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Les deux moulins de Régusse



Origine :

Les deux moulins, qui font la fierté de Régusse, datent du 11ème/12ème siècle. Le moulin qui est opérationnel et qui est le plus récent, a été restauré en 1995. Il avait déjà été restauré une première fois en 1640, le deuxième moulin vers 1490/1495.
Les moulins de Régusse ont été construits à la fin du 11ème siècle, jusqu'au début du 12ème siècle. En fait les moulins sont une invention qui date des temps des Farao's, environ 5000 ans avant J.C. Le système des moulins fut en suite développé dans les pays arabes du Moyen Orient.

L'idée du moulin fut ramenée par les templiers lors de leurs voyages vers la Terre Sainte. La Provence fut la première région à avoir des moulins à vent, compte tenu de la situation géographique favorable, près de la Méditerranée. Régusse appartenait aux régions où les Templiers s'établirent dans leurs "commanderies", au retour de leurs combats contre les "infidèles". Ils furent les seuls à pouvoir transporter le matériel et le mécanisme requis.

Des documents d'archives de Barjols, dont Régusse dépendait, démontrent qu"en 1811 les moulins produisaient encore 52 tonnes de farine complète par an. Puis après, ils sont restés longtemps à l'abandon, jusqu'à la restauration.


Restauration :

En 1995 Régusse a fait appel à Maître Lemonnier, architecte des bâtiments de France, pour procéder à la restauration. Les murs extérieurs furent restaurés par une entreprise locale. Pour la charpente, la restauration fut exécutée par les "Compagnons de France", sur la base des anciens plans de Régusse qui datèrent de 1640 et les plans d'un moulin semblable de St Roc à Grimaud. La réalisation pris 6 mois de travail.
Surtout pour la réalisation de la charpente car ils ont essayé de respecter les essences et les provenances
des bois d'origine.

Pour la réalisation de la restauration, cinq sortes de bois furent employées :

Le chêne : pour les poutres, la charpente, l'arbre principal, la croix de la grande roue et les couronnes. Pour l'arbre principal, on a utilisé le chêne de Lourdes, car il pousse très vite avec un fut important. Il branche très haut ; de ce fait il n'a pas de nœuds sur une grande distance.
L'orme : pour la grande roue. Pour cause de maladie, ce bois n'existe plus en France.
Le cormier (ou poirier sauvage): pour les lames de la "lanterne" (voir ci-après)
Le hêtre : pour les dents de la grande roue (40 alluchons au total).
Le cèdre rouge : pour le toit. Auparavant on utilisait du pin ou du châtaignier. Ce bois ne travaille pas et
se patine en vieillissant. Il est souvent utilisé dans la marine.


Structures du moulin :

Dans des pays avec des vents prédominants (souvent de mer) les ailes ont généralement une orientation fixe
(comme par exemple aux Pays Bas ou en Belgique.)
Le mécanisme spécifique des moulins provençaux est adapté à plusieurs et surtout à deux vents dominants :
vent d'est et le mistral (nord à nord-ouest.) Ceci nécessite un mécanisme qui permet que les ailes puissent être tournées vers le vent.
La structure de pierre des moulins provençaux est relativement standard :
6 m de haut et un diamètre intérieur de 6 m également. Le mécanisme et tout le toit pèsent 5,350 tonnes.

La structure supérieure de bois comporte une couronne fixe et une couronne mobile.
La couronne fixe est scellée avec des gouttières arrondies tous les 50 cm, avec des galets en acier (dans le temps on employait du buis, un bois dur.)
Sur cette couronne fixe tourne une couronne mobile pourvue de rayons.
Le tout, avec le mécanisme et le toit, tient par son propre poids

L'arbre principal mesure 7 m et pèse 800 kg.
Il y a un porte-à-faux de 1m40. L'arbre porte les ailes qui pèsent 1450 kg.
Pour tenir l'équilibre et puisque le toit est simplement posé, l'arbre principal est incliné.

Au point bas de l'arbre, le palier est fermé par une butée pourvue de lamelles en cuivre.
Vers l'extérieur, le palier est ouvert. La pièce grise est un bloc de marbre qui permet un maximum d'appui
et qui évite l'échauffement.



Fonctionnement du moulin :

La force motrice du moulin est évidemment le vent, qui souffle en moyenne entre 20 et 60 km/heure,
sauf durant les périodes de vents dominants (Mistral, Tramontane, etc.)
En vue du fonctionnement, les ailes doivent être orientées face au vent. Si le vent tourne d'est au mistral,
le mécanisme doit être tournée de 180 degrés. Ceci se fait manuellement. Il faut 6 personnes
durant une demi-heure pour diriger le moulin face au vent.
Pour être opérationnel, les ailes du moulin doivent être voilées.

Vu de l'intérieur, les ailes tournent dans le sens des aiguilles d'une montre.
Elles commandent la meule qui tourne en sens contraire, en rapport de 1 pour 5.
L'axe pourvu d'alluchons (dénommé le "lanterneau"), fait tourner le gros fer carré, qui repose
sur l'étrier de la meule tournante. En bas, le petit fer rond de 5 cm de diamètre, équipé d'un ergot de centrage en haut et en bas, passe à travers la meule fixe (dite dormante) et vient se loger dans le trou borgne de l'étrier et sur le frein de réglage en dessous.
Au-dessus, un "frein de parking" bloque les ailes lorsque le moulin ne tourne pas.

Les meules pèsent chacune 1,2 tonnes. Elles sont en "rhyolite amarante", une sorte de calcaire dur,en provenance de Bagnols-en-fôret, où l'on extrait du porphyre rose.

La meule tournante est striée en oblique.
Les stries sont larges à l'intérieur et plus étroites à l'extérieur.
Les graines sont versées par une trémie de forme pyramidale inversée. Elle peut contenir 50 kg de blé.
Elle débouche dans une goulotte suspendue, qui frappe contre la came du fer carré.
Ceci provoque le bruit spécifique du moulin en marche. La farine, résultat des graines moulues, est poussée
vers l'extérieur et tombe dans les récipients.

 

Source : Office de Tourisme de Régusse

 

Version différente (Concernant l'âge des moulins)

Il est difficile de déterminer avec précision la date de construction de ces deux moulins. La coutume et le bouche à oreille les font apparaître  au 13ème et 14ème siècle.

Un article de M. Marcel JEAN dans "Moulins de Provence" bulletin n°7 du 1991 fait l'analyse suivante.

La commune de Régusse possède sur son territoire deux moulins à vent construits à vingt mètres l'un de l'autre, en bordure de l'ancienne route allant de Régusse à Barjols. La langue de terre qui les supporte est située sur le flanc du plateau où s'élève le village.

Ce sont deux tours d'environ six mètres de hauteur et de diamètre, ce qui est la norme en Provence. Il est difficile de déterminer la date de construction de ces deux bâtiments.

Le premier document connu à ce jour, faisant état de la vie sociale de la communauté, est la transaction de 1422 entre Marguerite de Trians, dite la Dame de Régusse et les habitants du lieu. Dans cette charte, après l'acte de reconnaissance des habitants envers la dite Dame, cette dernière accorde ou confirme certaines libéralités aux régussois. Mais dans la charte il n'est pas question d'un moulin.

C'est en 1565, dans l'acte d'évaluation des terres de la Seigneurie demandé par Antoine d'Albert, que l'on trouve la mention d'un moulin à Régusse. Effectivement un an avant, en 1564, Antoine d'Albert avait acheté pour 6000 écus de 4 florins la Seigneurie et son terroir à Pierre de Castellane descendant de Marguerite de Trians. Lors de l'énumération pour l'évaluation du terroir de la Seigneurie les experts citent: " Aussy certaine tour que par cy-devant soulait servir de moulin à vent hors le lieu aux huis toutes descouvertes estant les murailles presque toutes en ruines".

Quand ce moulin en ruine a-t-il été construit?

Il est probable qu'il n'existait pas avant 1422, la transaction n'en parle pas. Mais en ruines en 1565, il a dû être bâti avant 1500...

Nous ne possédons malheureusement aucun document entre 1422 et 1564.

De quand date le second moulin?

Le Consul de Régusse déclare lors de l'affouagement de 1698 " que les habitants som obliger daller une lieue et demie loin du lieu lors qu'il veulent fere moudre leur grain atandu quil ni a dans leur terroir que deux moulins à vent qui ne tournem que lors qil fait vem cequi est for casue". Dix ans plus tôt en 1687, les deux moulins existaient car dans un acte entre particuliers il  est question de "la rue allant aux moulins". 

Pourquoi deux moulins en un lieu qui semble n'être point propice, puisque déjà  en 1565 le moulin existant était en ruine?

Après avoir étudié et le sol et les bâtiments il apparaît que :a) le premier édifice est construit sur fondations en plein sol.

A) la vue d'un début de fouille extérieure les fondations actuelles semblent s'appuyer sur un mur plus ancien.

B) le deuxième moulin a été construit une vingtaine de mètres plus loin sur voûte édifié et remblai. Le moulin est donc bâti sur remplissage. Ce remplissage exécuté pour prolonger le tertre sur lequel le premier moulin a été édifié probablement afin de dégager ce deuxième moulin de la masse du village et donner plus d'emprise au vent dominant.

Si cette hypothèse s'avère exacte, elle contient la réponse à la double question: pourquoi deux moulins et lequel est le plus ancien?

Après avoir construit le premier moulin, la production de farine n'étant pas assez importante faute de vent, le seigneur fait construire après prolongement du tertre par remblai un second moulin sur masse creuse.

L'encadrement de la porte, fermant la voûte sous le moulin, date certainement du XVII siècle, puisqu'il existe déjà en 1687. Ce moulin plus éloigné du village serait donc le dernier en date.

Les moulins ont-ils été utilisés après 1698 ?

Les registres de l'état civil attestent un meunier au village jusqu'à la révolution.

Ce bref historique ne peut être qu'une esquisse de l'étude de ces moulins, bien des questions restent en suspens. Pendant combien de temps les moulins ont-ils produit ensemble ?Ont-ils réellement fonctionné ensemble ? Quelle a été leur rentabilité économique ? 

Une recherche plus approfondie pourrait apporter d'autres éléments de réponse. D'après un acte du notaire Rigordi en 1567 Régusse possédait aussi dans ces murs un moulin à huile puisque le "mollinier" d'alors achète une terre.

 

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