Les grillades
Madeleine
avait mis au point un barbecue, qui s'il n'était pas très esthétique avait le
mérite d'être pratique. Il s'agissait d'une lessiveuse, récupérée à la décharge
et bricolée efficacement
. Je n'ai pas honte de l'avouer, il fut une époque où nous avons fréquenté la
décharge locale; c'était le temps où les gens, entrepreneurs compris,
jetaient un peu n'importe quoi; c'est ainsi que nous avions récupéré des tas
de matériaux anciens pour la construction de notre maison et qui font
l'envie de certains. Mais revenons à notre lessiveuse qui possédait un énorme
avantage: celui de ne pas être repérable vue du ciel. A la moindre alerte il
suffisait de mettre le couvercle et le tour était joué. Pour ceux qui ne
connaissent pas la région il faut préciser qu'il est interdit de faire du feu
l'été à cause des incendies de forêt et pour faire respecter la loi, les hélicoptères
de la gendarmerie rôdent et photographient; heureusement pour nous ils n'étaient
pas silencieux ! Si je vous parle de tout cela c'est qu'il doit y avoir
prescription. Les grillades de la dame des bois étaient réputées, surtout les
entrecôtes et les poulets grillés coupés en deux. Et je ne parle même pas
des brochettes et des merguez car lorsqu'on est originaire d'Afrique du nord,
comme dit la fameuse pub '' C'est bon comme là-bas''. Même si le mérite de la
cuisinière était grand, il convient d'ajouter que la braise made in Macao était
de très grande qualité : pommes de pin super odoriférantes, sarments de vigne
(rien que du AOC !) et sarments de romarin; quant à la farigoule, au serpolet
et à la marjolaine, ils n'arrêtaient pas de se chamailler entre eux pour
savoir qui parfumerait le mieux les viandes.
Depuis
que j'avais essarté, le thym s'était répandu sur tout Macao à une vitesse
stupéfiante; il semblait avoir une certaine prédilection pour la terre blanche
à fort pourcentage de zif. C'était une véritable petite mer de farigoule et
à l'époque de la floraison toutes ces petites fleurs mauves embaumaient notre
campagne; seul inconvénient, surtout pour les chiens, les tiques y pullulaient.
Prenant conscience de cette manne, j'avais écrit à Ducros (vous savez celui
qui se décarcasse) pour lui proposer ma récolte; il m'avait répondu le bougre
en me proposant "ducrossement" 500 francs par...TONNE de ma farigoule.
Au prix où il vend ses condiments ce monsieur qui se décarcasse est devenu
pour moi le monsieur qui escagasse !
Madeleine
n'a pas eu l'heur d'apprécier mon petit gif aussi pour des raisons
diplomatiques, je me dois de préciser qu'elle utilise parfois des rouleaux dans
ses cheveux mais jamais d'os.
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