998.

 

          Quelques mois plus tard, la maison fut saccagée par Vincent, Solène et Renaud. Ils se chamaillèrent pour trois cuillers et deux fourchettes, incapables de se mettre d’accord. Violaine absente ce jour là, n’a pu récupérer qu’une armoire un pupitre de musique et une mandoline avec l’aide du notaire. Elle avait demandé ces objets car ils avaient une valeur sentimentale pour elle. Ce fut très difficile à obtenir. Les onze pièces de la maison furent dévastées de tous les objets et meubles de valeur  monnayables. Un tel carnage pour une maison qui devait rester en l’état d’après la famille était incroyable et lamentable !

 

          Quand Violaine vit l’état de la maison familiale, elle se mit à pleurer en pensant à ses parents et à tout le mal qu’ils s’étaient donnés pour faire de cette demeure un vrai bijou !

 

          Deux ans plus tard, quand la maison fut vendue après maintes péripéties et hésitations du trio infernal, elle avait perdue un tiers de sa valeur.

 

          Tout aurait dû s’arrêter là, hélas ce ne fut pas le cas. La belle-fille de Violaine lui vouait une haine féroce et avec l’aide du même trio elle tentait  de la détruire moralement  aux yeux de son fils aîné. Lui, influençable et ne voulant pas de soucis avec son épouse, se rangea de son côté.

 

          Se battre pour faire éclater la vérité était inutile car chaque nouvel évènement était inattendu, invraisemblable et de pure invention. A quoi bon se battre contre la bêtise. Alors elle décida de vivre sa vie en évitant au maximum cette famille qui la haïssait sans aucune raison valable.

 

          Elle s’entoura d’une carapace espérant ainsi se protéger  au maximum des assauts. Elle avait foi en l’avenir et se dit qu’un jour tout le mal se paierait, qu’il suffisait de laisser faire le temps et le destin.

 

          Solène est décédée dans un incroyable accident de voiture en 2000 à l’âge de 48 ans.

 

          Vincent a été ruiné par une faillite frauduleuse et a perdu tous ses biens en 2003.

Il a également divorcé. Ses enfants se sont adonnés à la drogue. Heureusement aujourd’hui les enfants sont sortis de cette mauvaise passe.

 

          Renaud qui travaillait avec son frère a subi la même faillite et a eu un accident grave qui l’a immobilisé toute une année.

          La belle-fille s’adonne à la boisson parce qu’elle n’est pas heureuse en ménage….

 

          Coïncidences ? Revers de médaille ? Punitions ?

 

           Violaine ne se réjouit pas de ces tristes évènements, le mal n’est pas dans sa nature.

 

          Hélas ses frères et sa belle-fille continuent à l’accuser de sorcellerie ! Elle reste la sorcière par qui tout arrive car ils ne parviennent pas à assumer leurs responsabilités. Et ils y mêlent les petits enfants. Quel désastre !

 

          La bêtise est-elle guérissable ? Est-elle héréditaire ?

 

          Violaine regarde la maison, cet endroit où elle fût si heureuse et se dit que les bons souvenirs viendront à bout de sa déprime. Maintenant elle en est certaine !

 

          Qu’avait dit le psychologue ?

 

          «  Votre vie sera  sereine quand vous aurez le courage de revoir la maison familiale que vous aviez chassée de votre mémoire pendant vingt ans » 

 

          Vingt ans !  Le monde est toujours le même ! Pas elle !

 

Le 25 06 2006