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Les instruments de musique provençaux :

   

L’association instrument à vent et à percussion est très ancienne.

Contrairement à ce que l’on peut penser, les origines du galoubet et du tambourin ne sont pas spécifiquement provençales : la présence de cet instrument est attestée un peu partout en Europe et ce dès le moyen âge.

 

 Tambourinaire (en bas à droite) - Tapisserie XVIe siècle


Les gravures et les peintures d’époque nous montrent que les dimensions de ces instruments n’étaient pas celles que nous connaissons ; cependant le principe n’en différait pas, à savoir flûte à 3 trous, tenue souvent de la main gauche et tambourin au bras gauche sur lequel on joue avec une baguette tenue de la main droite.

 

  Joueur de tambourin sous la révolution (en bas à droite)


Petit à petit, la pratique de cet instrument déclina et disparu, sauf dans certaines régions. Dans la notre, l’instrument persista en évoluant pour prendre la forme définitive que nous lui connaissons et devenir, dans ses dimensions actuelles, l’instrument caractéristique de la Provence.

 

  Tambourinaire (1826)

 

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Le Galoubet

      Galoubet en ébène (si naturel - Fabrication M. Fabre)       
 Galoubet Bœuf                      

Le galoubet est une petite flûte à bec percée de 3 trous, caractérisée par un son très aigu. L’origine du mot " galoubet " ne nous est pas connue, l’instrument s’appelant aussi flûté (ou flahutet en provençal).

Habituellement, les galoubets s’exécutent dans un bois dur, soit en essence locale telle que le buis ou l’amandier, soit en essence exotique telle que l’ébène ou le palissandre. Les modèles de finition soignée peuvent s’agrémenter de pièces en ivoire ou en os. La languette qui obture le bec du galoubet est en genévrier sauvage, appelé cade ; cette essence a l’avantage d’être insensible à l’humidité ce qui permet de ne pas altérer l’instrument.

Le galoubet est généralement fabriqué en un seul corps. Toutefois, on peut en rencontrer en 2 parties notamment pour les instruments anciens.

Le galoubet se tient et se joue de la main gauche. Le majeur et l’index viennent obturer les deux trous de dessus, tandis que le pouce obture le trou de dessous, les deux autres doigts servant au maintien de l’instrument.

Il faut cependant noter que dans les années 20, les tambourinaires allaudiens utilisaient un modèle de galoubet particulier, le galoubet Bœuf (du nom de l’inventeur de ce système, Joseph Bœuf, qui était un luthier-tambourinaire et compositeur).

Ces galoubets avaient la caractéristique de comporter 3 trous de dessus, ce qui leur conférait un doigté particulier.

Ces trous étaient divisés en deux parties dans le sens de la hauteur par une cloison centrale, qui était censée favoriser l’exécution des dièses et des bémols. Ce type d’instrument, quoique très marginal, a néanmoins continué d’être utilisé à Allauch jusque dans les années 1960. Il a depuis été abandonné au profit du galoubet traditionnel.

Grâce au principe des sons harmoniques, le galoubet a la possibilité d’émettre plusieurs sons pour un doigté donné : cette caractéristique résulte de la variation du souffle du musicien qui, par ses attaques (ou coup de langue) permet de modifier le son émis par l’instrument ; aussi le galoubet a une étendue d’une octave et demie de la gamme chromatique.

Pour faciliter la lecture, il faut remarquer que l’on a l’habitude d’écrire les notes que l'on joue 2 octaves plus bas que leur place réelle.

Actuellement la musique pour galoubet est écrite avec des bémols à la clé de sol, souvent en gamme de si bémol majeur, c’est à dire avec deux bémols à la clé.

Au 18ième siècle, elle était notée avec des dièses à la clé, souvent en gamme de ré majeur ou la majeur (2 ou 3 dièses à la clé) et jouée avec un galoubet que l’on nommera " en dièses ", dont le doigté différait de celui que nous connaissons actuellement. La pratique de cet instrument sera abandonnée quelques années après la Révolution Française au profit du galoubet que nous utilisons aujourd’hui.

De nos jours, le galoubet le plus usité est en si naturel ou ton de Saint Barnabé (du nom d’un quartier de Marseille). Il est accordé selon le la = 440 Hz avec un doigté de do. Il a pour longueur totale environ 316 mm.

Cependant, on peut aussi trouver des galoubets dans des tons en la, si bémol, ut, ré, parfois sol . Ces instruments sont alors de dimension différente de celui en si naturel (plus l’instrument sera long, plus le son sera grave et inversement).

 

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Le tambourin

    Tambourin (fabrication J. Boeuf - 1920)

Le tambourin provençal est indissociable du galoubet.

Cet instrument se compose d’un long fût étroit en bois de diverses essences, généralement du hêtre ou du noyer. Toutefois, les tambourins récents peuvent être aussi exécutés en contre-plaqué.

Les dimensions actuelles du tambourin sont de 350 mm de diamètre pour 740 mm de hauteur. Certains tambourins anciens avaient comme dimension 410 mm de diamètre pour 760 mm de hauteur. Quoiqu’il en soit, il semble que les mensurations d’un tambourin respectent toujours la règle qui veut que le diamètre de l’instrument soit légèrement supérieur à la moitié de la hauteur.

Les tambourins de facture ancienne étaient souvent constitués d’une seule planche cintrée ; certains exemplaires étaient sculptés directement dans un tronc d’arbre évidé à la main.

Actuellement, le fût est obtenu par collage de 3 à 5 planches qui forment un panneau aux dimensions voulues. Ce panneau est décoré de petites sculptures : les baguettes droites alternant avec des filets, ondes, perles sont des décorations très prisées des tambourinaires.

                                                                            

                               Détail du fût (tambourin Bœuf)                         Détail du fût (tambourin Bœuf)
          

Une fois le panneau cintré et le fût constitué, on perce à mi-hauteur un petit trou de 5 mm de diamètre, appelé âme, pour remédier aux variations de pression à l’intérieur de l’instrument.
Sur les extrémités du fût viennent s’emboîter des peaux fixées à deux cercles de frêne ou de châtaignier.
La peau de dessus est très fine, traditionnellement en peau de veau mort-né, et la peau de dessous plus épaisse, en chevrette.
Sur la peau de dessus est posée une fine ficelle de chanvre, la chanterelle.
Cet ensemble est ensuite maintenu par deux cercles tendeurs, de section ronde et peints en rouge. Ils sont de plus percés de 10 trous destinés à recevoir des boutons en os ou en bois.
Pour solidariser l’ensemble et tendre les peaux, une corde de chanvre, maintenue par les boutons, vient relier les deux cercles le long du tambourin.
La tension de cette corde est assurée par la pose de 10 coulants en cuir que l’on monte ou l’on descend selon l’effet désiré.
Pour suspendre l’instrument au bras gauche, on fixe sur le fût deux petits anneaux forgés (lei regancho) auxquels on accroche une bretelle de cuir ou de tissu épais.
Pour jouer du tambourin, le musicien utilise une massette. Le contact de celle-ci sur la peau de dessus a pour effet de faire vibrer la chanterelle, ce qui émet un son bourdonnant si caractéristique à cet instrument.

 

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La massette

Massette (fabrication M. Fabre)
 

La massette est une fine baguette qui sert à " toucher " la peau de dessus du tambourin.

Elle se décompose en 3 parties :

La pomme, généralement en ébène, palissandre ou buis ; elle peut aussi s’exécuter dans d’autres essences.

La tige très fine, généralement en ébène, palissandre ou hêtre.

Le gland ou l’olive, généralement en os, ivoire, ébène ou buis.

La pomme qui a la forme d’une poignée ovoïde sculptée de fines cannelures vient s’emboîter sur la tige qui est elle-même reliée à l’olive.

D’un poids compris entre 50 et 60 g, la massette a une longueur variable. Actuellement, elle se situe autour de 340 mm, mais les massettes anciennes étaient souvent plus longues avec une olive moins importante que les factures actuelles. Cette différence résulte tout simplement de la réduction du diamètre des tambourins ainsi que de la difficulté de trouver de fines peaux, ce qui a conduit à réaliser des olives de dimensions nouvelles.

A noter à titre de curiosité, qu’au 19ème siècle, existaient des massettes à parfum c’est à dire des massettes dont la pomme se dévissait en 2 parties et qui renfermait une toute petite étoffe imbibée de parfum.

 

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La Timbale 

  Timbale aux armoiries d'Allauch

La timbale est un instrument qui a le même aspect que le tambourin provençal. Cependant, ses dimensions sont différentes, à savoir 390 mm de diamètre pour 600 mm de hauteur et le fût est généralement peint en bleu.

Outre la finition grossière de la timbale (cercles de tensions en fer et coulants en cuir plus solides), ce qui la différencie du tambourin est l’absence de chanterelle et l’utilisation de peaux plus épaisses.

Très souvent, il y avait une seule timbale par groupe de musiciens ; elle était réservée à celui qui guidait l’ensemble.

 

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Les Palets
  Palets bronze et fer (fabrication H. Carosio)

Les palets sont de petits disques en acier, en fer ou en bronze de 100 mm de diamètre, avec lesquels on joue à la manière des cymbales. Ils tiennent dans les mains grâce à la présence de lanières de cuir fixées sur chaque instrument.

 

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Les Timbalons

   Timbalons en fer (fabrication H. Carosio)

Les timbalons se composent de deux cônes renversés à base tronquée en poterie ou en métal. Ils ont respectivement pour dimension 220 et 200 mm de diamètre, pour 85 et 75 mm à la base pour une hauteur de 170 mm.

Des lacets de boyaux viennent attacher les épaisses peaux placées sur ces cônes. Selon la nature de ces instruments (poterie ou métal), ces lacets viennent se fixer soit à un bouchon de liège, soit à un petit cercle en fer, placé sous l’instrument.

Une fois les cônes réunis ensembles, cet instrument se porte soit ceint à la taille, soit à une courroie en sautoir.

Le joueur de timbalon frappe sur les peaux, tantôt à droite tantôt à gauche, à l’aide de baguettes ressemblant fort à celles d’un tambour. Pour rendre le son plus puissant, le seul recours est d’exposer l’instrument à une source de chaleur. Notons que le timbalon ne s’accorde pas : il rend toujours les deux mêmes notes.

 

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   Le Fifre

Le fifre est une petite flûte traversière en canne de Provence (arundo donax ou arbres fruitiers ébène), à six ou sept trous, parfois avec une clé, de perce conique ou cylindrique, le plus souvent dans la tonalité de si bémol, ré ou mi bémol, et d'une étendue de deux octaves et demie dans une échelle diatonique.

Cet instrument était utilisé avec des tambours dans la guerre et pour les fêtes. Il y avait des corps de fifres et de tambours pour parader dans les rues. Il y en a beaucoup dans les villages coloniaux et en Suisse (Valais, Suisse alémanique).

En France, le fifre a été introduit vers la fin du XVe siècle par des mercenaires suisses, qui furent nombreux à s'enrôler dans l'armée de Louis XII. Le fifre était joué dans l'armée mais de manière non officielle. C'est François Ier qui créera la charge officielle de fifre du roi, dont le rôle était de participer aux cérémonies et fêtes officielles. Il prendra par la suite toute sa place dans les armées et notamment sous l'Empire. Le fifre disparaîtra de la musique militaire en 1845 au profit du piccolo. Aujourd'hui, il subsiste encore en France dans la musique des régiments de la Légion étrangère




 Fifre sans clé

Parallèlement à cette carrière militaire, le fifre connaît une carrière civile dans la musique traditionnelle. Les musiciens formés à l'armée continuaient de jouer, au retour dans leur village. Le répertoire de ces musiciens comprenait les morceaux militaires appris durant leur service ainsi que les airs populaires de leur région. Cette mixité a donné naissance en Gascogne aux ripataoulères, formations musicales composées d'un fifre, d'un tambour et d'une grosse caisse. Ces ripataoulères subsistent encore de nos jours dans la région de Bazas, dans la Haute Lande Girondine. Les airs de musique militaire et populaire continuent de se transmettre oralement de génération en génération. Les ripataoulères animent les fêtes et cérémonies populaires et familiales. Les mêmes formations (duo fifre, tambour ou trio fifre, tambour, grosse caisse) se sont formés dans le comté de Nice, pour donner de nos jours des bandes de plusieurs fifres et plusieurs tambours, auxquels se joignent de petites percussions (grelots, cymbales, etc.). En Languedoc, il accompagne la danse des animauc totémiques (Chameau de Béziers, Ane de Gignac , Poulain de Pézenas etc), fait danser dans les remises et anime les carnavals. En France, la Fête du Fifre, a été créée en 1983 à Lantosque (06) à l’initiative de L’« Abadia de la Morisca » et se déroule dans un lieu différent chaque année : on peut citer Pézenas (34), Gemenos (13), Saint-Pierre d’Aurillac (33), Roquebillière (06), Signes (83), Saint-Tropez (83), Levens (06), Gans (33) ect...

Cette fête est organisée à l’initiative d’un groupe qui invite ses amis et elle réunit la majorité des groupes français auxquels viennent se joindre quelques voisins européens.

 

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Sources :
DRUTEL M., Nos instruments provençaux, CRDP de NICE, 1976
GUIS M., LEFRANCOIS T.& VENTURE R., Le galoubet tambourin, Edisud, 1993
SICARD M., L'école du tambourin, Ruat Editeur, 1901, Leis Ami d'Alau

VIDAL F., Lou Tambourin, réédition CPM (Marcel Petit), 1978, Wilkipédia