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LETTRES
À LOUIS GÉRARD
Louis Gérard (1733-1819) éminent
botaniste natif de Cotignac où il pratiqua la médecine tout en s'occupant
passionnément de la botanique. En 1761 il fit publier à Paris une de ses œuvres
maîtresse Flora Gallo-Provincialis. Il fut membre correspondant de l'Institut
de France où il rencontra l'abbé Papon. Celui-ci lui écrivit les lettres que
vous pourrez consulter ci-dessous à propos de la partie botanique de l'Histoire
Générale de Provence.
L'orthographe du XVIIIème siècle étant
très proche de celle d'aujourd'hui, son actualisation est très sommaire.
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Marseille, le 17 mai 1775.
Permettez, Monsieur, que je vous demande conseil sur une chose que vous seul en
Provence connaissez parfaitement. C'est sur les plantes qui nous sont particulières,
ou pour mieux dire qui viennent plus communément et plus facilement ici
qu'ailleurs, et qui peuvent donner une idée de la température de notre climat,
soit dans la basse Provence, soit dans la haute; car je pense que chacune à des
plantes qui lui sont propres. Voici, Monsieur, celles que j'imagine de rapporter
en vous envoyant pour les autres à votre excellent ouvrage.
Le Câprier, le Buisson ardent, le
Concombre sauvage, la Dentelaire, le Dictam blanc, le Doronic, l'Alypun, le
Pastel, le Nerprum, le Pavot cornu, le Myrthe, le Lentisque, l'Immortelle jaune
ou Bouton d'or, le Fustet, le Stœcas, la Garance, l'Asclepias, l'Angélique, la
Gentiane, l'Aristoche, les Vulnéaires, et le Thé ou Véronique des Alpes, sans
compter les plantes aromatiques telles que la Mélisse, la Lavande, le Serpolet,
la Marjolaine, le Thym, le Romarin, et autres qui couvrent les montagnes et les
vallées.
Je dis que les arbres offrent la même
variété; mais je ne nomme que l'Arbrousier, le Carroubier, le Mélèze des
Alpes dont on tire de la térébentine, et la Mannée, appelée Manne de Briançon,
le Chéne vert nourrissant, le Kermès, le Grenadier, le Figuier, l'Oranger, le
Citronier, le Bergamotier, l'Azederac et le Jujubier (le premier ayant le fruit
blanc et l'autre rouge), l'Olivier, le Paliure, le Térebinthe, le Styrax
calamite, le Tamarisc et le Palmier dont le fruit mûrit en certains endroits.
Je ne me propose pas d'entrer dans le détail
des insectes parce que je ne les connais pas plus que le reste, et que le détail
en est infini. Cependant, je nomme la mouche luisante, le lézard moyen dit
tarente, plus grand que le lézard gris et moins que le lézard jaune et vert,
le lézard allongé qui ne diffère de l'orvet que par ses quatre pattes
courtes, dont il se sert pour sortir des tas de pierres où il vit, les mouches
à dard qui piquent les olives, dont se nourrissent les vers qui les y déposent,
la cigale, plusieurs espèces de sauterelles, le scorpion, le castor du Rhône
peu différent de celui du Canada.
Je sens, Monsieur, combien tout cela est
insuffisant pour donner une idée de ces trois genres; mais mon ignorance sur
cette matière ne me permet pas d'aller plus avant de crainte de m'égarer; si
vous vouliez y suppléer par quelques-unes de vos réflexions vous me feriez
plaisir, et je les attends avec empressement. J'ai prêté à M. votre frère
les antiquités marseillaises que vous avez envie de connaître; il vous les
enverra par la première commodité. Je suis bien aise d'avoir eu cette occasion
de vous obliger; je saisirai avec plaisir les autres qui se présenteront pour
vous donner des preuves de l'estime avec laquelle j'ai l'honneur d'être,
Monsieur,
Votre très humble et très obéissant serviteur,
Papon, de l'Oratoire.
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Marseille, le 5 décembre 1775.
Vous me négligez un peu, Monsieur, mais je pense que c'est pour me mieux
servir; quoiqu'au reste il vous faut moins de peine qu'à un autre pour bien
faire. Je vous prie donc d'achever votre bonne besogne que vous avez si bien
commencée. Je ne crois pas qu'un plus long détail des plantes indigènes soit
nécessaire, mais là-dessus je m'en rapporte à vous avec la plus grande
confiance. Je souhaiterais que vous m'envoyassiez le catalogue de toutes les
plantes exotiques, et que vous remarquassiez en les nommant ce qu'elles offrent
de plus curieux pour les arts ou le commerce. Le temps à peu près où elles
ont commencé d'être connues me ferait grand plaisir, si vous le marquiez.
J'attends ce que vous avez encore à m'envoyer pour achever ce que j'ai à dire
sur notre climat. Soyez persuadé, je vous en prie, de ma reconnaissance; elle
est égale à l'estime et à l'attachement avec lesquels j'ai l'honneur d'être,
Monsieur,
Votre très humble et très obéissant serviteur,
Papon, de l'Oratoire.
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Marseille, le 3 février 1776.
J'arrive d'Aix, Monsieur, où nous avons décidé l'impression du premier
volume; cependant il n'en sera point parlé à l'assemblée, parce qu'il y a
quatre ans que la province s'était chargée des frais de l'impression. Il a été
résolu entre nous qu'elle ferait cette année ceux du premier volume. Je me hâte
de vous en faire part, Monsieur, puisque cette nouvelle vous intéresse comme
citoyen et comme auteur de la partie botanique, que vous avez la complaisance de
me fournir, et qui fera sûrement le plus grand plaisir. C'est du moins ainsi
qu'en ont jugé toutes les personnes à qui j'ai parlé de votre travail. Il me
tarde que vous l'ayez fini; et il me tarde encore plus que vous soyez des
premiers à vous lire dans notre histoire; car vous jugez combien j'ai d'envie
de vous offrir ce monument de l'estime et de l'attachement avec lesquels j'ai
l'honneur d'être,
Monsieur,
Votre très humble et très obéissant serviteur,
Papon, de l'Oratoire.
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Paris, le 19 juin 1776.
Ce n'est sûrement pas, Monsieur, par paresse si je n'ai pas eu l'honneur de
vous écrire depuis mon arrivée à Paris; mais l'embarras de mes occupations et
des affaires qu'on a toujours en arrivant m'ont absorbé. J'ai vu M. de Jussieu
qui a pour vous une estime particulière, et qui a été bien aise de savoir de
vos nouvelles. Il se plaint que vous le négligiez. Ces reproches vous font
honneur et à lui aussi; il n'en ferait pas tant à un homme qu'il estimerait
peu. Je lui ai lu ce que vous m'avez envoyé, il en a été fort content. Nous
avons conservé 88 plantes indigènes; il n'y a pas eu la moindre réforme à
faire parmi les exotiques. Je voudrais que ceux qui me fournissent quelque
article travaillassent aussi bien que vous. Leur réputation et mon ouvrage y
gagneraient. Je n'ai encore rien donné à l'impression. Comme mes démarches dépendent
des opérations de la province, et que ces opérations sont fort lentes, je
perds du temps. Cependant je compte demander un censeur dans la huitaine qui
m'expédiera tout de suite, et si MM. les Procureurs du Pays approuvent le plan
d'impression que je leur ai envoyé, nous pourrons mettre la main à l'œuvre
tout de suite. Donnez-moi vos commissions et soyez persuadé de la sincérité
des sentiments avec lesquels j'ai l'honneur d'être,
Monsieur,
Votre très humble et très obéissant serviteur,
Papon, de l'Oratoire.
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Le 8 janvier 1780.
Je vous avais prié, Monsieur, de me préparer les additions que vous avez
projeté de faire au bon morceau que vous m'avez fourni sur les plantes:
permettez que je vous les rappelle; car l'ouvrage où je compte les insérer est
presque achevé.
Il est juste que je profite de cette
occasion pour vous témoigner combien j'ai été sensible à vos honnêtetés et
à vos amitiés pendant mon séjour à Cotignac: vous m'auriez fait désirer d'y
demeurer plus longtemps; et je fus bien puni de vous avoir quitté; car je fus
mouillé comme un canard. Je vous prie de parler à M. et à Mme de Pothonier,
à M. et à Mme Templier, de ma reconnaissance, de témoigner aux deux premiers
combien j'ai été charmé de leur connaissance, et à l'autre qu'on se trouve
très bien de l'avoir connu. Venez nous voir si vous voulez que je me livre au
plaisir de causer avec vous; car la poste ne donne jamais le temps que de vous
assurer qu'on ne peut vous être plus attaché.
Vale et ave.
Papon, de l'Oratoire.
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Paris, le 4 décembre 1784.
Vous trouverez, Monsieur, à Marseille, chez Mosse, le quatrième et dernier
volume de l'Histoire de Provence. Je crois que vous avez eu soin de retirer les
précédents. Félicitez-moi d'avoir fini, malgré tous les obstacles qu'on m'a
suscités, un ouvrage d'aussi longue haleine et qui m'a donné tant de peines,
d'ennuis et de dégoûts, et qu'on a tant décrié dans le pays où l'on aurait
dû être les premiers à encourager mon zèle. Heureusement le suffrage des
gens de lettres dans ce pays-ci me dédommage un peu de tous ces désagréments.
Ce qui me les fait oublier, c'est d'être à la fin de ma carrière, et d'avoir
pu vous faire un présent que vous voudrez bien garder comme un monument de
l'estime et de l'attachement avec lesquels j'ai l'honneur d'être,
Monsieur,
Votre très humble et très obéissant serviteur,
Papon, de l'Oratoire.
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