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Macao, Cotignac, Région, Provence,
Littérature et…fantaisie !
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Pardigon, la villa romaine de la plage.
Le Var, la Côte d'Azur...sur le rivage méditerranéen qui vit débarquer Grecs et Romains, une urbanisation plus intense ici qu'ailleurs efface inexorablement les marques du passé. Les fouilles archéologiques restituent cependant par les vestiges, parfois modestes, arrachés au sol, une partie de notre histoire, de celle de la Provincia, représentant pour Rome un morceau de la Narbonnaise et qui est l'actuelle Provence. Installée sur les deux communes de Cavalaire et de la Croix-Valmer, la plaine de Pardigon connut dès l'antiquité une très rapide occupation lorsque, aux anciens marins pratiquant le commerce, avaient succédé les colons. L'emplacement d'une villa romaine, nommée villa de la douane parce qu'à la fin du XIXème siècle une caserne des douanes fut édifiée sur le site, était déjà répertorié quand, en 1983, celui de la villa de la plage de Pardigon fut défini. Installée au bord de la grande route commerciale antique, la mer, la villa de la plage était un savant assemblage de bâtiments de pierres de serpentine extraites de la toute proche carrière de la Carrade. Outre que ces pierres étaient d'excellente qualité, les bâtisseurs évinçaient ainsi tout problème technique ou financier, du transport de ce pesant matériau. C'est vers le milieu du 1er siècle de notre ère que la terre fut ici défrichée, la vigne plantée et la ferme installée. L'économie du domaine tournait tout entière autour de la vigne. Le premier bâtiment édifié fut le chai à vin, abritant les fouloirs, les cuves et les jarres. C'est lui aussi que l'on abandonna en dernier. Le vin de la région resta d'un bon rendement jusqu'au début du 3ème siècle, puis la production de la Narbonnaise se révéla moins rentable en raison de la concurrence d'autres provinces d'une part, mais aussi en raison d'une désorganisation économique et monétaire qui allait s'accélérant. On renonça donc au vignoble de la ferme de la plage, puis les terres furent vendues à la villa voisine dont les propriétaires en firent peut-être des pâturages. La villa fut totalement abandonnée vers le second quart du 3ème siècle. Cependant, durant sa période d'intense activité, la ferme englobait une soixantaine d'hectares de terres arables, plantées de céréales et de vignes. L'agronome romain Caton donnait pour théorie qu'un domaine viticole devait pouvoir entreposer le vin de deux vendanges, stockage permettant de laisser vieillir une bonne partie de la récolte d'une année exceptionnelle pour la revendre au meilleur moment, au meilleur prix. Une douzaine de personnes cultivaient la vigne et, si l'on prend en compte le personnel employé aux autres cultures ainsi qu'aux tâches domestiques, une quarantaine de personnes travaillaient sur le domaine, pour la plupart des esclaves placés sous la conduite d'un intendant. Pour connaître la vie quotidienne de la villa, il faut déambuler dans les salles, les couloirs, les cours...Arrivant par la plage, le visiteur se trouvait face à une colonnade exposée plein sud. Sur la gauche, la colonnade laissait place à un bâtiment en saillie, sorte de tour rectangulaire à étage, inspirée des grandes villae maritimes d'Italie. Mais la véritable entrée de la demeure se situait sur le côté. l'atrium ou salle d'entrée, était marqué par un large seuil bordé de colonnes. Les quatre pentes de son toit convergeaient pour laisser en son centre un trou carré, le compluvium. Ruisselant le long des pentes du toit de l'atrium, les eaux de pluie passaient par le compluvium pour être recueillies dans un bassin carré, l'impluvium. De ce péristyle central, galeries et couloirs permettaient l'accès aux autres parties de la maison, cour, chambres, remises, salle à manger, thermes. Les gens de qualité empruntaient un couloir menant au péristyle qui entourait le jardin. C'est autour du jardin que s'organisait la vie de famille du propriétaire, ou, s'il demeurait ailleurs, de son intendant. Un arbre, qui a laissé sa fosse de plantation, dispensait son ombrage à une partie du jardin. Des tranchées de plantations attestent l'existence de massifs d'arbustes longeant certains côtés de la colonnade du jardin, sous laquelle on se promenait à l'abri du soleil et de la pluie. Ailleurs, des plantes comme les acanthes ornaient le parterre. Par le jardin, les convives accédaient à la salle à manger, œcus, en passant une large entrée encadrée de pilastres. Allongés sur des lits qui garnissaient la salle à manger, les invités avaient vue sur le jardin. Poursuivant la visite, on atteignait les thermes. L'ensemble thermal comportait plusieurs salles. On prenait un bain froid dans la baignoire du frigidarium, pièce froide qui faisait aussi usage de vestiaire. On passait ensuite dans le tepidarium, pour un bain tiède, et enfin dans le caldarium, pour le bain le plus chaud, ou étuve, laconicum. L'eau nécessaire aux baignoires provenait du puits d'une des cours et les eaux usées étaient évacuées par un savant réseau d'égouts. un système de pompe permettait probablement d'alimenter directement les baignoires, puisqu'un tuyau de plomb a été retrouvé au fond du puits. Le parcours classique des différents bains se trouvait respecté ici comme dans toutes les autres villae, leurs occupants aimant à passer des heures de détente aux thermes pour y prendre des bains froids, des bains de vapeur, ou pour se faire masser. Le praefurnium, ou chambre de chauffage, assurait non seulement le chauffage des thermes mais servait aussi de cuisine. Cette dernière correspondait, par un couloir, avec la salle à manger. Au nord de cet ensemble, un long bâtiment fermait la villa. Ici se déroulait l'essentiel des activités agricoles de la ferme. Le chai à vins, haut bâtiment de 52 mètres de long sur plus de 12 de large, était divisé en deux parties. La première accueillait le fouloir et le pressoir, tandis que la seconde recevait les cuves et les jarres. Deux cuves, possédant chacune une capacité de 5000 litres, recueillaient le moût coulant des pressoirs. Le moût ne fermentait pas dans les cuves comme aujourd'hui. Il était directement transporté dans des jarres. Celles-ci étaient fermées par des couvercles et enterrées. Dans le cellier, 150 jarres ou dolia trouvaient place. Contenant chacune 1500 litres environ, le chai pouvait ainsi entreposer 1700 hectolitres de vin. C'est d'ailleurs grâce à ces données que la superficie plantée en vigne dans le domaine peut être estimée à une vingtaine d'hectares. Tout à côté des cuves se situe la base d'un gros foyer et d'un cuveau. Dans ces vestiges, il faut voir les restes d'une installation pour la cuisson du vin afin de préparer le defretum, sorte de raisiné, vin cuit très prisé des Romains. Après son abandon, l'emplacement de la villa resta inoccupé pendant un siècle environ, puis ses ruines furent exploitées comme carrière de pierres. Il reste fort probable que le lieu fut exploité, mais sans habitants sur place, pendant un certain temps et vraisemblablement par les propriétaires de la villa voisine. Puis celle-ci fut à son tour laissée. Si les villae ont été abandonnées, la certitude est acquise qu'après ces occupants la plaine elle-même resta encore très longtemps cultivée. Les dernières pentes et le pied des collines portaient des vignes tandis que les dernières parcelles comprises entre la route et le rivage étaient consacrées au maraîchage et à l'élevage des bovins. Cette pratique se poursuivit longtemps. Après la seconde guerre mondiale, l'évolution économique et sociale fit basculer l'utilisation des sols, sous la pression foncière liée à l'activité touristique. Après l'élevage, le maraîchage disparut à son tour, les vignes devinrent alors des friches où prospéra une forêt de mimosas... Pages de Maryse PEBRE et Monique RIEUPOUILH. |