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Les glacières

 

L'article de Roger Couette intitulé "Le saviez-vous ?" (ci-dessous) me permettra de rebondir sur les célèbres glacières de la Sainte-Baume.

Cotignac fabriquait de la glace. La construction de la glacière de la source Saint-Martin fut achevée en 1701.

Pour obtenir de la glace de façon naturelle, on faisait geler des étendues d'eau à proximité de la source sur des terrains que l'on avait volontairement inondés. L'eau gelait pendant les nuits les plus froides de l'hiver, il fallait attendre deux à trois nuits consécutives pour obtenir une épaisseur de glace de 10 centimètres. Les paysans du village cassaient cette glace et remplissaient la glacière toute proche. Au printemps, cette glace était destinée aux marchés, aux soins médicaux et aux débits de boissons. Etant donné que cette glacière n'a jamais produit de revenus suffisants, elle ne fut exploitée que quelques années seulement.

La glacière de Saint-Martin fait partie du patrimoine historique de la commune et sera réhabilitée prochainement. Les promeneurs pourront ainsi la découvrir au cours de leurs randonnées.

 

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Les glacières de la Sainte-Baume (Maryse Pebre et Monique Rieupouilh)

Boire frais, conserver les aliments au gros de la canicule, des gestes quotidiens rendus possibles par la fabrication de glace industrielle. Ce qui est banal aujourd'hui, relevait pourtant d'une organisation complexe jusqu'au début du siècle et nos collines portent encore l'empreinte de cette activité révolue.

A l'est de la barre du Joug de l'Aigle, dans le massif de la Sainte-Baume, niché dans la fraîcheur et l'humidité de l'ubac, se dresse un groupe de glacières abandonnées et pour certaines en parfait état de conservation. Vestiges d'un commerce florissant, leurs silhouettes massives et rondes recouvertes d'un toit de tuiles romanes ou de lauzes, témoignent du talent de nos ancêtres bâtisseurs.

Il est facile de leur rendre visite en prenant la route départementale 95 allant de Mazaugues au Plan d'Aups. En les découvrant vous serez tout d'abord frappés par la qualité architecturale de l'ensemble. Parfaitement intégrés dans ce site sauvage, ces bâtiments souvent hauts de trois mètres en moyenne, font véritablement partie du décor. 

Cette impression s'explique par l'utilisation de matériaux locaux par leurs constructeurs : blocs de calcaire ou de tuf, lauzes, tuiles romanes. Les vestiges de fours à chaux à proximité du site indiquent que la fabrication de la chaux, nécessaire au mortier, se faisait sur place. Les besoins en effet étaient énormes : pas moins de dix sept glacières recensées sur le territoire de Mazaugues, deux sur celui de Signes. La circonférence des plus imposantes dépasse soixante mètres et l'épaisseur des murs varie entre un et deux mètres et plus.

L'intégration dans le paysage de ces puits à glace, vient aussi de leur adaptation au terrain, ces bâtiments cylindriques semblant comme encastrés dans la pente de la montagne.

Le site bien entendu ne doit rien au hasard. Le versant nord du Mourré d'Agnis, prolongement oriental de la Sainte-Baume, à 800 mètres d'altitude, forme un endroit idéal pour la fabrication, le stockage et la conservation de la glace. La présence de nombreuses sources en fait la région la plus humide et la plus fraîche. De hauts pics la protègent des vents d'est et relativement du mistral asséchant et du soleil.

L'hiver les précipitations de neige sont plus fortes et plus prolongées mais les pluies ne sont pas trop fréquentes, autant d'éléments favorisant la formation de la glace. De même, en période de canicule, les températures restent fraîches, permettant une bonne conservation de la glace.

La qualité du bâti, expression du style local, peut être appréciée grâce à l'état de conservation de ces ouvrages dont certains sont encore coiffés d'un épi couronnant leur toiture conique. Leur façade est enduite d'un mortier très dur et lisse. Les ouvertures dont le tablier est au ras du sol ou à moins d'un mètre au-dessus de ce niveau, permettent l'accès à l'intérieur des glacières. Les puits au diamètre inférieur à dix mètres ne disposent généralement que d'une ouverture. La grande glacière de Pivaut de près de vingt mètres de diamètre en possédait cinq !

Pour diminuer les effets néfastes de la chaleur, l'ouverture la plus fréquemment utilisée est orientée à une pente ascendante assurant de l'ombre. Un bosquet touffu dont la végétation forme écran, en masque l'entrée. Les ouvertures profondes de un à deux mètres et rétrécies vers l'intérieur, sont fermées par plusieurs portes en bois. Tous ces détails révèlent le souci du maçon de maintenir l'ombre et la fraîcheur.

La partie visible de la glacière ne représente néanmoins que le tiers de l'édifice, les deux tiers, servant au stockage de la glace, étant enfouis dans le sol.

La description de cette partie cachée révèle un ouvrage colossal, rendant hommage aux maçons qui l'édifièrent.

De forme cylindrique, la partie enfouie du puits à glace peut atteindre dix mètres, ses parois sont revêtues de pierres, liées par du mortier. L'étanchéité est assurée par un crépi dur et lisse. 

Le fond de la glacière provençale est souvent paré de blocs de calcaire prismatiques légèrement disjoints pour permettre à l'eau de fusion de s'infiltrer dans le sous-sol. Un plancher formé d'un tapis de tronc d'arbres est posé sur le sol pavé de la glacière. 

Dans certains édifices un tunnel permet l'évacuation des eaux qui, si elles stagnaient, entraîneraient la fonte du reste de la glace. Il peut atteindre des longueurs considérables en fonction de la déclivité de la pente (15 à 20 mètres à la Mouringuière à Mazaugues). Cet orifice permettait la vidange et le nettoiement de la glacière. Voûté, soigneusement maçonné, il assure le passage d'un homme accroupi.

Le toit de la glacière en forme de coupole n'est visible que de l'intérieur puisque l'extérieur est couvert de tuiles rondes ou de lauzes.

Tout autour des bâtiments, s'étendent les bassins, bordés de murs de pierres sèches, où l'on faisait geler de l'eau. Quand la glace atteignait quinze centimètres d'épaisseur, la glacière pouvait être remplie. On attendra toutefois les journées les plus froides sans soleil, un froid sec et durable assurant une glace de bonne qualité. A la Sainte-Baume, la température idéale se situait à moins cinq degrés.

A Fontfrège, quand les bassins de congélation étaient pleins, les gardiens donnaient l'appel en montant sur les sommets environnants. Soufflant alors dans des trompes ils prévenaient les villageois de Nans, Rougiers, Signes, Plan d'Aups, Méounes et La Roquebrussanne. Ces derniers accouraient pour remplir la glacière, heureux de gagner à la morte-saison, trois francs par jour pendant deux semaines.

La glace est découpée en blocs avec des ciseaux d'acier, puis chargée à dos de mulet, charrettes et plus tard sur des wagonnets. Les charges sont amenées au bord des puits et précipitées à l'intérieur.

En cours de chargement, certains ouvriers descendaient au fond des puits pour étendre la glace sur toute la surface et serrer les blocs entre eux. La glacière remplie, les portes sont poussées et l'édifice clos hermétiquement jusqu'à l'été.

La consommation de la glace durait d'avril à septembre. La technique du déchargement devait être rapide. Les ouvriers éclataient la glace en gros morceaux qu'ils empilaient et tassaient dans des récipients métalliques appelés cornues constituées de deux morceaux de tôle reliés par une charnière et s'ouvrant en deux parties. Une fois démoulés, les pains de glace prenaient la forme d'un cylindre.

Pleines, ces cornues de 300 kg étaient hissées jusqu'à l'ouverture à l'aide d'un cable passé dans une poulie scellée dans la partie supérieure de l'ouverture. On chargeait huit pains de glace par charrette à deux roues et quand le mauvais état des chemins l'exigeait, la glace était acheminée à dos de mulet. 

Le déchargement des puits se faisait généralement aux heures fraîches de la journée vers le coucher du soleil par exemple. On s'arrangeait pour arriver à l'aube à la ville, la rapidité du voyage était déterminante. Les convois de Fontfrège descendaient vers Toulon en passant par le plateau du Camps et sans doute le Broussan et le succès de cette ferme de la glace était dû autant à l'humidité des lieux qu'à l'entretien et au tracé des sentiers.

La ferme de la glace de Fontfrège destinée à l'approvisionnement de Toulon date de 1665. La grande glacière de Pivaut, située sur le territoire de Mazaugues fut la dernière construite. En 1885, enfouie à moitié, sa partie visible a une hauteur de 4,50 mètres au sud et 11 mètres du côté du chemin. D'un diamètre de 20 mètres environ, la largeur de ses murs atteint 2,50 mètres.

Trois portes en assurent la fermeture.

La concentration de glacières dans le massif de la Sainte-Baume s'explique par la consommation élevée de la ville de Toulon due à la présence de l'Amirauté et à l'obligation de cette ville de fournir en glace la marine et les armées étrangères d'escale ou de passage. Les glacières qui approvisionnaient Toulon se situent sur le territoire de Signes et de Mazaugues.

L'exploitation de la glace donna lieu à une véritable industrie au 18ème et 19ème siècle. Mais en 1900, l'installation à Toulon de la première fabrique de glace industrielle sonna le glas de la production traditionnelle par provocation des gelées.

Fontfrège, Ombre, Pivaut, ces noms témoignent aujourd'hui d'une activité qui appartient au passé et de l'habileté des maçons varois bâtisseurs de glacières...

 

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