Salernes
Ce village comptait lors de
nos investigations 3.343 Âmes mais, comme chacun le sait, cela est sujet aux
fluctuations.
Entouré de collines sèches et boisées de quatre
cents à cinq cent mètres de hauteur, le village de Salernes est situé dans un
vallon humide arrosé par la Bresque, affluent de l'Argens, au confluent du
Pelicourt et de la Grave, cette petite ville est une cité artistique et
industrieuse. C'est un village au patrimoine historique important à flanc de
collines à l'abri des vents, dans la douceur du climat méditerranéen, il est
agréable de flâner dans les ruelles étroites aux maisons pittoresques en
admirant au passage l'église du XIème caractérisée par sa porte et ses 2
clochers, les nombreuses fontaines à l'eau si claire. On peut monter visiter
les ruines du vieux château féodal d'où l'on peut découvrir le village vu du
ciel, avec ses toits de tuiles rondes.
Un
peu d'histoire:
Le site est occupé depuis le paléolithique
inférieur, tirant parti de la présence d'une eau abondante et d'une éperon
rocheux permettant un habitat perché quand il en était besoin. Les Ponteves
sont au XII° siècles les premiers seigneurs du lieux, avant que les terres ne
passent dans la famille des Castellanes.
D'anciens vestiges, "les Murres",
ont été trouvées dans le quartier du même nom; Salernes était au XIV° siècle
sur la route du sel entre Hyères et les Alpes. Les Murres étaient des citernes
que l'on remplissait d'eau et de saumures pour fabriquer, par évaporation, le
sel. Salernes c'est ensuite spécialisé dans la faïence, mais la chute de ses
cours après la révolution, a entrainé une reconversion vers la fabrication
des tomettes et des malons fins, artisanat toujours vivace aujourd'hui.
Salernes
est célèbre pour ses tomettes hexagonales, frais carrelages qui recouvrent la
plupart des sols dans les maisons provençales. Ce sont des carrelages en terre
cuite, émaillé ou non, faite d'un mélange de cette terre rouge et
ferrugineuse à d'autre sorte de terre. 15 fabricants très créatifs vous
proposent constamment leurs produits qui sont connus dans le monde entier
Le sol contient de multiples gisements d'une
argile de première qualité riche en oxyde de fer. La présence de nombreux
petits cours d'eau pour laver l'argile de ses impuretés, du bois en abondance
pour alimenter les fours où cuiront les carreaux et voilà toutes les
conditions réunies pour le développement d'une activité liée à la terre
cuite. Les fabriques des
fameuses tomettes jouirent d'une
belle prospérité jusqu'à la guerre de 1914. On comptait en 1913, cinquante
trois fabriques exportant dans le Monde entier et employant 1.200 personnes ! Le
déclin s'amorça et, dans les années cinquante on délaissa les tomettes pour
les granitos et le grès. Salernes
au bord de la faillite trouve son homme providentiel : le dynamique Pierre
Boutal, chef d'entreprise à vingt ans, qui comprit la nécessité de moderniser
l'artisanat du carrelage et de différencier les produits de cette activité. La
chance sourit aux audacieux et son succès entraîna toute une nouvelle
génération de fabricants pouvant aujourd'hui satisfaire une clientèle
amoureuse de matériaux au charme du passé produits grâce à la
technique moderne. ************
Le vallon de Saint
Barthélémy à Salernes
( Site Nadine de
Trans)
Cet étroit vallon a été creusé il y a fort longtemps par les eaux d'un petit
torrent qui s'est depuis bien assagi. Il coule à présent tranquillement et
accueille en son lit de belles écrevisses. Les anciens ont même eu l'idée de
capter une partie de son eau et de l'emmener, via un canal, dans les terres
fertiles qui forment le bassin de Salernes.
Ce vallon se trouve à un kilomètre au nord de Salernes. On y accède, au départ
du village, en se rendant dans un premier temps au lieu-dit La Cabrière par une
petite route. A ce niveau, la route coupe la départementale et poursuit en face.
C'est par là qu'il faut aller, jusqu'au bout, où un parking attend les voitures
des visiteurs.
Le soleil se fait discret dans ce vallon très encaissé. Le chemin remonte le
cours du ruisseau sur 200m et débouche sur une belle clairière ombragée et
dominée par de hauts rochers escaladés de lierres. L'herbe y est généreuse et
les arbres élancés. Sur la gauche, dort l'étang de Saint Barthélemy, tout contre
une falaise. Les joncs et les peupliers s'y plaisent à se mirer dans cette onde
immobile. Et les gens aiment à y venir pour une journée pique-nique. Une légende
est associée à cet étang (voir à la fin de l'article).
Il ne faut que quelques
pas de plus pour apercevoir la resplendissante chapelle dédiée à Saint
Barthélemy qui trône sur son rocher. Dépassant un peu au-dessus des frondaisons,
elle peut ainsi bénéficier des chauds rayons du soleil. Cette chapelle a été
érigée au XVIe siècle et fut transformée au XIXe siècle.
Le vallon se poursuit vers le nord en se rétrécissant. Il se transforme
rapidement en défilé d'une nature sauvage. L'eau a façonné les hautes parois :
on y voit des concrétions de travertin et des abris sous roche plus ou moins
profonds. Si, à présent, on ne rencontre plus grand monde dans ces ternes
profondeurs, il en était autrement au cours du Néolithique (6000 à 2000 av. J-C)
: on a retrouvé dans une des grottes des ossements humains portant des stries de
silex. Il semble ne faire aucun doute qu'il s'agit là d'un témoignage
d'anthropophagie. Une douzaine de squelettes (adultes et enfants) ont ainsi été
étudiés. Les corps ont été dépecés et désossés. Certains os ont été brisés pour
en extraire la moelle très appréciée. Doit-on attribuer ce cannibalisme à une
pratique religieuse (culte des morts) ou à une période de grande famine ? Ce qui
est sûr, c’est que l’on a découvert des faits similaires un peu partout en
Europe. Cependant, il s’agit bien d’un caractère exceptionnel et ponctuel.
On peut aussi noter la présence du Trou du Loup. Qu'est-ce que c'est ? Il s'agit
d'un passage creusé dans la roche par l'eau, une sorte de conduit coudé de 3
mètres de long, pas facile à atteindre pour les petites jambes. Il se situe dans
la partie sombre du vallon au niveau des grottes après un gué. Un court sentier
y conduit, puis il faut s'aider des bras et des jambes pour pénétrer dans ce
trou et ramper jusqu'à sa sortie qui se trouve au-dessus. L'intérêt ? C'est
assez étonnant à faire ; et puis c'est un passage pour un circuit de randonnée
qui part du vallon et se poursuit sur le plateau de Plérimond au nord.
Légende :
Au pied des rochers, dont
les sommets s'irisent au point du jour des couleurs les plus tendres et sous la
verdure, coule la jolie source de Saint Barthélémy. À une époque fort lointaine
où les nymphes des bois se baignaient dans les eaux de la source, les dieux
d'alors, jaloux de leur beauté et pour en défendre l'accès aux mortels,
coupèrent les rochers à pic. Et lorsque de séduisants chevaliers vinrent sur les
bords de l'onde, les nymphes disparurent, les plongeant dans un profond
désarroi. Pris de pitié pour ces malheureux humains, les dieux les changèrent en
peupliers. C'est depuis ce jour que des arbres grandissent sur les berges.
************
Chronique de
Salernes (Var) au XIX° siècle
samedi 1er septembre 2007, par Catherine Leclercq
Cinq épidémies de choléra et trois de variole,
rigueurs du climat tous les 4 ou 5 ans et disettes qui s’en suivent,
réquisitions militaires, arrestations et déportations des républicains : les
habitants du petit village de Salernes en Provence vont être durement éprouvés
au cours du XIXe siècle. Les populations agricoles des communes environnantes
ont subi les mêmes fléaux, mais, à Salernes, l’essor industriel de la céramique
si important en 1880 a permis au village de s’assurer un avenir.
Les travaux et les jours
Pendant le Premier Empire et la Restauration, Salernes compte 2300 habitants
(3200 en 2000) dans 595 maisons habitées par une population en majorité
agricole. Il y a 5 fours à pain, 4 moulins à farine, 10 moulins à huile, 2
pressoirs, 2 filatures de laine et de soie, 2 fouloirs, 2 fabriques de briques
et malons exploitées par des ménagers qui partageaient leur temps entre cette
activité et l’exploitation de leurs biens agricoles. Dans le village, les
artisans, barillards (fabricant de barils ?), bastiers (fabricant de bâts pour
les chevaux), taillandiers (fabricant d’outils à la forge), parenduriers (ou
paranduriers ?) et gipiers (fabricants et artisans du plâtre) fournissent les
objets usuels nécessaires.
Les cultures sont principalement l’olivier et le figuier ainsi que la vigne, un
peu de blé et 5 ou 6 bergers conduisent les troupeaux de moutons. On exporte
l’huile et le vin, surtout par transport maritime, par Saint Raphaël vers
Marseille, parce que cela coûte moins cher que par les routes laissées en très
mauvais état par les transports militaires ( citation de Maurice Agulhon dans la
vie sociale en Provence intérieure au 19° siècle).
Ce début de siècle met les habitants face aux réquisitions militaires et
beaucoup de réfractaires sont poursuivis après des heurts avec les colonnes
mobiles, pendant que la disette sévit en 1812 et 1817. Le Tribunal criminel
spécial de 1811 doit juger quelques troubles causés par la présence de soldats
hanovriens et russes.
Disettes, maladies et misère
Dès 1817, il sévit une forte sécheresse et en 1819 les oliviers sont malades.
Selon le registre des Marchés et Subsistances, ils ont le pou noir et tombent la
feuille c’est à dire la cochenille et la fumagine, il n’y a pas de récolte
possible. En 1820 et 1821, il fait moins 10°C en Janvier, et donc des dégâts aux
arbres fruitiers suivis d’une grande misère chez les agriculteurs. En 1829, il
fait moins 12°C et en 1831, le choléra fait son apparition pendant un hiver
extrêmement rigoureux. Il s’avère nécessaire de formuler une demande de secours
auprès du Préfet pour que le Bureau de Bienfaisance puisse soulager les
habitants.
En 1834 de nouveau une sécheresse. De 1835 à 1837, épidémie de choléra et de
variole (91 décès enregistrés en 1 mois et 12 jours)... Ces même années, il fait
si froid qu’une réduction du montant des contributions paysannes est accordée en
1837 et 1839 ( réduction de 1/10eme). En 1852, après les troubles qui ont suivi
le référendum ,les hommes étant partis ainsi que quelques femmes, les récoltes
sont restées sur pied. Même succession de fléaux dans la seconde partie du
siècle : en 1855 retour du choléra, très meurtrier : 124 décès de salernois. En
1859 c’est l’oïdium qui anéantit la récolte dans les vignes. En 1860 retour d’un
un grand froid. En 1864 à nouveau l’oïdium .
En 1865 et en 1867, la variole qui fait 350 malades et 45 morts. En 1868, 1871,
1872, toujours le choléra et, en plus, le phylloxéra et de mauvaises conditions
climatiques : moins 11° C en 1882 !
La révolte républicaine
La seconde moitié du siècle s’ouvre aussi sur des drames familiaux :
arrestations et déportations qui ont lieu à la suite de la révolte de décembre
1851, conséquence du coup d’état du 2 décembre de Louis-Napoléon Bonaparte.
Cette révolte « républicaine » à mobilisé les hommes en plusieurs points du
département du Var, ces hommes, formés en colonnes marchent vers les Basses
Alpes. A Salernes, les nuits des 11 et 12 décembre, ils sont 3500 dans le
village et se dirigent sur Aups où les troupes gouvernementales les
anéantissent.
Ceci a entraîné 110 arrestations de Salernois suivies d’emprisonnements et
déportations après des jugements très sévères : par exemple André Vaillant dit «
Eclair », journalier agricole, 50 ans, marié, un enfant, il ne sait pas lire ni
écrire, il a « une vie privée irréprochable, réservé, gros travailleur, estimé,
est affilié à une Société Républicaine », il aurait mis dans l’urne, lors du
vote referendum, un bulletin négatif : il est condamné à 5 ans en Algérie.
Le registre des tournées journalières du garde champêtre conservé dans les
archives communales fait état des recherches d’insurgés dans les bois.
Naissance d’une industrie et mouvements
de populations
Cependant se fait jour la vocation industrielle de Salernes avec l’accroissement
notable du nombre de fabriques de céramique. Auparavant celles ci étaient
réparties entre de nombreux propriétaires agriculteurs qui pratiquaient
parallèlement le travail de fabrique et des champs. On trouve alors des dizaines
de petits ateliers de tuiles, de briques, de céramiques, de poteries utilitaires
et du fameux malon hexagonal rouge qui deviendra « la tomette de Salernes ». Dès
1835, des usines se développent et l’industrie progresse et atteint son apogée
en 1880 avec 40 fabriques, ensuite elle décline à la fin du siècle.
L’industrialisation entraîne l’arrivée d’ouvriers italiens à la recherche de
travail dans les usines de céramique : 8 sont recensés et domiciliés au village
en 1850, 250 en 1881.
Parallèlement se produit une émigration de la population à partir de 1845, on en
trouve la trace dans les souches de passeports. Emigration vers Marseille,
Aix-en-Provence et Paris mais aussi vers la Nouvelle Orléans et l’Amérique du
sud.
De 1845 à 1848 , 23 familles (50 personnes de tous âge vers Buenos Aires).
De 1848 à 1869, 34 familles (38 personnes vers la Nouvelle Orléans.
En 1882, 9 familles (13 personnes vers Buenos Aires et Montevideo).
Sans pouvoir vraiment établir si les départs se décident à l’appel des familles
déjà exilées ou si la motivation est d’ordre familial, social ou politique. Mais
en 35 ans, à partir du milieu du siècle 56 familles c’est à dire 102 personnes
ont quitté Salernes.
Sources :
archives communales de Salernes, Var en 1982.
Texte rédigé d’après les notes de Simonne Pélissier Boyer dont l’ascendance
paternelle est établie à Salernes et à Cotignac (village situé à 12 km de
Salernes ).
************
(Retour)
(Village suivant)
(Village précédent) |