Le
vol
J’arrive
à Macao vers les 9 heures ; j’ai pris du retard car j’ai dû casser la
glace dans la fontaine saint Sébastien à Cotignac afin de puiser l’eau nécessaire
pour mon béton ; je me dirige vers la station de pompage où je remise mes
outils. Là, je m’aperçois que la porte a été fracturée et me
précipite à l’intérieur ; je constate que le groupe électrogène
de 10Kwa s’est volatilisé et que tout mon outillage a disparu y compris ma
tronçonneuse. C’est la tuile ! Maigre consolation, je connais le
coupable car dans l’urgence il a perdu son briquet et son cache-col ; de
plus il y a ses empreintes partout et de multiples traces de ses pataugas dans
le sol détrempé. Son briquet en plastique est très caractéristique car il y
a une jeune femme qui se déshabille lorsque l’on met ce dernier à l’envers ;
de plus il y a ses initiales sur son cache-col ; avec de telles pièces à
conviction, son compte est bon !
Ce
voleur, je l’ai rencontré il y a quelques jours, chez le gardien de la
« Galère » une très belle propriété à 500 mètres de chez nous ;
il s’agit d’un ancien garde du corps de Jonnhy Halliday, viré de son job
pour une ténébreuse raison que je commence à subodorer.
Je
monte dans mon fourgon pour rallier Cotignac
afin de téléphoner à la gendarmerie. Pendant près de vingt minutes je
m’escrime pour obtenir ce maudit numéro et au moment où je m’apprête à
renoncer on décroche et une voix féminine hésitante me distille un…
-
Allô !
auquel
je réponds, pris soudain d’un doute…
-
La gendarmerie ?
-
C’est pourquoi ?
-
Pour une déclaration de vol ?
-Ya
personne !
-
Comment ça personne ?
-
Y sont au recyclage informatique !
-
Tous ? Il n’y a pas de permanence ?
-
Si mais il est malade !
-
Qui ?
-
Le gendarme de garde, il a mangé des champignons !
-
Et vous ? (j’entends une deuxième voix féminine pouffer dans
l’appareil)
-
Moi j’suis pas une gendarme, j’suis qu’une femme de gendarme !
-
La brigade revient quand ?
-
Dans deux jours, mais après c’est dimanche !
-
Écœuré je raccroche.
Le
lundi matin, à l’heure d’ouverture, je me rends à la gendarmerie ; le
portillon est fermé alors je sonne et au bout de cinq minutes un gendarme en
pull entrouvre la porte et s’enquiert :
-
C’est à quel sujet ?
-
Pour une déclaration de vol !
A
regret il me laisse entrer et commence à m’interroger :
-
ça s’est produit quand ?
-
Il y a trois jours !
-
Et c’est maintenant que vous venez ?
-
Là je vois rouge et hausse le ton
:
-
Après le vol, la brigade se recyclait je ne sais où, la permanence avait
« bouffé » des champignons et la gendarmerie était sous la garde
des femmes de gendarmes et vous me demandez pourquoi j’ai attendu pour
faire ma déclaration ?
Là
il se radoucit et me demande des détails concernant le vol ; je lui
raconte tout et lui confie même le nom du coupable ; il me demande si
j’ai son adresse et de nouveau je m’énerve…
-
Vous voulez aussi que je procède à son arrestation ?
Et
là notre pandore commence son plaidoyer…
…pas
assez de personnel, territoire à couvrir trop important, multiplicité des tâches,
laxisme de la justice qui libère les coupables au fur et à mesure des
arrestations, véhicules en mauvais état et j’en passe ! En conclusion
il me dit que s’ils passent dans le coin, ils feront un petit détour et pour
m’assommer davantage il ajoute :
-
Ne vous faites-pas trop d’illusions car votre voleur on est pas près de lui
mettre la main dessus !
Sur
ce, j’empoche le double de la déclaration de vol destiné à mon assurance et
quitte mon gendarme qui se dit…navré.
Évidemment
je n’ai jamais vu la couleur d’un képi à Macao, mon voleur court toujours
et l’assurance, comme souvent, a trouvé le bon prétexte pour ne pas me
rembourser !
Tous
nos concitoyens ont bien sûr remarqué, qu’en zone rurale, les gendarmeries
s’étaient dotées d’un généreux réseau de grillage destiné à la
protection de la brigade ; le soir, en cas d’urgence, il faut, pour le moins,
montrer ‘’patte blanche’’ pour accéder au sein de la forteresse des défenseurs
de l’ordre public. Les gendarmes de mon enfance n’éprouvaient pas le besoin
de se barricader dans leur casernement ; de la à supposer qu’ils étaient
plus braves, il n’y a qu’un pas que certains franchiront. Comment inspirer
respect et crainte aux malandrins lorsqu’on joue les autruches craintives ?
Toute cette entrée en matière pour expliquer la technique employée par des
truands, qui avant de tenter un audacieux hold-up à Carcès dans le Var,
avaient consciencieusement condamné porte et portail de la gendarmerie à
l’aide de chaînes et de cadenas. Lorsque le téléphone avait résonné à la
brigade pour les avertir du vol, les gendarmes honteux et confus avaient dû
avouer leur impuissance. Et pourquoi ne pas mettre un militaire armé en faction
devant les gendarmeries ?
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