(Source GénéProvence)
La profession de mégissier
Le
terme de mégissier vient du verbe
« mégir
[1]» qui
signifie précisément : « préparer les
peaux en blanc par tannage à l'alun ».
L'alun rentrait dans une préparation
aussi composée d'eau et de cendres. Le
mégissier est donc la personne qui
prépare les peaux de mouton ou de veau
pour diverses destinations, à
l'exception des professions de corroyeur
et de pelletier. La technique
consistait à débarrasser la peau de ses
impuretés, entre autres de ses poils ou
de sa laine. La profession s'inscrit
donc dans l'industrie de la confection,
notamment dans la ganterie et la
fourrure.L'action de mégir se nomme la mégie, parfois mégisserie.
Les principaux centres de mégisserie sont situés dans le Sud-Ouest de la France, mais quelques industries existent en Provence au XIXe siècle, notamment à Aix-en-Provence, centre de ganterie.
En latin médiéval, on trouvera la profession sous le nom d'alutarius.
Illustration : Le mégissier. DR
Suppression des tours d'abandon : une mesure pire que le mal
Il ne s'agissait bien sûr pas de juger de la moralité de l'abandon, mais l'usage des tours assurait la survie de l'enfant rejeté.
Dans les années 1830, un mouvement moralisateur parvient à l'interdication de l'emploi de ces tours.
Alors que d'aucuns peuvent se réjouir d'un tel retour à la moralité, les suites vont se révéler franchement négatives. L'interdiction des tours ne provoqua nullement un déclin du nombre de naissances d'enfants naturels et, pire, vit une augmentation dramatique du nombre d'infanticides. Après un abandon, si la police n'établissait pas un certificat, les hospices refusaient en effet l'accueil des enfants trouvés.
De nombreux journaux nationaux, mais aussi de Provence, s'en émurent, comme Le Mémorial d'Aix ou Le Sémaphore d'Arles.
Dans son édition du 10 février 1838, Le Mémorial d'Aix, sous la plume de Charles Chaubet, proposait, dans un discours extrêmement moralisateur, quatre mesures pour lutter contre cette épidémie d'infanticides :
L'usage des tours fut rétabli rapidement. Il faudra attendre la loi du 27 juin 1904 pour en voir la suppression définitive. Même si des pays, comme l'Allemagne, en ont rétabli l'usage, ce n'est pas le cas de la France, bien que des mesures, comme l'accouchement sous X, permettent d'arriver au même résultat.
- Donner à tous, désormais, une éducation morale et religieuse. Ouvrir à tous les trésors des sciences pratiques, car la culture de l'intelligence a pour effet immédiat de détourner des penchants grossiers.
- Propager dans les masses le dogme saint de la fraternité humaine dont les jouissances brutales ne sont que la complète négation : que l'homme comprenne que le plus grand des crimes est de déshonorer son semblable,et la cause des mœurs sera gagnée.
- Honorer le travail et l'organiser sur une échelle immense, au moyen de l'association ; par là l'oisiveté se trouvera détruite et l'activité de l'individu dirigée vers un but légitime.
- Faciliter les mariages, car rien n'est mortel à l'homme comme les célibats.
Notes
- On dit un tour d'abandon et non une tour d'abandon.
- Tour d'abandon du XVIIIe siècle, musée de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, hôtel de Miramion (Paris). © Ignis, 2006. GNU Free Documentation License, Creative Commons Attribution ShareAlike 2.5.
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Les repas dans l'ancienne Provence
À quelle heure mangeaient nos ancêtres de Provence au début du XIXe siècle ? Comment s'arrangeaient les repas ?
(« Quand on mange tout à son dîner,Quan manjo tout a soun dina
Noun a plus rèn per soun soupa
On n'a plus rien à son souper. »)
Illustration : Jean-Baptiste Greuze, Le Gâteau des Rois, 1774, musée Fabre.
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Combien gagnait un employé municipal à Auriol en 1745 ?

Le sieur AUBANEL, trésorier, inscrit et détaille les opérations comptables de la communauté, avec entre autres, les honoraires annuels des dix officiers municipaux et employés.
En voici le résumé :
- à Sr François GUITTON, maire : 30 livres.
- à Me GARNIER, greffier : 36 livres.
- à GIRAUD, valet de ville : 30 livres.
- à Me TOURNATORY, docteur en médecine : 150 livres.
- à Sr Benoit BALLAT, maître d’école des enfants:130 livres.
- à la Delle MICHEL maîtresse d’école des filles : 30 livres (comparons avec les honoraires du maître !)
- à Joseph CAPUS, « bannier et gardien des deffens » (appariteur) : 120 livres.
- à Fleury MAGAUD, serrurier, pour la conduite et l’entretien de l’horloge : 36 livres.
- à François CHAFFARD, aygadier « pour les gages de 4 mois au temps des arrosages pour distribuer l’eau aux particuliers »: 60 livres.
- au sonneur de cloche « au temps d’orage depuis la Croix de may (1) jusque à celle de septembre »: 14 livres 8 sols.
Source : archives communales d'Auriol.
(1) Le 3
mai, était célébré « l’Invention de la
Sainte Croix », c’est-à-dire sa
découverte en 326 à Jérusalem par sainte
Hélène. Le 14 septembre était fêté «
l’Exaltation de la Ste Croix »,
c’est-à-dire son retour à Jérusalem,
après son enlèvement par le roi des
Perses, 14 années auparavant.
Source :
La vie
des saints de tous les jours,
R.P. Jean Croiset, 1742 coll. privée.
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Les odeurs détestables du tanneur Vive (Arles, 6 juin 1788)
- Archives communales d'Arles, FF54.
n
mil sept cent quatre vingt huit et le
sixième jour du mois de juin, pardevant
nous consuls gouverneurs lieutenants
généraux de police de cette ville d’Arles,
seigneurs de Trinquetaille et dans le
cabinet de l’hôtel de ville, est comparu
Me
Honoré Rougier, procureur en la
sénéchaussée, intervenant pour & et au
nom du sieur
Mathieu
Jouve, receveur de la loterie
royale de France en cette d. ville,
lequel nous a exposé qu’aujourd’hui sur
les sept heures du matin, led. sieur
Jouve, allant à Avignon avec le
sieur
Vignaud, et étant dans sa voiture
attelée à un cheval, il a passé par la
Cavalerie
(1), lorsqu’il a été près des
cours, il a senti tout d’un coup une
infection insupportable, au point que
son cheval s’est donné peur, a renversé
la voiture dans un fossé très profond, &
led. Jouve, de même que le sieur
Vignaud, ont failli perdre la vie. La
voiture s’est brisée et mise en mille
pièces.On ignoroit d’où pouvoit provenir cette détestable infection, on présumoit que c’était quelque charogne qui étoit par là aux environs. Point de tout. Les voisins qui ont accouru pour donner du secours au comparoissant lui ont appris que c’était les peaux que le sieur Pierre Vive, marchand parfumeur et gantier de cette ville faisoit corrompre ou préparer dans une cave, et qu’il étendoit ensuite sur le terrein dans une des cours de la Cavalerie.
Effectivement, on a vérifié le fait et on a trouvé qu’il y en avoit une quantité d’étendues qui répandoient cette mortelle infection, & les voisins ont assuré que ce n’étoit pas là le premier malheur qui arrivoit, que tous les jours on voyoit des voyageurs et passants qui étoient exposés au même inconvénient, qu’eux-mêmes parfois ne pouvoient habiter leurs maisons, mais comme, suivant les règlements de la police, il n’est pas permis au sieur Vive ni à aucun gantier, tanneur ou pelletier de se choisir lui-même un local pour la préparation de ses peaux, & surtout aux portes des villes, & sur un chemin & une route publique, qu’on doit pour cela s’adresser à nous pour lui en assigner un qui ne porte préjudice au public, que le sieur Vive a contrevenu à ces mêmes règlements en se choisissant lui-même le local qui lui a plû & tout autre que celui qui peut servir à un pareil objet.
Led. sieur Jouve nous a dénoncé la contravention commise par le sieur Vive auxd. règlements de police, pour que nous ayons à y obéir et à empêcher la continuation d’icelle, attendu que le sieur Jouve se trouve exposé de tems à autre de faire le voyage d’ici à Avignon, relativement aux affaires de son bureau, sans entendre que le présent porte préjudice à l’action en dommages intérêts qu’il a intenté aujourd’hui, co[ntr]e led. sieur Vive pardevant M. le lieutenant général en ce siège, & s’est led. M. Rougier au susd. nom soussigné.
Photographie : DR.
Naître en Provence autrefois
À
mesure que la grossesse avançait,
l’angoisse survenait quant à
l’accouchement. Le nombre d’enfants
morts-nés — ou non-viables — fut
particulièrement effrayant jusqu’au
début du
XIXe
siècle. Ces naissances malheureuses
s’accompagnaient parfois du décès de la
mère, ajoutant un second deuil au foyer,
et laissant un père désemparé. A dire
vrai, toutes les femmes enceintes
invoquèrent un jour la Vierge pour
obtenir une délivrance heureuse. Des
saints, même, se spécialisèrent, telle
Notre-Dame de l’Espérance, en l’église
de Saint-Martin à
Marseille, où se déplaçaient
toutes les Marseillaises sur le point
d’enfanter. Se placer sous la patronage
de la Vierge en pareille circonstance
était censé contribuer à préserver la
femme enceinte des douleurs de
l’accouchement. Il y avait à Marseille
un proverbe que l’on destinait aux
femmes sur le point d’accoucher :
«
Ben leou, n’en sera eis ahi! et eis ouï!
»
("Bientôt, elle en sera aux aïe!
et aux ouille!").Arrivée au chevet de la future mère, la sage-femme s’assure que celle-ci ne porte aucun bijou en or. L’or, c’est bien connu, empêche les enfants de « bien venir ». Les hommes, bien entendu, ont quitté la pièce, mais plusieurs femmes restent là : les sœurs, la mère, les amies, les voisines et une jeune fille vierge.
Avant de se retirer, le père aura pris soin de remettre à la baïlo un cierge bénit, censé porter bonheur au nouveau-né. Comme l’accouchement se complique et que leis ramados ("les douleurs") s’amplifient, la baïlo prépare pour la future mère une tisane de genévrier qui accélèrera le travail.
Dans la pièce d’à côté, le pauvre père endure le martyre avec son beau-frère, venu le soutenir. Jamais il ne tape à la porte pour demander des nouvelles ; cela porterait malheur à sa femme.
Qui n’a jamais eu de jumeaux de sexe différent chez ses ancêtres ? Cet accident de la nature effrayait les parents et l’on prédisait alors la mort précoce de l’un des deux enfants. En revanche, les enfants naturels, eux, étaient promis à une vie de bonheur. On disait d’eux qu’ils étaient "fils d’un prêtre" ! (ce qui, on le suppose, devait parfois bien arriver de temps à autre.)
Le père, accouru dans la chambre, admire son fils. Il n’ose pas dire à quel point il est soulagé. L’année dernière, sa femme avait mis au monde une fille. Pendant cette nouvelle grossesse, il n’a cessé d’appréhender ce que dirait son entourage si une nouvelle fille était arrivée: un homme faible, sans virilité, incapable de donner à sa femme un garçon. Pis encore, peut-être l’aurait-on traité de "coucou" (cocu)! Il prend son beau-frère par les épaules et tous deux vont fêter la nouvelle par les rues du village.
Avant de retourner chez elle, la sage-femme avertit la mère de ne pas nourrir son enfant jusqu’au lendemain. Elle le fera patienter avec de l’eau sucrée en attendant. Qu’elle prenne soin aussi de ne pas l’allaiter plus d’un an, pour ne pas en faire un idiot.
Le berceau se trouve non loin du lit de la mère mais jusqu’aux relevailles, celle-ci ne l’y mettra pas. Le bébé restera plutôt avec elle, dans son lit. En effet, les mauvais esprits tournent autour d’un berceau, la mère le sait bien.
Même dans les cas malheureux où la mère mourait en couches, le père était responsable des relevailles de sa défunte épouse. Il chargeait la sage-femme et la marraine de l’enfant de se rendre à l’église en compagnie du curé qui prononçait officiellement les relevailles de la défunte. Si c’était l’enfant qui était mort avant les relevailles de sa mère, celle-ci devait tout de même respecter un période d’isolement avant de se présenter à l’église.
Mais aujourd’hui l’enfant et la mère se portent bien. Toutes les femmes de la famille, auxquelles s’associent la sage-femme et la marraine, se rendent en cortège à l’église. La baïlo a la charge de porter le bébé. Tout le monde est très attentif à qui le cortège rencontrera. La première personne rencontrée a en effet le même sexe que le prochain enfant du couple. Cette fois-ci, ce sera une fille. Tout le monde s’est juré de ne pas le dire au père…
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Le cabaret, lieu de rencontre des hommes de la communauté
s ancêtres masculins
se sont,
un jour ou l’autre, retrouvés dans un
cabaret, quand ils n’en étaient pas de
fervents habitués. Ce lieu où tous les
hommes de la communauté se rencontraient
une fois la journée de labeur terminée
existait dans tous les villages. Il
s’agissait généralement de la maison
d’un particulier.On mettait généralement en guise d’enseigne un rameau de verdure, appelé le "bouchon", au-dessus de l’entrée du cabaret pour le signaler aux passants. Ce terme de "bouchon" devint naturellement un synonyme au mot "cabaret". On allait "au bouchon".
La
mauvaise réputation des cabarets
De tout temps, les ordonnances se sont
multipliées pour lutter contre la
fréquentation des cabarets
(1).
C’est que le lieu est loin d’avoir bonne
réputation. On parle souvent de "cabaret
borgne" pour désigner un "cabaret non
seulement (…) fort obscur, mais (…) mauvais"
(2).
Des gens de toutes sortes les fréquentent,
des ribauds, des fainéants, des vagabonds,
des travailleurs des champs. On y mange, on
y boit. De fait, les accrochages s'ensuivent
et il n’est pas rare que le cabaretier se
paie sur la personne du mauvais payeur. Du
coup, les bagarres y sont légion et les
archives judiciaires regorgent de rixes dont
l’origine se trouve dans un cabaret
(3).
Pour les autorités, le cabaret est considéré
comme un lieu de vice où les chefs de
famille se ruinent, eux et leurs enfants, et
épuisent leur santé. Cette raison est
souvent évoquée dans les ordonnances et
semble correspondre à une réalité. Les
épouses des habituées des cabarets passent
toutes leurs soirées et une partie de leurs
nuits seules avec leurs enfants, tandis que
l'homme est à boire, fumer et jouer.
Plusieurs documents présentent des femmes
allant relancer leur mari jusqu'au cabaret.
Diverses solutions sont donc régulièrement
évoquées. On interdit souvent l'ouverture
des cabarets tard dans la nuit, pour éviter
que les hommes ne rentrent ivres chez eux à
une heure avancée. Parfois, c'est
l'interdiction pure et simple de tout
cabaret, auberge, taverne ou bouchon, même
si l'on tolère la vente de vin à pot aux
personnes qui le portent chez elles. Dans
certains lieux, les cabarets et auberges
sont réservés aux étrangers et interdits aux
gens du lieu.
Les lieux et les habitudes ont évolué au fil des décennies et des siècles et le cabaret a fait place à la fin du XIXe siècle à la buvette et au bar. Ce nom de "bar" doit son origine à l'anglais bar ("barre de comptoir"), mais ne s'est-il pas fait une place dans le vocabulaire français grâce à son analogie avec le terme "cabaret"?
1. Un
exemple des nombreux arrêtés concernant la
réglementation des cabarets se trouve à la
page
"L'ordonnance sur les cabarets"
(Puyricard,
1774).
2. Dictionnaire de l'Académie Française,
1694.
3. Un exemple de rixe ayant vu le jour dans
un cabaret se trouve à la page
"Rixe au village" (Montgardin, 1746)
Illustration : DR.
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Baptême et relevailles dans la Provence de nos ancêtres
Parrain,
marraineLe parrain et la marraine sont d'ordinaire choisis parmi les proches parents. On respecte à cet effet un tour de rôle. Pour le premier enfant d'un couple, le parrain sera le grand-père paternel, et la marraine, la grand-mère maternelle (s'ils sont vivants bien sûr). Pour le deuxième enfant, le parrain est le grand-père maternel et la marraine, la grand-mère paternelle. Ensuite, on fera appel aux frères (les aînés de préférence), aux soeurs, voire aux cousins pour s'acquitter de la fonction.
Ces règles ne sont bien sûr pas immuables et tout le monde, au gré de ses recherches généalogiques, a pu constater des exceptions. A Fours (04), par exemple, il appartenait à la marraine de choisir son compère (1) .
Si les liens familiaux pouvaient varier quant au choix du parrain et de la marraine, en revanche, certaines règles ne souffraient aucune exception. On n'aurait jamais accepté comme parrain de son enfant un individu qui souffrait d'une infirmité quelle qu'elle soit, sans quoi l'enfant aurait souffert de la même tare. Borgnes, bègues, bossus, boiteux, tous ceux-là étaient exclus du parrainage. Par contre, un homme de grande taille, d'un physique agréable et présentant de grandes qualités avait toutes les chances de retenir le choix des parents. On prenait soin aussi de veiller à ce que la marraine n'était pas enceinte. Cela aurait constitué un sombre présage pour l'enfant et l'aurait voué à une vie très courte.
Parmi les nombreuses obligations du parrain et de la marraine, il appartenait à cette dernière d'offrir à l'enfant les vêtements qu'il porterait pour la cérémonie du baptême, une longue robe blanche à plusieurs rangs de dentelle. Le parrain, lui, offrait une chaîne en or d'où pendait inévitablement un médaillon à l'effigie d'un saint. La sage-femme recevait aussi un cadeau.
L'enfant, dominé par le démon jusqu'à son baptême, ne devait pas quitter la maison jusqu'à la cérémonie car il était alors vulnérable à tous les maléfices, et les masques ("sorciers") risquaient de lui jeter un sort. C'est pour cette raison que le baptême devait avoir lieu le plus tôt possible, souvent le jour de la naissance, voire le lendemain. Si le parrain était alors en déplacement, on s'efforçait de lui trouver un remplaçant (le babillard). Parfois, on prenait plus de temps et l'enfant était baptisé dans la semaine qui suivait sa naissance. Bien entendu, la mère ne devait pas participer à la cérémonie ; elle devait rester chez elle jusqu'à ses relevailles.
Les habitants du village étaient prévenus par les cloches qu'un baptême allait avoir lieu dans l'église. Ces sonneries étaient probablement motivées par des considérations superstitieuses. Pour Marcel Provence, elles écartent le démon et annoncent l'entrée en chrétienté (2). Si, globalement en Provence, on sonnait les cloches pour les garçons comme pour les filles, quelques coutumes locales méritent d'être signalées. À Saint-Rémy (13), on ne sonnait les cloches que pour un garçon, alors que dans le sud du département des Hautes-Alpes, il n'était pas d'usage de sonner la cloche pour l'occasion. À Arles (13), on sonnait plusieurs coups pour un garçon et trois pour une fille. Aux Saintes-Maries (13), pour certains baptêmes importants, on sonnait la plus petite des trois cloches.
Il appartenait au parrain et à la marraine de mener l'enfant du domicile de la mère jusqu'à l'église. Pour ce faire, on est toujours à pied et l'enfant est porté à bras. Il faut vraiment se trouver en haute montagne un jour de tempête de neige pour voir un berceau abriter l'enfant. Dans certains villages de Provence, c'était la sage-femme qui portait le bébé à l'église. Parfois, c'était la grand-mère, mais celle-ci était souvent aussi la marraine. Au retour de la cérémonie, c'était généralement la femme du parrain, appelée la redo ("la porteuse") qui était chargée de ramener le nouveau chrétien à sa mère.
Pour le baptême, l'enfant était revêtu d'une longue robe blanche brodée de dentelles. On l'enveloppait dans un châle et on le coiffait d'un bonnet assorti. C'est la marraine, comme nous l'avons dit plus haut, qui offrait ces habits.
La cérémonie du baptême répondait à des règles extrêmement précises. Si on s'en écartait un tant soit peu, il était alors préférable de tout recommencer du début, sous peine de porter malheur à l'enfant. Un ouvrage de Preller va jusqu'à préciser: «La moindre irrégularité suffisait pour qu'on recommençât toute la cérémonie ou au moins la partie de la cérémonie qu'on croyait manquée ; il suffisait d'une omission dans la prière, d'un faux mouvement de la main (...). Des incidents de ce genre ont fait recommencer jusqu'à trente fois [la cérémonie].»
Pour s'assurer que l'enfant ne serait pas l'objet du sort d'un masque, il convenait d'écrire ses prénoms sans faute et sans rature. Si vous trouvez un acte où le prénom a été raturé, soyez certain que vos ancêtres ont dû en éprouver un frisson.
Quelques jours après la naissance, l'enfant recevait ses prénoms, que l'on annonçait à toute la famille, bien que ce fût le baptême qui les officialisait. Dans ce domaine, quelques règles se dégagent : le parrain donnait son prénom au filleul, la marraine à sa filleule. Si les parents n'y consentaient pas, ils devaient essuyer les reproches du parrain.
Toutefois, dans bien des régions de la Provence, le prénom du père était invariablement réservé à son fils aîné. Nous avons tous dans nos généalogies des lignées de "Jean, fils de Jean, fils de Jean..."
À la sortie de l'église, une fois l'enfant baptisé, le parrain devait probablement appréhender le moment car il était attendu de pied ferme par des marmots qui lui envoyaient des "Jito, peirin" («Jette, parrain»), et l'incitaient à donner des sous. Et malheur à celui qui n'était pas généreux. Ils devaient alors faire face à des insultes désobligeantes, du genre "Peirin couguou" («Parrain cocu»). Mieux valait alors que le pauvre parrain ait prévu quelques pièces ou, à défaut, quelques dragées pour contenter tout son monde.
Les relevailles de la mère
La cérémonie des relevailles trouve son origine dans la Bible. C'est dire son ancienneté. Selon le Lévitique, une femme qui venait d'accoucher restait impure quarante jours et ne pouvait réintégrer la société avant le terme de cette période.
Cette durée était beaucoup plus variable en Provence (3) mais elle était tout de même scrupuleusement respectée. On choisissait le jour des relevailles avec soin. Il s'agissait de préférence d'un samedi, ou à défaut d'un mardi ou d'un jeudi, mais jamais d'un vendredi, d'un mercredi, d'un lundi ni d'un dimanche qui portaient malheur. On évitait aussi que le jour tombât un 13. La date préférée était le 2 février, jour des relevailles de la Vierge Marie.
Pour cette cérémonie, la mère se rendait à l'église accompagnée de la sage-femme, de la marraine et des femmes de la maisonnée, ainsi bien sûr que de l'enfant. Durant le trajet, la porteuse tient l'enfant de telle sorte que sa tête repose sur son bras droit. La mère est à sa droite et la marraine à sa gauche (aux pieds de l'enfant). Ce cortège féminin se dirige ensuite vers la chapelle de l'église où ont lieu les cérémonies de relevailles. Le prêtre prononce alors une messe appropriée, puis tous se mettent à genoux et brûlent un cierge. Voila la mère officiellement réintégrée dans la société.
Les relevailles, précisons-le, étaient essentielles. Elles devaient être respectées même si la mère mourait en couches. On observait alors un simulacre de relevailles, mais nul doute que si la cérémonie n'était pas faite, la défunte ne pouvait accéder au repos de son âme. Précisons que, dans l'esprit des Provençaux, une femme morte en couches allait systématiquement au paradis.
Après les relevailles, on organisait un banquet qui marquait la fin de toutes les cérémonies liées à la naissance de l'enfant. La mère y occupait une place d'honneur. Une coutume consistait à cette occasion à planter un arbre, souvent un olivier, arbre généreux et immortel, donc porte-bonheur.
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Le baptême comme en parlaient nos ancêtres: baïlo, la sage-femme. batisme, le baptême. bono fremo, la sage-femme ("la bonne-femme"). coumaire, commère (nom donné à la marraine par le parrain). coumpaire, compère (nom donné au parrain par la marraine). jacudo, la mère de l'enfant, litt. l'accouchée. meirino, marraine. paire, la paire, le parrain et la marraine ensemble pei, parrain (diminutif). peirin, parrain. peirinage, parrainage. pichot, enfant. rececioun, cérémonie des relevailles ("la réception"). redo, nom donné à la femme qui portait l'enfant à l'église. |
(2) Marcel Provence, B.-A., t. XXIX, 1943.
(3) La période entre la naissance et les relevailles variait d'un dizaine de jours à quarante jours.
Bibliographie:
BÉRANGER-FÉRAUD, "Traditions de Provence", Paris, 1885, rééd. Jeanne-Laffitte, Marseille, 1983.
ESCALLIER, Émile, "Le Folklore de la Bâtie-Neuve et de ses deux vallées", Société d'Études des Hautes-Alpes, Gap, 1987.
MONCHAUX, Marie-Claude, "Les enfants provençaux", Ouest-France, Rennes, 1978.
SEIGNOLLE, Claude, "Traditions populaires de Provence", 2 tomes, éd. Maisonneuve & Larose, Paris, 1996.
TIÉVANT Claire, "Almanach de la mémoire et des coutumes - Provence", Albin Michel, Paris, 1983.
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Conception et grossesse dans la Provence d'hier
Le
modèle par excellence de la femme
enceinte dans l'imaginaire provençal
reste bien évidemment celui de la Vierge
Marie que l'ange Gabriel visita un jour
et à qui il annonça qu'elle deviendrait
miraculeusement enceinte du fils de
Dieu. Certes, nulle Provençale ne
prétendait obtenir ce privilège, mais le
récit biblique laissait croire en tout
cas qu'il fallait passer par les saints
pour espérer tomber enceinte lorsque la
nature refusait son don. Presque chaque
localité de Provence possédait un saint
qui intercédait pour obtenir une
conception. Les plus fréquents étaient
la Sainte Vierge, sainte Anne, sainte
Marthe, Sainte Rossoline, sainte
Madeleine et saint Honorat. Il était
même fréquent de prénommer l'enfant du
nom du saint invoqué. A cet égard, les
solutions ne manquaient pas, entre
prières, pèlerinages et autres voeux.
Dévotions
religieuses.
Le pèlerinage de la Sainte-Baume à l'époque
de la Pentecôte était particulièrement
recommandé pour les couples inféconds. En
chemin vers la grotte de Marie-Madeleine, on
faisait une halte au cours de laquelle on
érigeait un petit monticule de pierres, que
l'on dénommait le castelet, symbole
de l'érection masculine, censé donner au
mari les ardeurs qui lui manquaient.
Celui-ci accrochait ensuite une branche de
gui à la taille de son épouse.
Dans les Alpes-Maritimes, on se rendait
généralement à Notre-Dame-de-Laghet, près de
la Turbie. On offrait à la Sainte Vierge,
pour l'occasion, quantité de bijoux, allant
de la boucle d'oreille à la bague de
mariage.
Dans le Var, c'est saint Phoutin
(1)
qui était invoqué.

Le besoin
d'associer des saints à toute conception
venait du fait que la conception était
généralement considérée comme oeuvre divine.
Dès lors, lorsqu'une femme était stérile,
les raisons que l'on invoquait se situaient
dans le domaine de la superstition et l'on
croyait fermement que quelque sorcier ou
"masque" en était à l'origine. On préférait
alors rechercher l'aide protectrice des
saints.
Toute étude sur les coutumes de nos ancêtres
de Provence se confronte tôt ou tard à la
superstition; nul ménage ne semble y
échapper et chaque ville, chaque village a
ses habitudes dans ce domaine. Des témoins
affirmaient qu'à
Aix, les couples sans enfant se
rendaient à l'olivier de la Touesse autour
duquel ils entreprenaient une danse au cours
de laquelle ils heurtaient par trois fois le
tronc de leur postérieur. Cette danse était
réputée rendre la fécondité. L'arbre, on
s'en doute, est un symbole phallique.
D'autres pratiques incluant des arbres ont
été repérées en Provence. A Collobrières
(Var) par exemple, des femmes rampaient sur
certaines racines d'un vieux châtaignier du
chemin des Amoureux. Cette action avait le
même but: donner la fécondité désirée.
Envies de
femmes enceintes.
Les femmes enceintes, on le sait, ont des
envies auxquelles il vaut mieux ne pas
résister. On considérait autrefois que
refuser à une femme enceinte ce qu'elle
demandait provoquait la venue d'un orgelet
sous la paupière. A tel point que lorsque
quelqu'un souffrait de ce mal, la première
cause que l'on cherchait était de savoir si
la personne avait une femme enceinte dans
son entourage.
Dès 1415 au moins, la condition de la femme
enceinte était prise en compte. C. Tiévant
évoque un texte tiré des statuts municipaux
de Toulon: "Toute femme enceinte peut, à
cause de son état, cueillir du fruit, plein
ses mains, dans la propriété d'autrui ou le
manger là même; mais si elle en emporte plus
que ses mains pleines, elle doit cinq sous,
s'il n'y a pas plus grand dégât." (2)
Les envies, en provençal, portaient le nom
d'envegeos.
Le sexe de
l'enfant.
Rien n'étant laissé au hasard, il y avait de
nombreux moyens de déterminer le sexe de
l'enfant avant sa naissance. Pour ce faire,
il suffisait d'observer la femme enceinte
dans ses faits et gestes. Si celle-ci
trouvait une épingle, elle attendait un
garçon, si c'était une aiguille, ce serait
une fille. Si elle buvait le fond d'une
bouteille de vin, elle aurait une fille.
Une coutume étonnante consistait à donner à
la future mère les clavicules de la volaille
qu'elle était en train de manger. Celle-ci
devait jeter l'os en l'air. S'il retombait
"les jambes en l'air", elle aurait une
fille.
Il existe même des cas où le sexe pouvait
être déterminée à pile ou face. Pielo
(pile) annonçait une fille, croux
(face) un garçon. Mais, au préalable, il
avait fallu faire passer la pièce entre la
chemise et le corps de la femme enceinte
sans quoi la pièce n'aurait pas dit juste.
On le voit bien, un rien servait à
déterminer le sexe de l'enfant, preuve de
l'attachement de nos ancêtres aux détails de
la vie quotidienne. Même un chien urinant
sur la robe de la future mère pouvait être
interprété comme le signe de la venue d'un
garçon.
(1) On
fêtait saint Phoutin (ou Pothin, Foutin) en
Provence le 2 juin. Saint Phoutin fut évêque
de Lyon et mourut en martyr en 177. Le culte
de ce saint fut encouragé par l'Église qui y
voyait un moyen d'entraver le culte que les
Provençaux vouaient autrefois au dieu romain
Futinus.
(2) C. Tiévant, "Almanach de la mémoire et
des coutumes", Paris, 1983.
************
Souvenirs d'enfance
(Jarjayes, 1906-Éguilles, 1991)
Le texte qui suit est tiré d'un cahier rédigé il y a une vingtaine d'années par Berthe Fernande Chaix, ma grand-mère, cinq ans environ avant sa mort. Elle y relate son enfance dans un petit village des Hautes-Alpes.La grand-mère de Rabou
Elle habitait une maison campagnarde et rustique perchée sur une colline escarpée. Un torrent éternellement bruyant coulait sous le balcon. La nuit, il berçait le sommeil des habitants et les rafraîchissait pendant les chaudes journées d'été. Le samedi, la grand-mère (1), un grand panier sous chaque bras, partait pour Gap, la "grande ville", douze kilomètres à pied. Courageuse, la grand-mère qui marchait à grands pas pour installer ses paniers d'œufs sur la petite place du marché. Le montant de la vente n'était pas important mais il permettait de rapporter à la maison le kilogramme de sucre et le quart de café nécessaires pour la semaine suivante. Tout ce trajet, douze kilomètres, à pied et à grands pas, avec parfois une voisine qui la rattrapait en chemin. Elle n'oubliait pas, la coquette grand-mère, d'aller chez la repasseuse de Gap chercher la "coiffe" blanche, bien repassée avec l'amidon, qui l'entourait de belles ondulations bien coquettes et un beau nœud-papillon bien raide fixait l'ensemble de la coiffure.
Pour la
fête de Noël, bonne grand-mère
délaissait Rabou pour venir passer les
fêtes avec sa fille, son gendre et ses
dix petits enfants, pour qui elle
cachait des papillotes au fond de son
panier et, le matin de Noël, c'était la
fête. Le père Noël, que personne n'avait
vu, était passé sur le toit de la maison
et avait laissé tomber des papillotes
colorées dans chacun des souliers placés
bien en rang sous le chemin de la
cuisine.
La
nombreuse famille habitait un hameau qui
s'appelait "La Roche"(2).
Les enfants devaient parcourir quatre
kilomètres à pied matin et soir pour
aller à l'école. Ils étaient gais, les
voyages de cette jeunesse : la bataille
des cartables, celle des boules de
neige, le portrait de chacun d'eux qui
s'étale bras et jambes écartés sur la
couche de neige immaculée.
La fête de
Noël terminée, bonne grand-mère
regagnait son perchoir de Rabou où elle
attendait toujours des nouvelles de son
mari, de son fils et de ses deux filles
qui étaient parties en Amérique,
promettant de revenir bientôt avec une
petite fortune. Mais les années
passaient, une lettre et des promesses
de temps en temps, de plus en plus
rares. Les années passaient et beaucoup
de grands-mères ne voyaient jamais
revenir les émigrés. Et la vie passait !
La famille
nombreuse invitait aussi la grand-mère
de Rabou pour faire les vendanges. Tous
les enfants et amis, un grand seau à la
main, le remplissaient de beaux raisins
blancs ou noirs, brillant de rosée, et
le versaient dans les bennes : de grands
seaux en bois qu’on fixait sur le dos
des mulets, car la vigne se plante sur
les pentes abruptes des collines bien
exposées au soleil. Tout le monde
picorait les grains brillants et
terminait vite un voyage pour en
recommencer un autre.
A la fin,
on faisait la fête des vendanges et tous
les enfants se barbouillaient le visage
de raisins blancs ou noirs. C’étaient de
bons travailleurs, nos enfants de
cultivateurs qui, au retour de l’école,
allaient garder les troupeaux de
moutons, de vaches, jusqu’à la nuit, ou
bien ils chargeaient les foins avec des
fourches sur de grandes charrettes. Et
tous ces jeunes travailleurs
recommençaient chaque soir une charge
nouvelle. La ferme ressemblait à une
fourmilière. Le troupeau de moutons et
celui des vaches était surveillé par un
des enfants . Tous travaillent avec
zèle. Aussi, la ferme prospère chaque
année un peu plus et tout cela avec
courage et bonne humeur.
Après
le certificat d’étudesLes années passent. Voici arrivé le concours d’entrée à l’Ecole normale d’instituteurs. On vit dans l’inquiétude. Les élus se réjouissent et commencent dans la joie leurs trois dernières années d’études dans ce grand bâtiment qui domine la ville de Gap. Et vive la liberté ! pour ces jeunes gens, garçons et filles, que l’on va, à la rentrée d’octobre, répandre sur le département selon les besoins de l’enseignement scolaire. Ces jeunes gens sont nommés, parsemés sur tout le département. Ils débutent en général dans les écoles les moins importantes, les plus éloignées, dispersées dans les hautes vallées, dans la montagne. Mais ils sont pleins de zèle ; une nouvelle vie commence avec des responsabilités dont ils sont bien conscients. Vive la vie nouvelle !
Joies
et déceptions
La jeune
débutante quitte, à la fin des grandes
vacances, la grande ferme de ses
parents. Elle est nommée dans une école
de la commune d’Embrun. C’est le grand
enthousiasme, la classe marche très
bien, si bien que les parents font une
pétition auprès du maire d’Embrun pour
demander à M. l’Inspecteur la nomination
définitive de la jeune institutrice.
Hélas ! c’est impossible, ce n’est pas
un poste de début, mais de fin de
carrière qui a été sollicité par deux
institutrices de première classe. C’est
pour les départager que l’administration
avait adopté ce procédé.
C’est
ainsi que notre jeune débutante déçue –
oh combien désolée ! – se retrouve le 1er
janvier avec son déménagement
rudimentaire sur la route enneigée qui
la conduit dans un hameau de la vallée
de la Guisane
(3). L’école entourée
des quelques maisons perchées sur une
colline sont blotties sous une épaisse
couche de neige. Le chemin, hélas, n’est
pas praticable. La grande route seule
comporte un passage pour les véhicules.
Le conducteur du petit déménagement
monte seul le chemin enneigé et va
demander dans le hameau un mulet et un
traîneau. Les habitants s’empressent de
secourir la nouvelle arrivée, leur
institutrice, et l’accueillent avec
chaleur :
« Demoiselle, entrez, entrez ! Venez
boire une tasse de café, cela vous
réchauffera ! »
Elle veut
bien entrer et remercier, mais où ? Dans
une étable bien chaude avec un poêle,
une table, des chaises, quelques meubles
rudimentaires et un mulet, un veau
couché sous la table, quelques moutons.
«
Demoiselle, buvez vite votre café bien
chaud. »
Elle
hésite, perplexe, car elle a vu des
gouttes noires tomber du plafond sur la
table. Héroïque, elle avale le breuvage
et prend possession de l’école et de son
appartement, une seule et unique pièce
pour elle, une salle de classe et une
troisième pièce qui sert de salle de
récréation les jours de mauvais temps.
Cinq ou six élèves, tel est l’effectif.
Pas encourageant, un si petit nombre
d’élèves ! Mais on fait connaissance
rapidement, on s’estime mutuellement,
les élèves s’intéressent à leur
nouvelle-arrivée qui leur inspire de
l’intérêt.
La
récréation est une vraie partie de
plaisir. Devant l’école, un grand champ
descend en forte pente jusqu’à la route,
au fond de la vallée. Les élèves rangent
leur luge, une simple planche, la
plupart du temps, au sommet du champ, en
ligne droite. La maîtresse, elle,
descend la première avec des skis afin
de guider, de conseiller les élèves.
Quel spectacle amusant ! Après quelques
instants de glissade, les enfants
perdent leur planche et continuent la
descente sur les fesses, parmi les rires
et les cris perçants. Quel remue-ménage
!
Les enfants trouvent toujours trop
courte leur récréation. « Encore !
Encore ! »
ADIEU
LES ALPES
Le temps passe. Notre "héroïne" a fondé
un foyer
(4). Elle a suivi son
mari dans l'Isère, puis dans la Seine.
Ce sont chaque fois des découvertes
nouvelles. Où sont les classes à petit
nombre d'élèves ? Voilà les effectifs
importants de jeunes Parisiens ;
quatre-vingt-huit élèves. Il a fallu les
placer trois par tables de deux pour
loger tout ce monde, heureusement bien
docile. Pas effrayée du tout, Mme
l'Inspectrice qui encourage la jeune
maîtresse :
«Il y aura toujours deux ou trois
absents et vous les tenez très bien.
Continuez ainsi.»
Ces
grandes classes sont si nombreuses que
la directrice recommande d'être rapides,
silencieuses et très disciplinées, que
la totalité des élèves soient prêtes à
partir en rangs serrés au premier coup
de cloche. Immédiatement, la rue est
envahie par toute cette jeunesse qui se
bouscule, pousse des cris de joie,
s'interpelle à grands cris. Elle se
défoule de la contrainte, de
l'obéissance, du silence supportés
pendant les longues heures de classe.
LA
GUERRE !
Ce nom effrayant éclate sur toute la
ville. Des affiches recouvrent les murs,
des appels s'adressent à tous les
citoyens, les uns aux civils, les autres
aux militaires. Des groupes se
bousculent pour avoir le plus vite
possible le plus grand nombre de
renseignements.
Des
cloches sonnent, des sirènes hurlent.
Des militaires montent la garde devant
tous les monuments. Des drapeaux
flottent partout. D'autres militaires
défilent dans les rues. Des journaux
sont vendus à la criée et l'inquiétude
se lit sur tous les visages. La
mobilisation générale est décrétée. Les
habitants écoutent, curieux, les
informations données par la radio et la
télévision. Les commentaires sont
nombreux, les discours patriotiques
exaltent les auditeurs. Quelle soif de
savoir ! Quelle attente angoissée !
Les écoles
sont fermées deux ou trois jours, puis
elles rouvrent leurs portes avec des
instructions nouvelles pour garantir le
plus possible la sécurité de nos élèves.
Ceux-ci, tout fiers et pleins
d'assurance, sont prêts à obéir à tous
les conseils, à tous les ordres. On les
dirait impatients de suivre les nouveaux
règlements. Chaque jour, une ou
plusieurs alertes. Les sirènes
retentissent lugubrement, les maîtres
donnent des ordres, recommandent le
calme, rassurent les enfants. Ceux-ci,
joyeux, se précipitent sur le masque à
gaz qui leur a été distribué et, guidés
par leur maître, se dirigent vers les
abris. La nervosité agite tout ce petit
monde qui entend des bruits d'avion,
quelques tirs de la DCA. qui se
rapprochent, puis s'éloignent tour à
tour. Les espaces de silence sont tout
aussi inquiétants. Enfin retentit la
sirène qui annonce la fin de l'alerte et
rassure aussi les enfants et tous ceux
qui étaient venus les rejoindre dans
l'abri. D'intrépides élèves crient leur
déception :
«Oh ! Ils n'ont pas envoyé les gaz, on
n'a pas pu mettre les masques !» qu'on
leur avait distribués. «Ce sera pour
demain», dit un acharné. Peu à peu,
difficilement, les Parisiens s'habituent
à cette tension constante.
Deux
préoccupations prééminentes :
l'insécurité constante et au deuxième
rang, le manque de ravitaillement.
Devant tous les commerçants, les files
d'attentes, les "queues", se prolongent
en longues rangées serrées sur les
trottoirs. Les gens discutent, font des
pronostics, avancent à pas d'escargots,
évaluent leur chance et la voient
diminuer avec le temps qui passe. Tout à
coup, la porte du magasin se ferme, un
grand écriteau annonce : «PLUS RIEN À
VENDRE». Ah ! la mauvaise surprise ! la
déception ! la colère ! Et puis, il le
faut bien : la résignation : demain
peut-être ! On viendra plus tôt.
Aussitôt distribués, les tickets de
rationnement sont utilisés. Les
Parisiens sont de plus en plus
ingénieux. Chaque fois que c'est
possible, ils partent très tôt le matin
sur leur vélo en direction de la
Normandie et, tout heureux, rapportent
le soir de quoi améliorer le menu de la
famille, tout heureuse de la bonne
surprise. Mais c'est un exploit réservé
aux intrépides. D'autres se précipitent
tôt le matin sur les étalages des
marchés pour ne trouver que quelques
restes de légumes plus ou moins fanés.
De courageux clients, à la sortie des
séances de cinéma, vont prendre place en
file indienne devant les étalages du
lendemain matin, passant le reste de la
nuit à attendre les arrivages.
Que
de courage pour tenter de nourrir sa
famille un peu plus correctement !
Combien de femmes sont seules pour
assumer cette lourde charge puisque tous
les militaires ont été faits prisonniers
et emmenés en Allemagne
(5) ! Par contre, les
soldats allemands circulent à volonté
dans nos rues, librement, ou défilent au
pas cadencé, musique et drapeaux en
tête, et les Français se sentent
prisonniers chez eux. Pour retrouver un
peu de courage quand arrive le soir, les
volets bien fermés, les rideaux tirés,
ils se blottissent autour du poste de
radio mis en sourdine et écoutent avec
émotion «Ici Londres, les Français
parlent aux Français». Malgré le
danger encouru, nul ne saurait se passer
de cette émission qui nous rend courage
et espoir pour passer une nouvelle
journée, une nouvelle année... Plusieurs
années...
Et
enfin... la Victoire !
Qui peut dire la joie, l'enthousiasme,
le délire qui s'empare de la capitale.
«Les Boches s'en vont !! Vive la France
! Vivent les Alliés !» Les Américains,
nos grands alliés, nos grands amis,
viennent nous délivrer. Ils ont débarqué
en Normandie où la bataille est
sanglante. Ils redoublent d'efforts, ils
approchent de Paris. Les premiers
éléments de l'avant-garde d'abord
entrent dans la ville, lancent à
l'attaque des chars puissants. L'ennemi
désemparé bat en retraite. Pour les
Français, enfin, c'est la joie, c'est le
délire, les drapeaux français et
américains flottent partout. Un char
s'arrête dans notre rue. Tous les
habitants le prennent d'assaut. On
applaudit, on acclame, on s'embrasse, on
offre des boissons, mais nos amis
refusent. Ce sont des fruits, des
tomates, qu'ils aperçoivent dans un
jardin, qu'ils réclament, eux qui n'ont
vécu que de conserves depuis si
longtemps. Au milieu de toute cette
joie, de ces cris d'allégresse, on
remarque un soldat américain si ému
qu'il ne peut cacher sa tristesse et sa
colère qui éclate. Un de ses camarades
qui parle français nous explique :
«Il ne faut pas lui en vouloir, il vient
d'apprendre que son frère vient d'être
tué», et il traduit les paroles
qu'ajoute l'Américain : «Une autre fois,
ne laissez plus rentrer les Allemands
chez vous. On en a marre de se faire
tuer pour vous.» Tout l'entourage est
ému à la pensée de tous nos amis
d'Outre-Atlantique qui, lors de ces deux
dernières guerres, sont tombés sur le
champ de bataille pour sauver et nous
rendre notre liberté. N'oublions jamais
leur sacrifice.
Des rumeurs se répandent dans toute la
ville : «Notre libérateur français tant
attendu, celui qui pendant quatre ans a
porté tous nos espoirs, oui, il va
paraître devant nous, le représentant de
la France, le général De Gaulle». La
foule arrive de toute part dans
l'enthousiasme, les drapeaux flottent
partout, la musique retentit. On
aperçoit de loin sa haute stature à la
tête d'un immense défilé qu'entoure une
foule exubérante. La joie est à son
comble. Tout à coup, des coups de feu
inattendus retentissent çà et là, mais
le général impassible continue sa marche
vers la cathédrale où sera chanté un Te Deum de victoire et de
reconnaissance.
Les derniers tireurs ennemis sont cachés
jusque dans le clocher de la cathédrale
d'où partent encore des tirs. A
l'extérieur aussi les derniers tireurs
ennemis essaient de troubler la foule,
toujours enthousiaste. Leur espoir
incompréhensible reste vain. L'ennemi
est vaincu. Paris est libéré dans un
enthousiasme indescriptible tandis que,
çà et là dans la ville et dans la
banlieue, des chars allemands isolés
tentent encore de fuir, mais en vain. La
victoire est irréversible.
Le récit s'achève ici, à notre grand regret. Ces quelques lignes furent écrites vers 1986 à Reillanne (Alpes-de-Haute-Provence). Fernande décéda à Éguilles (Bouches-du-Rhône) le dimanche 8 décembre 1991, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans.
Pour
finir, arrêtons-nous sur cette courte
lettre, retrouvée récemment dans les
archives de la famille. Il s'agit d'un
mot écrit par Marcel Arduin à
l'attention de Fernande (qu'il surnomme
affectueusement "Nande"). On ne peut
s'empêcher d'être ému en la lisant, car
l'on y ressent l'angoisse du militaire
partant pour la guerre, sans la garantie
de revenir jamais. C'était en 1940, un
vendredi matin...
« Ce vendredi matin 5h
Chérie,
Me voilà prêt à partir, toutes mes
affaires sont prêtes... Un dernier lien
qui me retient encore ici va se briser.
Je t'aime Nande et partout ma pensée
sera avec toi.
Avant de quitter notre petit nid je veux
te dire encore que la dernière pensée
que j'y aurai eu aura été pour toi et
pour mes petits anges.
A bientôt ma Nande.
Cette carte te dira combien j'ai déposé
ici de baisers.
Je t'aime
Marcel »
- Cette grand-mère se nomme Marie Rosalie Victoire Marcellin-Gros. Pour plus de détails sur elle, voir la généalogie ci-dessous.
- Ce hameau dépend de la commune de Jarjayes, au sud du département des Hautes-Alpes.
- Le hameau en question est le Serre-Barbin. Il dépend de la commune du Monêtier-les-Bains, au nord du département des Hautes-Alpes.
- Le 7 septembre 1929, à la mairie de Jarjayes (Hautes-Alpes), Fernande épouse Marcel Fortuné Arduin, maréchal des Logis au deuxième régiment d'artillerie de Grenoble, né le 27 octobre 1908 au Monêtier-les-Bains (Hautes-Alpes). Le père de Marcel mourut en 1914 sur un champ de bataille à Seicheprey, dans l'Est de la France. Marcel est décédé à Éguilles (Bouches-du-Rhône) le dimanche 24 avril 1994.
- Fernande n'évoque pas le fait que son mari lui-même a fait partie de ces prisonniers. Il reste de cette époque éprouvante quelques photographies prises en détention et deux mots très émouvants écrits par le militaire loin des siens.
Les ancêtres de Fernande Chaix :
1. Berthe
Fernande CHAIX (Jarjayes-05, 1906 -
Éguilles-13, 1991)
2. Pierre Adolphe CHAIX (Montgardin-05,
1869 - Jarjayes-05, 1942)
3. Marie Clotilde Léonie MICHEL
(Rabou-05, 1881 - Jarjayes-05, 1951)
4. Louis Philippe CHAIX (Prunières-05,
1832 - Montgardin-05, 1915)
5. Marie Philomène CÉARD (Montgardin-05,
1842 - id., 1886)
6. Pierre MICHEL (Rabou-05, 1847 - San
Francisco (?), ap. 1910)
7. Marie Rosalie Victoire MARCELLIN-GROS
(Rabou-05, 1855 - id. 1933)
8. Jean Joseph CHAIX (Montgardin-05,
1786 - id. 1854)
9. Catherine ISNARD (Chorges-05, 1800 -
Montgardin-05, 1876)
10. Jean Joseph CÉARD (Montgardin-05,
1808 - id., 1873)
11. Antoinette RICHAUD (?, c. 1804 -
Montgardin-05, 1864)
12. Joseph Urbain MICHEL (Rabou-05, 1823
- id. 1880)
13. Marianne MARIN (Rabou-05, 1823 - id.
1895)
14. Jean Pierre MARCELLIN-GROS
(Rabou-05, 1821 - id., 1892)
15. Rosalie Catherine PELLEGRIN (La
Freissinouse-05, 1826 - Rabou-05,
1857)
Photographies :
- La famille Chaix. Fernande se trouve à droite à l'arrière-plan.
- Scène de moisson à Jarjayes vers 1920. Fernande est tout à gauche et sa mère est à côté d'elle. Son père est le quatrième en partant de la gauche.
- Le tableau noir sur lequel Fernande enseignait à ses élèves. Il est aujourd'hui au rebut, entreposé dans l'ancien four communal.
- La petite école du Serre-Barbin et le grand champ sur lequel Fernande skiait avec ses élèves. A droite, la vue que l'on a depuis l'école.
- Le mariage avec Marcel Arduin à Jarjayes (05) le samedi 7 septembre 1929.
- Marcel Fortuné Arduin, l'époux de Fernande, fut prisonnier plusieurs années durant la Guerre. Cette photographie fut prise durant sa détention, vers 1943.
- Fernande et son mari, vers 1932. L'enfant au centre est leur première fille, Monique.
- Lettre de Marcel à Fernande.
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Les scieurs de long dans la Provence d'hier
S'il
est un métier que les Provençaux du XIXe
siècle n'exerçaient quasiment pas, c'est
certainement celui de scieur de long.
Les documents d'archives attestent que,
dans leur immense majorité, les scieurs
de long ayant exercé en Provence étaient
originaires d'autres régions, la plupart
de temps du centre de la France.
Pourtant, les forêts provençales avaient
besoin de bras et les coupes devaient
être faites par des hommes exercés à
leur art. Pendant des siècles, la
Provence a donc vu passer ces hommes du
Massif central, en quête d'un labeur. Le
présent article permettra de faire
connaissance avec ces estrangié
que nos ancêtres de Provence côtoyaient.Sous le terme générique de "scieur de long" se cachent plusieurs professions dont l'origine est pluri-millénaire, même si c'est depuis le XVe siècle qu'ils sont reconnus comme une profession à part entière, et dont les spécificités méritent d'être évoquées. Les scieurs de long sont chevrier ou renardier. Debout sur le rondin, le chevrier pèse de tout son poids sur la scie, tandis que le renardier, sous le bois, tire de toutes ses forces, puis le mouvement s'inverse. Un travail extrêmement physique qui laisse l'un avec d'épouvantables douleurs dans les reins, et l'autre avec les yeux rougis par la sciure. Les scieurs étaient appelés sur des chantiers où ils demeuraient souvent plusieurs jours consécutifs, logés par l'employeur (le marchand de bois) dans des conditions souvent précaires. La place devaient être partagées entre scieurs, bûcherons, équarrisseurs, rouliers et écorceurs. Lorsque le travail de notre scieur touchait à sa fin, les ouvriers étaient envoyés sur d'autres chantiers, parfois très loin de chez eux.
Tous les scieurs de long n'exerçaient pas tous loin de chez eux. Les forêts du Massif central avaient besoin de bras et de nombreux scieurs préféraient rester sédentaires ou à la limite itinérants pour ne pas avoir à subir les contraintes des voyages incessants. En revanche, les scieurs ambulants essaimaient la France entière et ce sont eux que l'on retrouvait dans nos campagnes, à la recherche d'un labeur. C'est ainsi que l'on voyait dans les Bouches-du-Rhône des scieurs originaires du Puy-de-Dôme, de Loire et de Haute-Loire. Les origines étaient sensiblement les mêmes dans les autres départements de Provence.
Pour quelle raison ces hommes prenaient-ils ainsi la route, prêts à quitter leurs terres et à emmener leur famille dans une nouvelle région, même de façon temporaire ? La réponse est évidente. Comme dans la plupart des professions d'ambulants, c'est la pauvreté qui les chassait de chez eux et les incitait à tenter l'aventure de l'émigration.
Comme il est bien connu que les Provençaux n'aimaient pas les estrangié (toute personne étrangère au village). Du coup, les scieurs de long faisaient partie de ces individus dont on se méfiait et que l'on évitait de fréquenter. On retrouve parfois, dans les documents d'archives, des rixes opposant des locaux à des scieurs. Ainsi, en 1857, la police arlésienne signale des "coups et blessures ayant occasionné la mort d’un nommé Ferry Jean Benoît, scieur de long, originaire de la Loire, faites par le sieur Oustric, perruquier, place des Hommes" (2).
Voici quelques scieurs de long identifiés dans les environs d'Aix-en-Provence des années 1870 aux années 1890 (sans être exhaustif) (3) :
- Vital FAYE, 29 ans en 1871, scieur de long,
- Germain FENEYROLS, 38 ans en 1872, scieur de long,
- Jean Baptiste FENEYROLS, 35 ans en 1872, sans doute le frère du précédent scieur de long,
- Joseph AUDIER, 31 ans en 1873, scieur de long,
- Jean COUVERT, 30 ans en 1874, scieur de long,
- Jean Barthélemy MONDON, 31 ans en 1874, scieur de long,
- François Antoine Michel TASSY, 31 ans en 1875, scieur de long,
- Louis éLIA, 30 ans en 1876, scieur de long,
- Joseph Henri SAVORNIN, 42 ans en 1876, chevrier,
- Marius Véran PAULET, 33 ans en 1877, scieur de long,
- Louis GUYON, 29 ans en 1892, scieur de long.
Pour qui est
familiarisé avec la patronymie provençale,
il apparaît que la plupart de ces noms sont
étrangers à la région. Ce sont bien des
hommes du Centre de la France qui venaient
en Provence exercer leur difficile labeur,
des hommes dans la force de l'âge. Rares
sont ceux qui dépassent les quarante ans
chez les scieurs de long.
Comme beaucoup de vieux métiers, la
profession de scieur de long n'a pas résisté
à la motorisation et aux premières scieries
mécaniques. Laissons les mots de conclusion
à Gérard Bouttet :
"Les scieurs de long
de cette trempe appartiennent à l'Histoire ;
il ne nous en reste désormais qu'une ou deux
cartes postales agrandies et placardées sur
les panneaux de nos écomusées, modestes
clichés qui intriguent les visiteurs et font
rêver les collectionneurs..."
1. On se
référera notamment aux excellents sites
"La Grande Aventure des scieurs de longs",
d'Eric Volat, et
"La Grande Histoire des scieurs de long",
d'Andrée Parbelle.
2. Archives communales d'Arles, J3. On
trouve la retranscription de ce document sur
GénéProvence, à la page
"Evénements de la semaine du 6 avril (Arles,
1857)".
3. D'après les relevés de l'état-civil
d'Aix-en-Provence et de Puyricard, réalisés
par Jean Marie Desbois.
BIBLIOGRAPHIE
:
"Les Forestiers - vieux métiers des taillies
et des futaies", Gérard Boutet.
"Petits métiers oubliés", Gérard Boutet.
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La légende provençale (formation du legendarium provençal)
Saints
et culte des eaux
On associait souvent les saints aux
phénomènes atmosphériques qui, globalement,
restaient alors peu expliqués : c'est Dieu
qui fait pleuvoir et ses saints intercèdent
auprès de lui. C'est pour cette raison que
les sources et les fontaines - et cette
notion se retrouve dès l'Antiquité - sont
l'objet d'une dévotion particulière. Gens
Bournareau (ou Bournarel), né à Monteux
(Vaucluse) en 1104, incarne l'homme qui,
rejeté de son temps, deviendrait le saint
provençal intercédant pour la pluie. Alors
qu'il n'était qu'un enfant, il s'indigna un
jour du culte rendu à saint Raphaël par le
moyen d'une statue de plâtre. S'emparant de
l'objet, il le brisa sous les yeux médusés
des habitants du village. Il se retira dès
lors dans les collines du Beaucet et mena
une vie d'ermite, faite de travail et de
pénitence. Il mourut dans son vallon le 16
mai 1127, à l'âge de vingt-trois ans et son
corps fut déposé dans un rocher, près duquel
fut édifiée une chapelle romane. Son tombeau
s'y trouve toujours : les reliques de Gens,
transportées au XVIIe siècle dans l'église
du Beaucet, retrouvèrent la quiétude de
l'église de son ermitage en 1972. Même si sa
vie est romancée, elle n'en demeure pas
moins révélatrice de la volonté de se fixer
des références, des exemples à imiter, voire
des héros à diviniser. C'est le principe de
la légende qui ajoute le fantastique et le
surnaturel à la vie exemplaire des hommes.
Aujourd'hui, l'existence d'une source,connue
sous le nom de fontaine de Saint-Gens,
semble confirmer un culte des eaux associé à
un dieu, païen à l'origine - car, comme nous
l'avons vu, le thème n'est pas nouveau -
incarné ensuite par un homme, d'abord saint
Raphaël, puis saint Gens. Si l'on en croit
la légende, c'est lorsque sa mère vint un
jour le rejoindre dans les collines du
Beaucet, épuisée et assoiffée,qu'il perça la
roche de son doigt et l'eau en jaillit.
L'homme, béatifié par la seule foi
populaire, est devenu l'objet d'un culte
approuvé par l'Église et que l'on prie
aujourd'hui encore pour faire venir la pluie
en période de sécheresse.
Saint Donat vécut plus d'un demi-millénaire
avant saint Gens. Pourtant, des éléments
communs caractérisent les deux hommes. Donat
vécut dans une grotte (comme Gens), en un
endroit où le terrain s'était effondré, et
c'est sur ce lieu qu'un prieuré fut bâti.
Comme pour saint Gens, la chapelle se situe
près d'une source, où saint Donat aimait à
se recueillir. Le 15 août et le 8 septembre
(le 16 mai pour saint Gens), un pèlerinage a
traditionnellement lieu à l'ermitage pour
demander la venue de la pluie. Preuve
évidemment que saint Gens est l'équivalent
vauclusien de saint Donat, le Bas-Alpin.
Peurs en Provence
Le
surnaturel abonde dans les légendes
provençales. Il faut reconnaître que la
région a connu bien des malheurs :
invasions, pillages, razzias... Quand ce
n'est pas l'homme qui causait le mal, la
nature se mêlait de la partie : combien de
fois les archives ne mentionnent-elles pas
les disettes provoquées par la sécheresse et
les mauvaises récoltes, les crues d'un Rhône
alors totalement libre de ses mouvements, le
mistral, vent du nord soufflant parfois "avec la fureur d'un animal". Toutes ces
raisons expliquent peut-être pourquoi tant
de monstres peuplent l'imaginaire provençal
: à
Arles, saint Trophime chassant les
démons de Malcrozet, à proximité des
Alyscamps ; à Tarascon, la fameuse tarasque
dévorant tout ce qu'elle rencontre, hommes
et bêtes ; à Aix, à Beaucaire, à Draguignan,
le dragon se nomme le Drac.
L'influence de l'Église se fait sentir dans
ces légendes, puisque c'est souvent un saint
qui parvient à maîtriser le monstre, ainsi
sainte Marthe qui, en exhibant une croix,
met la tarasque en déroute. "L'élan
monstrueux de la bête se brisa (.. .). La
tarasque s'arrêta en tressaillant, clouée au
sol. Sainte Marthe leva encore la main et
lui jeta de l'eau bénite." Au haut Moyen
Age, sainte Marguerite d'Antioche,
poursuivie des assiduités d'un certain
Olybrius, fut jetée en prison où un dragon
l'avala. Le contexte ne semble guère faire
de doute: c' est le diable qui est
sous-jacent. C'est lui qui influe sur les
terreurs humaines, attisées par la croyance
en l'enfer que toutes les Églises enseignent
alors. Au point de le représenter
fréquemment au fronton des édifices
religieux. Sur le portail occidental de la
cathédrale Saint-Trophime d'Arles, on
remarque diverses sculptures animalières, un
aigle, un lion, un taureau et un éon, au
symbolisme chrétien. Plus curieuse est la
présence d'un bouc, symbole du péché et,
partant, du diable (Lévitique XVI, 10). Au
Moyen Age, le bouc est une réminiscence du
culte du dieu gaulois Cernunnos, au corps
d'homme et à tête de bouc.
La chèvre
provençale
Animal
provençal par excellence, la chèvre est
héroïne de nombreux contes et légendes
provençaux. En provençal, faire veni
cabro, que l'on traduit littéralement
par rendre chèvre, signifie faire
sortir quelqu'un de ses gonds. La chèvre,
animal emblématique de l'élevage
méditerranéen et que l'on s'attendrait à
voir couvert de louanges, est associée à des
expressions fort peu sympathiques. On
déconseille par exemple aux parents d'élever
leurs enfants au lait de chèvre, car ils
risquent de devenir stupides et de sauter
sans cesse. On craint aussi de croiser une
chèvre noire sur le côté gauche de la route.
Quant aux yeux de merlan frit, ils ont en
Provence leur équivalent : on parle des yeux
de chèvre morte. En somme, l'animal est peu
estimé car jugé trop capricieux
(souvenez-vous de la chèvre de M. Seguin).
C'est au pays de Fontvieille
(Bouches-du-Rhône) que s'est répandue la
légende de la fameuse chèvre d'or. On dit
qu'au temps où les Maures se battaient
contre les Provençaux, l'un d'eux, Abd
al-Rahman, dut fuir au plus vite, emportant
un fabuleux trésor en or et en pierres
précieuses. Il trouva refuge dans une grotte
de la vallée des
Baux
où il pensa cacher ses biens. Son serviteur
l'attendit à l'extérieur. Dans les ténèbres,
al-Rahman trouva une chèvre qui vivait là.
Tentant de la suivre, il se perdit dans le
labyrinthe et tomba nez à nez avec une
énorme bête aux canines effrayantes. Le
combat dura toute la nuit, le sol trembla
des coups que s'échangèrent les adversaires.
Au petit matin, la chèvre retourna à l'air
libre, couverte de poudre d'or. Abd
al-Rahman ne réapparut jamais plus. Son
serviteur s'enfuit sans demander son reste.
On dit aujourd'hui que le trésor est
toujours dans la grotte. Certains bergers
ont vu cette chèvre qui errait çà et là
autour du trou des Fées, léchant les murs de
salpêtre près de Baumanière. Mais malheur à
ceux qui tentèrent de la suivre dans la
grotte, jamais personne n'en revint. Aussi,
si vous la rencontrez un jour au détour d'un
sentier dans le val d'Enfer, passez votre
route. Ou tentez votre chance si vous êtes
courageux car la chèvre vous conduira
jusqu'à son trésor.
Riche d'une tradition populaire qui tire son origine dans le creuset de croyances antiques, la légende provençale trouve toute sa vigueur dans le talent de ses conteurs. C'est en effet une culture plus racontée qu'écrite qui caractérise le legendarium occitan, un peu à la manière des mythes religieux gaulois dont la rédaction pervertissait le message. Il y a pourtant nécessité à maintenir vivante cette culture et à la diffuser avec les nouveaux moyens de communication. C'est à ce devoir de conservation que sont confrontés les baladins provençaux en ce début de siècle.
Jean
Marie Desbois,
in
Jadis - Contes et légendes de
Provence,
Artis, 2001
Bibliographie
Jean-Claude BOUVIER, Claude MARTEL,
Anthologie des expressions de Provence, Rivages, Paris, 1984.
Marcel BRASSEUR, Provence, terre de
mythes et de légendes, Terre de Brumes,
Rennes, 1999.
J.-P. CLÉBERT,La Provence antique,
Laffont, 1966,2 vol.
Bernard FALQUE DE BÉZAURE,Sur les traces
des Templiers, Cheminements en Provence,
Thoard, 1997.
André PÉZARD, Contes et légendes de
Provence, Fernand Nathan, Paris, 1961.
Vladimir PROPP, Morphologie du conte,
Seuil, Paris, 1963.
Joseph ROUMANILLE,
Contes provençaux, éd. Roumanille, Avignon, 1884.
Claude SEIGNOLLE, Contes populaires et
légendes de Provence, Presses de la
Renaissance, 1974.
Photographies
1. C'est
dans ces collines que vécut saint Gens et
que sa légende vit le jour. © Artis, 2001.
2. Statue de la Tarasque à Tarascon.
3. Le quartier de Beaumanière, aux
Baux-de-Provence, dans le val d'Enfer. DR.
************
Les Baux-de-Provence au XIXe siècle
Au
début de la Révolution, le village des
Baux-de-Provence se trouvait
dans un réel état de décadence. L'éperon
rocheux perdait constamment des
habitants qui préféraient émigrer dans
les villages de la plaine :
Maussane,
Paradou et
Mouriès.
La Révolution allait lui porter le coup
fatal. Globalement, les habitants du
haut étaient opposés à la Révolution,
tandis que le reste de la population,
dans la plaine surtout, y était
farouchement favorable. Le curé
Bertrand, qui y officia de 1783 à 1791
aux Baux, refusa de prêter le serment à
la constitution civile. Cela lui causa
des persécutions qui l'obligèrent à se
cacher dans la campagne près d'Aureille,
son village natal. Arrêté, il fut
conduit aux pontons de
Saint-Martin-de-Ré et délivré en juin
1800. Le curé de Maussane, Vincent, au
contraire, n'hésita pas à prêter le
serment et organisait des assemblées
dans l'église. Le maire des Baux, Joseph
Manson de Saint-Roman, fut assassiné en
mars 1793. Les paysans de la plaine
montèrent à l'assaut des Baux et
détruisirent le château. Sept monuments
du village furent vendus comme biens
nationaux.
La population des Baux au XIXe siècle
Comme l'indiquent les chiffres ci-dessous,
la population des Baux a connu une
dramatique érosion tout au long du XIXe
siècle :
|
|
1821 |
1851 |
1906 |
|
Population totale |
506 |
431 |
301 |
|
Population agglomérée |
222 |
174 |
111 |
|
Population éparse |
284 |
257 |
190 |
En 1911, la
population éparse se répartissait comme suit
: 90 habitants au Vallon de la Fontaine, 25
habitants au mas de Chevier (Saint-Martin),
68 habitants derrière le Château. Pour
précision et comparaison, les Baux
comptaient en 1765 pas moins de 3.491
habitants, même si l'essentiel vivait dans
la plaine (le village lui-même n'abritait
déjà plus que 611 personnes).
Le nombre des maisons a peu varié au cours
du siècle : 118 en 1851, autant en 1911 (63
éparses en 1851, 66 en 1911).
Voici à présent la répartition des sexes en 1851 :
| Masculin | Féminin | ||
| 207 | 117 garçons | 224 | 110 filles |
| 74 mariés | 97 mariées | ||
| 16 veufs | 17 veuves | ||
Répartition des âges en 1911 :
| 0 à 1 an | 1 à 19 ans | 20 à 39 ans | 40 à 59 ans | 60 ans et plus |
| 7 | 68 | 63 | 87 | 75 |
Hygiène et santé
Un borgne, un aveugle, deux sourds-muets,
cinquante et une autres maladies. Les quatre
conscrits de l'année étaient bons pour le
service, deux sur trois en 1910. On a donc
globalement une population en assez bonne
santé.
Dans la mesure où aucun médecin n'habitait
les Baux, la population était soignée par
les deux médecins de Maussane. On peut
attribuer la bonne santé globale des
Baussencs à la qualité de l'alimentation en
eau des individus. Les mas étaient alimentés
par des sources ou des puits, tandis que le
village était pourvu en eau depuis 1869
grâce à une grande citerne publique (800
mètres cubes) située au Plan-du-Château. Ce
n'est qu'en 1929 que la commune a été
fournie en électricité.
Éducation
Il semblerait que la première école aux Baux
a ouvert ses portes vers 1544. La population
du village était plutôt lettrée : aucun
conscrit de 1851 ou de 1911 était illettré.
En 1911, un institutrice dirigeait l'école
mixte, composée d'une trentaine d'élèves.
Une garderie accueillait douze enfants.
Emploi
En 1851, l'essentiel de la population
masculine, cela ne nous étonnera pas, est
constituée d'agriculteurs. 97% des hommes
cultivent la terre (63% des femmes). Le
reste se répartit entre commerçants (1,3%
[0,7% des femmes]), professions libérales
(2,2%) et mendiants (1,8%). 36% des femmes
vivent du travail de leur mari. Enfin, 135
enfants sont à la charge de leurs parents,
représentant tout de même près du tiers de
la population.
La présence de nos quatre mendiants nous
amène à évoquer la question de l'assistance
publique.
Assistance publique
Le 20 décembre 1900 se constitue
aux Baux une société de secours mutuels,
La Solidarité baussenque. Elle dispose
en 1910 de 1.657 francs de capitaux, génère
des recettes conséquentes (797 francs) et
peu de dépenses (342 francs). Trente-sept
personnes en sont alors membres.
C'est que la population baussenque, même si
elle n'est pas misérable dans son ensemble,
compte toutefois de nombreuses personnes à
qui venir en aide : les 890 francs dépensés
à des fins d'assistance en 1911 par le
conseil municipal se décompose ainsi :
| Enfants | Aliénés | Indigents | Assistance médicale | Vieillards | Familles |
| 90 | 150 | 150 | 100 | 300 | 100 |
Religion
et politique
A la suite des persécutions religieuses, le
nombre des protestants en vallée des Baux a
peu à peu décru. Il restait cinq protestants
aux Baux en 1851, huit en 1911, dont le
responsable religieux était le pasteur de
Mouriès. Le desservant catholique, lui,
vivait aux Baux en 1911, quartier du Vallon
de la Fontaine.
Lors des élections législatives de 1877, sur
124 inscrits, on dénombra 107 votants (86%
de participation). Voici le résultat de
l'élection :
| Candidat | Parti | Voix | % |
| Cadillan | Monarchiste | 59 | 55,1% |
| Tardieu | Républicain | 48 | 44,9% |
Aux législatives de 1910, le taux de participation s'était réduit : 79 votants sur 128 inscrits (62%). Le résultat fut le suivant :
| Candidat | Parti | Voix | % |
| Henri Michel | Radical-socialiste | 29 | 36,7% |
| Sixte Quenin | Collectiviste | 47 | 59,5% |
Économie
La morphologie du territoire a évolué au fil
du XIXe siècle. En quelques décennies, un
défrichement systématique a eu raison d'un
territoire très boisé où les seigneurs des
Baux pratiquaient au Moyen Age la chasse au
cerf. Si, en 1842, les bois occupaient 58%
de la surface de la commune, ce chiffre
était tombé à 30% en 1911. Et inversement,
la proportion de garrigues et terres
rocheuses
(1)
passaient dans le même temps
de 11 à 46%. On comprend à la lecture de ces
chiffres que les habitants des Baux n'en
voyaient pas alors ce qu'ils en voient
aujourd'hui. Mais pour relativiser tout
cela, précisons que, déjà en 1820, les
habitants des Baux déploraient le recul de
la forêt.
Les terres cultivées, en revanche, sont
restées les mêmes, même si les dernières
années du siècle ont vu l'apparition de la
vigne, dont on voit aujourd'hui encore des
champs entièrement dédiés à cette culture.
Jusqu'au milieu du XIXe siècle, on ne
cultivait pas la vigne aux Baux, ou
quasiment pas (un hectare à peine en 1832,
contre 80 en 1911). Elle était pourtant
cultivée au XVIIIe siècle, mais une épidémie
de phylloxéra avait poussé les propriétaires
cultivateurs à s'en abstenir des décennies
durant. L'olivier était en revanche la
culture dominante, comme aujourd'hui
d'ailleurs. Les champs d'oliviers ont peu à
peu colonisé l'essentiel de la plaine (223
hectares en 1832, 308 hectares en 1911). Il
y avait deux moulins à huile en 1820.
Comment ne pas évoquer aussi la présence de
trois carrières de pierre dont deux étaient
communales : Grands Fonts et Saragan
(2). En 1911, trente-sept hommes et
deux enfants y travaillaient. L'industrie en
était florissante (8.000 mètres cubes de
pierres d'une valeur de 100.000 francs).
Les animaux
Nous avons vu à quoi ressemblaient les
paysages baussencs au XIXe siècle. Reste à
savoir quels animaux les habitaient. Les
chiffres ci-dessous montrent à quel point
l'élevage ovin est prédominant. La proximité
de la Crau n'y est pas étrangère :
|
|
Chevaux | Ânes | Mulets | Bovins | Moutons | Porcs | Chèvres |
| 1882 | 9 | 5 | 20 | - | 1.440 | - | 12 |
| 1911 | 37 | 2 | 15 | - | 1.179 | 3 | 10 |
A l'approche
de l'été, les troupeaux de mouton partaient
en transhumance en Isère ou dans les
Hautes-Alpes.
On trouvait aussi en 1882 : 100 poules, 20
canards, 2 dindes et 100 lapins.
Bibliographie
Les Baux & Castillon, L. Paulet, 1902.
Encyclopédie des Bouches-du-Rhône, t. XV,
dir. Paul Masson, 1933.
Les Baux de Provence, M. Bonnet, coll. "Le
Temps retrouvé", éd. Équinoxe, 1990.
1. Garrigues constituées de chênes
kermès, de genêts, de buis.
2. Certains ignorent-ils encore que le
nom "Baux" a donné "bauxite" ?
PHOTOGRAPHIES
- Le château des Baux-de-Provence. Jean Marie Desbois, 2005.
-
La rue des Fours. Au fond, le
château.
DR.
************
L'adolescence dans la Provence d'hier
La
première communion marquait généralement
le passage de l'état d'enfant à celui
d'adolescent. Cette période de la vie se
terminait d'ordinaire à vingt ans pour
les garçons, à l'âge de la conscription,
où l'on devenait un homme, à vingt-cinq
pour les femmes, à la Sainte-Catherine.A vrai dire, nous sommes peu éclairés sur cette époque de la vie qui dure pourtant plusieurs années, et peu d'auteurs des siècles passés s'y sont penchés, de manière à nous informer des traditions qui la caractérisaient. Néanmoins, quelques éléments ressortent et nous permettent de nous faire une idée somme toute plutôt précise de la façon dont vivaient les adolescents dans la Provence d'hier.
Le
charivari
Depuis le Moyen Age au moins, il s'est
développé parmi la jeunesse une volonté de
se réunir afin de lutter contre les
injustices de la vie communale. Ainsi,
soucieux de garder un certain degré de
moralité parmi les individus de la
communauté, la jeunesse des villages s'est
arrogé d'office le devoir de "poursuivre"
ceux qui faisaient montre d'un certain
laisser-aller dans leur comportement. Il
faut sans doute voir là l'origine de ce
qu'on dénomme le charivari. Ces
manifestations tapageuses avaient lieu
lorsque des veufs se remariaient. Pour
l'occasion, on sortait poêles et chaudrons
et l'on se livrait à un véritable concert de
casseroles et de sifflets, allant parfois
jusqu'aux huées.
Néanmoins, ce traitement n'était pas réservé
aux seuls veufs qui désiraient se remarier :
les maris battus par leur femme y avaient
droit, tout comme les avares, les parrains
et les marraines chiches de leurs sous, les
étrangers qui s'installaient au pays sans
"payer la bienvenue", les femmes adultères,
les ivrognes, les maris coureurs... La liste
n'est pas exhaustive.
Alors que l'on réclamait de la jeunesse
ordre et discipline, celle-ci ne se gênait
pas pour rappeler les mêmes exigences à ses
aînés.
La notion de charivari n'a jamais eu
bonne presse. Il faut dire qu'elle
s'accompagnait souvent de débordements,
pouvant aller jusqu'au sang et il était
fréquent que ces manifestations se terminent
chez le juge. Ainsi, le 10 février 1758,
Marie Hugou, une veuve qui venait de se
remarier à
Ongles (Alpes-de-Haute-Provence), fut
particulièrement maltraitée à la sortie de
l'église. Un témoin, Etienne Vial, 18 ans,
confirme : "Ayant entendu le bruit du
charivari au-devant de la porte de la maison
de la veuve de Michel Jarjaye où il se
serait porté pour voir ce qui se passait. Et
là, il avait vu [Marie Hugou] ayant sa main
ensanglantée et entendu les cris qu'elle
faisait à l'occasion du mal qu'elle
ressentait..."
(1)
Pour cette raison, les autorités communales
se sont souvent opposées à ces
manifestations. A Ongles, notamment, des
arrêts l'interdirent à maintes reprises
(1534, 1544, 1616), mais à l'évidence, la
loi n'était pas respectée.
Batailles rangées
Les vertus défendues par la jeunesse
menaient aussi à d'autres extrêmes. Ainsi,
les notions de courage, de force, de
gaillardise, portaient en étendard, en
poussaient plus d'un à se livrer à de
véritables batailles rangées dans les rues
des villes et des villages, parfois dans un
champ. Jusqu'au XVIIIe siècle, toute la
jeunesse était régulièrement conviée à venir
se battre pour des motifs divers, allant de
la fête patronale du village voisin au
tirage au sort lors des conscriptions.
Vers 1820, par exemple, une rixe entre
jeunes de Saint-Rémy et d'Eyragues
(Bouches-du-Rhône) dégénéra en bataille
rangée et causa la mort d'un jeune, ce qui
provoqua l'intervention des autorités. La
cause : un pèlerinage au lieu-dit de Lagoy,
à la chapelle Saint-Bonet, à égale distance
entre les deux villages. Même si, en cette
circonstance, les événements de 1820
semblent exceptionnels, les bagarres entre
jeunes des deux villages étaient très
fréquentes.
L'Abbé
de la Jeunesse
Avant la Révolution de 1789, la
plupart des villages de Provence avaient ce
que l'on appelait un "Abbé de la Jeunesse".
C'était à proprement parler une corporation
qui regroupait la jeunesse du village. Cette
corporation tenait ses registres de la façon
la plus sérieuse et possédait une caisse que
gérait le trésorier. Elle était gérée par
trois responsables qui étaient élus tous les
ans à la même période par les autres
membres. Le premier dignitaire portait le
titre d'Abbé de la Jeunesse, le second était
son lieutenant, et le troisième portait le
titre d'enseigne. Il était en charge de
porter l'étendard de la corporation lors de
ses manifestations. Sous leur responsabilité
se trouvaient trois prieurs, également élus
à l'année.
Cette institution remonte au moins au Moyen
Age. Les événements évoqués ci-dessus,
notamment les batailles rangées, étaient
souvent organisées par la corporation. Du
coup, il n'était pas rare que l'on se
plaigne de ses activités, à tel point que
les institutions communales durent
régulièrement intervenir ; ainsi, une
délibération communale du 17 juillet 1633, à
Forcalquier (Alpes-de-Haute-Provence) :
"On a parlé et fait des plaintes contre
l'établissement et création des Abbés (...)
de ne plus procéder à ladite création,
d'autant [qu'elle porte] non seulement les
Abbés qui sont en charge, mais encore la
jeunesse, à des débauches extraordinaires et
continuelles, même aux logis et cabarets,
les détournent de leurs études et vocations
honnêtes et religieuses."
(2)
Au bout du compte, le Parlement confirme la
suppression des Abbés de la jeunesse dans
cette ville le 30 juillet de la même année.
Dans d'autres endroits, le titre d'Abbé de
la Jeunesse était remplacé par d'autres
expressions : à Bédoin (Vaucluse), "prince
d'Amour", à Orange (Vaucluse), "abbé de la
folie", à Courthézon (Vaucluse), "roi des
Vignerons", ou "roi des Bouviers", ou encore
"roi des ânes". A Aix-en-Provence
(Bouches-du-Rhône), il existait trois
compagnies de la jeunesse : le Prince
d'Amour pour les nobles, le Roi de la
Basoche pour les bourgeois, et l'Abbé de la
jeunesse pour le petit peuple des artisans
et des paysans.
(1) A. Lombard
& M. Mathieu, "Ongles au XVIIIe siècle", éd.
Alpes de Lumière, Mane, 2000, p. 29, 30.
(2) C. Seignolle, "Traditions populaires de
Provence", t. 1, éd. Maisonneuve & Larose,
Paris, 1996.
- Illustration : "Jeune homme" par P. Letuaire (XIXe s.). DR.
************
Eyguières au XIXe siècle
Le
village d'Eyguières
ne semble pas antérieur au XIe siècle. C'est
en effet à compter de cette période que l'on
constate l'existence d'une agglomération sur
l'emplacement de l'actuel village.
Auparavant, les traces d'habitat se
retrouvaient plus au nord, dans le quartier
de Sainte-Cécile, et surtout à Roquemartine,
autour de l'ancien château. Le desséchement
des marais aurait incité la population à
émigrer plus on sud. La présence de ces
marécages pourrait expliquer l'origine du
nom "Eyguières" (Aquaria).
Au XIVe siècle, la seigneurie était partagée
entre les Baudinard, ls Cadenet et les
Lourmarin. Louis III en fit don à Jean de
Sade, dont le fils, Girard, reçut en 1421
l'hommage solennel des habitants
d'Eyguières.
En 1789, le château de Roquemartine fut
ruiné. Les habitants de ce petit hameau se
voulurent de tout temps autonomes, malgré
leur sujétion à Eyguières. Au XIXe siècle,
ils voulaient être séparés de cette commune,
une chose que leur petit nombre (99
habitants en 1820) rendait bien peu
probable.
La
population d'Eyguières au XIXe siècle
Les chiffres de la population au XIXe siècle
font état d'une remarquable stabilité
démographique. En revanche, l'érosion
s'amorça à la fin du siècle :
|
|
1821 |
1851 |
1911 |
|
Population totale |
2.925 |
2.999* |
2.091 |
|
Population agglomérée |
2.688 |
2.682 |
1.602 |
|
Population éparse |
237 |
317 |
489 |
* Signalons, sur ce chiffre, la présence de quinze étrangers, dont quatorze Italiens.
Le maximum de population au XIXe siècle a
été atteint en 1866, avec 3.001 habitants.
On note, a vu des chiffres ci-dessus, que,
si l'érosion a frappé surtout à partir des
premières décennies du XXe siècle, la
population agglomérée d'Eyguières a décliné
dès le milieu du XIXe. Cela peut surprendre,
d'autant qu'Eyguières a toujours été réputée
pour être un village d'eau, à l'irrigation
facile. Cette érosion démographique peut,
peut-être, s'expliquer par le déclin des
cultures de l'olivier, et surtout de la
garance, qui ont longtemps fait la
prospérité du bourg.
En 1851, Eyguières comptait 786 maisons, qui
abritaient 878 ménages.
| Masculin | Féminin | ||
| 1.559 | 767 garçons | 1.440 | 606 filles |
| 690 mariés | 677 mariées | ||
| 102 veufs | 157 veuves | ||
Hygiène et santé

Globalement, le bourg d'Eyguières a joui d'un très bon état sanitaire et a été relativement épargné par les épidémies. En 1851, on y répertoriait deux aveugles, vingt borgnes, deux sourds-muets, deux aliénés à domicile, trois goitreux, dix-sept déviations de la colonne vertébrale, et cinquante-neuf autres affections. En 1820, quatre fontaines d'eau potable alimentaient la commune.
Eyguières bénéficie de l'éclairage électrique depuis 1925, grâce à la Compagnie du Sud-Électrique, basée à Avignon.
Éducation
Les renseignements concernant l'éducation à
Eyguières ne sont pas abondants. Dès 1838,
et jusqu'à la laïcisation, les religieuses
de la Présentation tenaient l'école. Il y
avait trois classes de garçons et trois de
filles. La fréquentation était jugée
satisfaisante. La seule statistique
d'alphabétisation qu'il nous ait été
possible de retrouver indique qu'en 1930,
deux conscrits sur trente étaient illettrés.
Emploi
En 1851, l'essentiel de la population
masculine est constituée d'agriculteurs. 47%
des hommes cultivent la terre (38% des
femmes). Au vu de ces chiffres, on est loin
des 97% de cultivateurs des
Baux,
par exemple. On travaille donc la terre, à
Eyguières, mais d'autres activités occupent
bon nombre de villageois. 504 personnes
travaillent dans l'industrie et le commerce
(26% des hommes et 7% des femmes).
Le reste se répartit entre propriétaires
rentiers (4% des hommes et 8% des femmes),
professions libérales (3% des hommes et 0,8%
des femmes), domestiques (1;3% de la
population, essentiellement des femmes) et
mendiants (0,2%), ce qui est un tout petit
chiffre, comparé à d'autres communes,
montrant que la population d'Eyguières est
particulièrement laborieuse.
Près de 11% des femmes vivent du travail de
leur mari. Enfin, 784 enfants sont à la
charge de leurs parents (47% sont des
garçons, 53% des filles), représentant tout
de même plus du quart de la population.
La présence de nos six mendiants nous amène
à évoquer la question de l'assistance
publique.
Assistance publique
On n'a pas connaissance d'une
quelconque organisation de la mutualité à
Eyguières, ni de l'assistance publique, même
s'il existait un Bureau de bienfaisance.
Bien peu, a priori, pour une commune d'une
telle importance, mais rappelons
qu'Eyguières compte très peu de miséreux et
beaucoup de travailleurs.
Religion et politique
Comme dans beaucoup de communes des
Bouches-du-Rhône, Eyguières a connu des
scrutins souvent mouvementés au XIXe siècle.
Lors des élections législatives de 1877, sur
912 inscrits, on dénombra 738 votants (81%
de participation). Voici le résultat de
l'élection :
| Candidat | Parti | Voix | % |
| Cadillan | Monarchiste | 338 | 45,8% |
| Tardieu | Républicain | 396 | 53,7% |
Aux législatives de 1910, le taux de participation s'était réduit : 609 votants sur 885 inscrits (69%). Le résultat fut le suivant :
| Candidat | Parti | Voix | % |
| Henri Michel | Radical-socialiste | 304 | 49,9% |
| Sixte Quenin | Collectiviste | 277 | 45,5% |
Économie
En 1851, la commune d'Eyguières comptait 951
propriétaires-cultivateurs, 13 fermiers, un
fermier-propriétaire et 48 métayers. A ces
chiffres s'ajoutaient 176 journaliers, 87
domestiques et 3 bûcherons. Cela nous donne
une population active très importante et
témoigne du dynamisme économique
d'Eyguières.
Le paysage a quelque peu évolué au cours du
XIXe siècle :
En 1861, on ne comptait que 2.406 ha de
terres cultivées contre 4.833 en 1912. Cela
fait d'Eyguières la commune au plus grand
gain de terres cultivées de tout le
département (hormis Marseille). La culture
s'est donc intensifiée au fur et à mesure du
siècle. Mais qu'y cultivait-on ? Il semble
que de 1850 à 1910 environ, la culture de
l'olivier soit restée relativement stable
sur la commune, après la formidable
explosion vers le milieu du siècle.
Auparavant, on signalait (vers 1820) une
"immense quantité" de terres consacrées
à la culture des céréales et des légumes.
C'est sur ces terres qu'ont été entamées les
cultures d'oliviers et, dans une moindre
mesure, d'amandiers. En revanche, la vigne a
connu une expansion assez nette, surtout
jusqu'à la fin du XIXe siècle. Après cette
date, les surfaces consacrées au raisin ont
quelque peu décru.
Au XIXe siècle, Eyguières était
particulièrement réputé pour ses élevages de
vers à soie. En 1881, deux dévidages de soie
employaient 26 ouvriers. En 1892, 280
éleveurs produisaient 7.000 quintaux de
mûriers et 9 tonnes de coton. Au moment de
la première Guerre mondiale, cette culture
avait quasiment cessé.
En outre, en 1870, on comptait à Eyguières
trois moulins à recense, trois huileries,
deux carrières de pierre et deux savonneries
(26 ouvriers). En 1890, huit moulins à huile
employaient 66 ouvriers.
Concernant les paysages d'Eyguières, nous
signalerons qu'au XIXe siècle, les collines
étaient couvertes de forêts et le comte de
Villeneuve, dans sa Statistique
(1820), signale la présence d'animaux
sauvages. Avant la Révolution, on y
rencontrait encore des ours.
Les animaux
Nous avons vu à quoi ressemblaient les
paysages d'Eyguières au XIXe siècle. Reste à
savoir quels animaux y étaient élevés. Les
chiffres ci-dessous montrent à quel point
l'élevage ovin est prédominant. La proximité
de la Crau n'y est pas étrangère, même si la
production ovine a fortement décru après la
première guerre :
|
|
Chevaux | Ânes | Mulets | Bovins | Moutons | Porcs | Chèvres |
| 1892 | 144 | 80 | 172 | 50 | 10.350 | 45 | 123 |
| 1930 | 257 | 12 | 26 | 0 | 4.800 | négligeable | négligeable |
On trouvait aussi en 1892 : 800 poules, 200 canards, 100 dindes, 80 pintades, 280 pigeons et 500 lapins.
Bibliographie
"Eyguières, son histoire féodale, communale
et religieuse", Abbé L. Paulet, Marseille,
1901.
Photographies
- Le cours au début du XXe siècle. DR.
-
L'école d'Eyguières.
DR.
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Saint-Martin-de-Crau au XIXe siècle
Il faudra attendre la deuxième partie du XVe siècle pour voir la communauté se développer à nouveau, de façon définitive cette fois-ci. Placés sous la protection de saint Martin, les habitants invoquèrent en outre celle de saint Roch, lors de la peste de 1720.
Ce n'est qu'en 1925 que Saint-Martin-de-Crau devint une commune.
La population de Saint-Martin-de-Crau au XIXe siècle
Les chiffres de la population au XIXe siècle font état d'une population peu stable et très éparse. Sa situation n'y est pas étrangère. Dans les dernières années du XIXe siècle, une forte population d'origine espagnole et surtout italienne vient s'y établir, attirée par le travail que lui propose la société d'Explosif et Produits Chimiques, sise au quartier de la Chapelette :
- Population totale : 1.260 en 1820, 1.316 en 1883, 2.303 en 1926.
- Population agglomérée : 25 maisons en 1820, 700 personnes en 1913, 348 en 1926.
- Population éparse : 1.955 en 1923.
Hygiène et santé

Saint-Martin subit depuis toujours un mistral très fréquent et fort. Au-delà de l'inconvénient, l'avantage sur la santé est indéniable et la commune est particulièrement salubre. On comptait au début du XXe siècle un pharmacien qui faisait aussi office de médecin.
Quelques épidémies y ont pourtant sévi, notamment l'épidémie de choléra de début juillet à mi-août 1854, épidémie provoqua la mort d'une vingtaine de personnes (alors que ce chiffre correspond d'ordinaire au nombre de décès sur une année).
Éducation
Saint-Martin comptait une école communale au début du XXe siècle. L'école de garçons comptait 36 élèves, l'école de filles comptait deux classes et 34 élèves (et 17 garçons). On trouvait aussi une école à Caphan (qui date des années 1880) avec 29 garçons et 21 filles, séparés. Bien entendu, l'école était assurée bien avant, mais elle était moins organisée et bénéficiait de moins d'avantages. Les instituteurs se nommaient Camille Paul Georges Noble (années 1900), Antoine Sallette, Marie Louis Blanc, Lucien Adrien Bertrand (années 1890), Maxence Laurent Léopold Roman (années 1880), Jean Baptiste Marie Lamouroux (années 1870), Zéphirin Théophile Uldaric Liely (années 1850, 1860).
Emploi
Voici les chiffres qui ressortent du recensement de 1886. Sur un population globale de 1.316 âmes, on compte 566 hommes (43%) qui se répartissent professionnellement comme suit :
Cultivateurs : 184 (32,5%) ; professions ovines (bailes, bergers) : 76 (13,4%) ; commerce (boulangerie, épicerie, cordonnerie, auberge, cafetier, boucherie, perruquerie) : 20 (3,5%) ; artisans (maçon, terrassier, menuisier, maréchal ferrant, tailleur de pierres, bourrelier, empailleur de chaises) : 35 (6,2%).
Le grand nombre de bergers n'étonne pas, en raison de la Crau, toute proche, lieu d'élevage de multitudes de moutons. On trouve de grands domaines, dirigés par des régisseurs, eux mêmes soumis aux ménagers (36), dans lesquels s'activent ouvriers, domestiques (47) et journaliers. Saint-Martin a longtemps été considérée comme une commune peuplée de gens des mas (quarante propriétés font plus de cinquante hectares (2)).
Assistance publique
Une société de secours mutuels fut fondée en 1906. Elle comptait quinze membres. Une coopérative de consommation y a vu le jour. Elle a fini par disparaître, faute de clients.
Religion et politique
Les chiffres des élections législatives du XIXe siècle nous sont malheureusement inconnus. Nous nous contenterons donc de donner ceux des législatives de 1928. Sur 502 inscrits, il y eut 347 votants (69% de participation) :
- Victor Jean (Radical-socialiste) : 163 voix
- Sixte Quenin (Socialiste) : 169 voix
ÉconomieEn 1894, une grande usine est créée au quartier de la Chapelette, à proximité de la voie ferrée. Elle est exploitée par la Société anonyme d'explosifs et de produits chimiques. On y fabrique acide nitrique, nitroglycérine et dynamite (3). L'expansion de l'activité chimique, associée, quelques années plus tôt, à la création de la voie ferrée, permet l'immigration d'une forte population étrangère, principalement italienne et espagnole. En 1915, 15% des ouvriers de l'usine étaient étrangers (113 étrangers pour 613 Français). On compte 47 Italiens, 32 Espagnols, 22 Portugais, 11 Alsaciens et 1 Suisse.
En 1907,
Saint-Martin connaît sa première grande
grève : le personnel de l'usine cesse le
travail à l'initiative des femmes employées
par l'entreprise. Les revendications sont
d'ordre salarial, la direction ayant décidé
une baisse des salaires de ses employés.
Outre la dynamiterie, Saint-Martin comptait
plusieurs tailleurs de pierre qui
exploitaient deux carrières.
Évoquons aussi la culture des céréales (402
ha de blé, 247 d'orge, 287 d'avoine), des
pommes de terre (16 ha) et des vignes (110
ha). Mais la récolte principale est celle
des foins (100.000 quintaux).
Comme l'indiquent les chiffres ci-dessous, l'élevage ovin est prédominant à Saint-Martin-de-Crau. La proximité de la Crau n'y est pas étrangère, même si la production ovine a fortement décru après la première guerre :
|
|
Chevaux | Ânes | Mulets | Bovins | Moutons | Porcs | Chèvres |
| 1930 | 455 | 80 | 168 | ? | 50.000 | 200 | 100 |
La transhumance est pratiquée par la route ou par voie ferrée.
"Entre steppe et oasis : Saint-Martin-de-Crau", sous la dir. de Félix Laffé, éd. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, 1995.
Notes
1. On lira à
ce sujet un article consacré à l'histoire de
Saint-Martin-de-Crau.
2. Signalons les domaines de la Grande
Vaquière (3.000 ha), le plus grand domaine
des Bouches-du-Rhône si l'on excepte la
Camargue.
3. Le quartier a depuis reçu le nom de
quartier de la Dynamite, nom qu'il porte
toujours.
Photographies :
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Des vœux de nouvel an (Manosque-Apt, 10 janvier 1810)
«
A Manosque, ce 10 janvier 1810,
« J'ai reçu, mon cher neveu, votre lettre.
Nous sommes
« tous très sensibles à vos bons souhaits du
renouvelle-
« ment d'année ; ceux que nous formons ne
sont pas
« moins étendus et sincères et, surtout, une
heureuse
« couche à ta chère épouse à qui nous sommes
très
« attachés. Mon état de faiblesse, celui de
mon beau-frère
« et, surtout, ce tournement de tête, ne
nous permettent
« pas de jouir de parents en amis. Soyez
très persuadé
« que, si l'état de santé avait pu le
permettre, ç'aurait
« été avec plaisir que nous aurions passé la
quinzaine
« ensemble. Nous ne pouvons nous voir,
encore moins
« faire de battement, ni d'une façon, ni
d'[une] autre ; c'est impossible.
« Je te remercie de la confiture. N'y mets
plus ton argent
« là, nous n'en mangeons pas. Bien de[s]
choses et les plus
« tendres [et] gracieuses à m[a]d[ame] ton
épouse, de tous et à Mlle
« Angélique. Une caresse pour tous au petit.
Je suis
« avec l'attachement le plus sincère pour la
vie. »
« Delphine Clément »
Quelques exemples d'écriture :
=
"d'année". L'absence d'apostrophe est
relativement fréquente à cette époque.
= "ç'aurait".
Écrit "saurois", la conjugaison en "oi" est
normale. En revanche, la terminaison en "s"
est erronée, tout comme le "s" de début de
mot. L'absence d'apostrophe est logique. On
se serait attendu à voir écrit : "çauroit".
Au final, les fautes sont caractéristiques d'une personne à l'instruction correcte mais dont la pratique épistolaire est irrégulière.
- Source : Archives personnelles.
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