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Macao, Cotignac, Région, Provence,
Littérature et…fantaisie !
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Le contrat Par Claude Auber
Chapitre I
La porte palière de l’appartement venait de claquer mettant fin à presque quatre ans de vie commune. Le jeune homme ne réalisait toujours pas ce qui venait de lui arriver tant les évènements s’étaient succédés avec une rapidité aussi brutale qu’inattendue. Cela avait débuté peu après que Patrick et Bernard aient décidé de régulariser leur liaison afin d’acquérir, en commun, la boutique de leurs rêves, sise au 14 de la rue de l’Ave Maria, dans le Marais. Les deux jeunes gens s’étaient connus au puces de Saint-Ouen où l’un et l’autre étaient employés comme commis chez des boutiquiers du marché « Biron ». Leur parcours avait été sensiblement le même car tous deux avaient été pensionnaires de l’école « Boulle ». Ils avaient suivi la filière « Métiers d'art » de cette fameuse Ecole Nationale des Arts Appliqués aux Industries de l'Ameublement. Ils avaient complété leur bagage en effectuant différents stages chez des antiquaires du boulevard Saint-Antoine. Les deux jeunes gens, comme le stipulait leur contrat, touchaient une commission sur chaque meuble commercialisé et comme ils étaient d’excellents vendeurs, leur bas de laine n’avait pas tardé à s’enfler. En dehors des heures d’ouverture les deux garçons assuraient la remise en état du mobilier démarché par leur antiquaire de patron à qui ils donnaient pleinement satisfaction ; la restauration, la marqueterie et le vernis tampon n’ayant aucun secret pour eux. Les boutiques où travaillaient Bernard et Patrick étaient contigües mais possédaient, à l’arrière, une grande cour commune que l’on utilisait pour décaper les meubles ; c’est là qu’ils avaient fait connaissance. Très vite, ils avaient sympathisé et s’étaient sentis attirés l’un vers l’autre. Dans un premier temps, ils avaient donné congé aux propriétaires de leurs chambres de bonnes respectives pour louer un petit deux pièces avec kitchenette, coin salle d’eau et toilettes chimiques. C’était lilliputien, moyennement confortable, mais cela offrait surtout l’avantage d’être relativement bon marché. D’un commun accord ils avaient décidé de rester là quelques années afin d’économiser la somme de 575.000 euros réclamée par le vieil antiquaire du Marais pour leur céder son fond de commerce ; ils étaient en passe de réussir, aidés en cela, par le travail au noir effectué durant les week-ends. Leurs patrons respectifs avaient dû leur consentir plusieurs augmentations car les deux compagnons étaient très courtisés par la concurrence locale. Tout se passait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes et les jeunes gens avaient décidé de se pacser. Ce fut quelques jours plus tard que Bernard tomba malade. Un matin il avait ressenti comme une gêne respiratoire et s’était mis à cracher du sang ; il s’était recouché et le médecin appelé à son chevet par Patrick n’avait rien décelé d’anormal mais avait fait hospitaliser le malade de toute urgence afin de lui faire subir un checkup. Dans les jours qui suivirent les spécialistes de l’hôpital avaient épuisé toute la panoplie mise à leur disposition par la science et avaient dû avouer leur impuissance. Bernard continuait de cracher le sang et ressentait maintenant une violente douleur au niveau du poumon gauche. En désespoir de cause l’autorité médicale avait orienté ses recherches vers le HIV et expédié les échantillons prélevés vers un laboratoire hautement spécialisé. Deux jours plus tard, au cours d’une crise de toux plus violente que les autres, le jeune homme avait expectoré un gros caillot de sang qui fut conservé à des fins d’analyse et dans lequel on trouva un copeau de bois dont la tranche se révéla très coupante. L’explication était là et à la fin de la semaine Bernard sortait de hôpital avec en poche une convalescence de 18 jours. Toutefois avant de quitter l’hôpital le Professeur Ferrat, éminent cardiologue, avait tenu à le rencontrer et s’était adressé à lui en ces termes : - je ne sais pas si vous êtes au courant, jeune homme, mais vous êtes atteint d’une sérieuse malformation cardiaque et il va vous falloir envisager, dès à présent, une opération à cœur ouvert… - c’est grave docteur ? - suffisamment pour vous tuer si vous ne faites pas le nécessaire, jeune homme ! - en attendant que faut-il éviter de faire ? - c’est assez difficile à prévoir, mais je pense qu’il vous faut éviter toute forme de peur ou d’angoisse sinon vous allez à la catastrophe ! - je comprends et je vais prendre une décision rapide, docteur. - je vous le conseille fermement, jeune homme ! A bientôt ! Bernard, parfaitement rétabli, avait rallié le marché « Biron » et à la maison la vie avait repris son cours habituel. Le soir, à leur retour du travail, les deux hommes se répartissaient les tâches ; Bernard dont le côté féminin était plus développé que celui de Patrick régnait en maître dans la cuisine ; il excellait dans ce domaine et ses petits plats n’avaient rien à envier à ceux d’un grand chef ; c’est également lui qui était chargé du lavage, du repassage et du rangement. Patrick, lui, était responsable de l’approvisionnement et du nettoyage de l’appartement y compris la vaisselle ; à ces tâches venaient s’adjoindre la partie administrative comprenant le courrier et la comptabilité. Ce soir là, alors que Bernard épluchait les légumes afin de concocter un petit plat dont il avait le secret, Patrick avait attaqué l’ouverture du courrier, après avoir jeté au panier toutes les pubs indésirables. La dernière enveloppe, d’une forme inusitée, l’avait intrigué et il l’avait gardée pour la fin ; elle émanait des Laboratoires BAER. C’est ainsi que Patrick avait découvert la séropositivité de son compagnon ; tous les mots imprimés sur ce compte rendu d’analyse médicale : HIV, lymphocytes, Sida se bousculaient dans son cerveau. Il resta là de longues minutes, prostré, essayant en vain de comprendre. C’était impossible, il devait s’agir d’une erreur car Bernard et lui avaient fait le fameux test relatif au Syndrome Immunitaire de Déficience Acquise, trois ans auparavant ; avant de se mettre en ménage les deux jeunes gens avaient jugé très sage de prendre cette précaution avant d’avoir des rapports sans protection. Brusquement, un semblant de lumière se fit en lui car il venait de se rappeler de la dernière altercation avec Bernard. Patrick, très possessif, avait reproché à son compagnon de minauder devant son patron ; il se rappelait presque mot pour mot les termes de leur conversation : - Bernard, je voudrais que tu cesses tes provocations vis-à-vis de ton patron. - écoute, si c’est une plaisanterie, elle n’est vraiment pas drôle du tout...
La suite de cette histoire sera prochainement éditée dans un recueil de Nouvelles intitulé : "Bizarre! Vous avez dit bizarre?" aux Editions APARIS - Edilivre. |