La
chapelle Notre-Dame des Anges (Photo Nadine)
Au sommet du point culminant du massif des
Maures, à 767 m d'altitude, au milieu des
châtaigniers et des chênes-liège, la chapelle de
Notre-Dame des Anges offre un point du vue sur
la Méditerranée et les Alpes. Elle est bâtie sur
les fondations d'une chapelle mérovingienne
érigée en l'an 517 par Thierry, fils de Clovis,
pour remercier la Vierge de la victoire
remportée sur les Wisigoths au lieu-dit le
"bourg des pins", qui deviendra le futur village
de Pignans.
Cour intérieure (Photo Nadine)
La
légende
Un berger qui surveillait son troupeau fut
attiré par les agissements de son chien qui, au
lieu de s’occuper des bêtes, les abandonnait
régulièrement, s’échappait en courant et
s’asseyait sur une crête qui dominait la forêt.
L’endroit résonnait durant des
heures des aboiements bizarres de l’animal et
là, dans les broussailles, au pied du rocher, le
berger découvrit une statue "mains jointes et le
visage rayonnant de joie en même temps que d'une
douce majesté". Notre-Dame resta là, puis, les
gens vinrent, intrigués par la découverte, afin
d’enlever la statue et de l’apporter dans
l’église du village. Hélas, la Bonne Vierge
voulut repartir et le jour suivant on la
retrouva sur la montagne au pied du même rocher
où le berger découverte.
Face à cette volonté évidente,
les villageois décidèrent de construire une
chapelle pour abriter la statue à l’endroit même
où on l’avait trouvée.
Intérieur de la chapelle avec les ex-votos sur
les côtés (Photo Nadine)
La
dévotion
A Notre-Dame des Anges, les pèlerinages sont
suffisamment importants pour attirer l’attention
du Souverain Pontife. Le pape Clément VIII
accorde en 1600 des indulgences plénières à tous
ceux qui visiteront la chapelle.
En 1720, alors que la peste ravageait Marseille et toute la Provence, Pignans qui était sous la protection de Notre-Dame fut sauvé. A cette occasion, la ville reconnaissante fit le vœu de venir chaque année, le lundi de Pentecôte honorer sa protectrice dans son sanctuaire.
En 1753, les terres des alentours
furent frappées d’infertilité à cause d'une
grande
sécheresse. Les récoltes furent compromises et
les arbres perdirent leurs feuilles au printemps
comme cela se produit à l’automne. Les
supplications et les pénitences n’ayant pas
rendu le ciel plus favorable, les habitants
décidèrent d’avoir encore recours à Notre-Dame.
Le jour de l’Ascension, le ciel était
remarquablement pur et serein. Le fait qu’il n’y
eût aucun nuage n’empêcha pas les pèlerins de
prendre vêtements et parapluies quand ils
quittèrent le village, tant était grande leur
confiance dans leur sainte patronne.
Après la cérémonie dans la
chapelle, la descente de la statue se fit sous
un ciel qui s’assombrissait si rapidement qu’aux
abords de Pignans il y eut de véritables trombes
d’eau.
Quelques uns des très nombreux ex-votos (Photo
Nadine)
Les
édifices
La chapelle de Notre-Dame des Anges,
telle qu’elle est maintenant, est le résultat
d’une reconstruction qui eut lieu en 1844.
L’autel fut inauguré le 5 juillet 1853 par
l'évêque, en grande solennité.
Les pèlerins furent si nombreux
que les structures se révélèrent trop petites et
en 1857 commença une extension des bâtiments.
Les travaux devinrent si onéreux qu’ils ne
furent pas terminés. La voûte qui se trouvait
sur les murs extérieurs du cloître était faite
d’une seule portée et menaçait de s’effondrer.
Il fallut la démolir rapidement et seuls les
murs extérieurs restèrent en place.
Le cloître actuel fut construit en 1900 en
utilisant les murs extérieurs qui sont les seuls
vestiges de l’agrandissement de l’ancienne
chapelle. Mais la construction ne résista pas
aux intempéries. Les toits et les planchers se
dégradèrent peu à peu. En mars 1942, le fronton
s’effondra
Cependant, depuis, grâce à la générosité des
pèlerins, la restauration a été achevée et le
sanctuaire peut recevoir ses nombreux visiteurs.
Le crocodile de Jules Gérard (Photo Nadine)
Le 8 septembre 2000, le jour de la célébration
de la Nativité de la Vierge à l’occasion de
l’année jubilaire, eut lieu une autre descente
de la statue à Pignans.
Chaque année, le dimanche qui
suit le 15 août, le conseil paroissial, appelé
autrefois "le conseil de fabrique", se rassemble
autour du curé de Pignans et procède à
l’élection des prieurs. Deux hommes et deux
femmes sont choisis dans quatre familles
habitant Pignans ou aux alentours. Ces personnes
sont chargées de l’administration civile du
sanctuaire pour une durée d'un an. Elles ont à
charge l’organisation matérielle des
pèlerinages, l’entretien de la chapelle et de
ses dépendances, la gestion des finances de
l’ermitage et le maintien des traditions. Cette
tâche est considérée comme un grand honneur dans
la région. Tout cela amène à de solides amitiés,
issues de la dévotion commune envers Notre-Dame.
La coutume est ancienne. Le
premier document conservé depuis la Révolution
date de 1806 ; l’élection était déjà faite
"selon l’usage" et les noms des prieurs ont été
conservés.
Dans la
première moitié du XVIIIe siècle, les prieurs
ont probablement succédé aux "frères pénitents"
de Notre-Dame qui étaient depuis longtemps
recrutés parmi les gardiens de la chapelle.
Depuis juin 2001, les Frères Franciscains de
l'Immaculée sont installés au santuaire de
Notre-Dame des Anges.
Les
ex-votos du mur latéral gauche (Photo Nadine)
A noter que la chapelle contient de très
nombreux ex-votos* ainsi qu'un crocodile
empaillé, don de Jules Gérard, natif de Pignans,
surnommé "le tueur de lions" dont je vous
parlerai dans mon prochain article. Parmi les
autres ex-votos, une peinture datée de 1815
montre une femme en robe bleue agenouillée
devant la Vierge qui apparaît en haute et à
droite, tandis qu'à gauche du tableau, un
souverain pontife est agenouillé dans une cage
rectangulaire en fer. On ne sait rien de la
signification de cet ex-voto, sinon qu'un
tableau similaire, daté de 1812, se voit à la
chapelle Notre-Dame-de-Consolation à Hyères.
Malheureusement, beaucoup de ces peintures
naïves ont disparu, lors de vols ou plutôt de
"nettoyages" intempestifs dûs à des curés
inconscients. On se souvient encore ici de l'une
d'elles, qui faisait la joie des visiteurs :
elle représentait un chasseur de Pignans dont le
fusil avait éclaté au moment où il appuyait sur
la gâchette. Le chasseur, en position de tir,
était environné de flammes, mais, du haut du
ciel, l'enfant Jésus, dans les bras de sa Mère,
faisait pipi sur le fusil...
A préciser que tout à côté du sancturaire,
s'élève une tour gigantesque de 50 m de haut qui
abrite un relais de télévision.
Source
: D'après le site internet du diocèse de
Fréjus-Toulon ainsi que le Guide de la Provence
mystérieuse par Jean-Paul Clébert.
*
Qu'est-ce qu'un ex-voto ?
Du latin ex "à la suite de" et votum, "vœu",
littéralement "à la suite d'un vœu". Cela peut
être un tableau, une figure, un objet ou une
inscription que l'on place dans un lieu vénéré,
en mémoire d’un vœu fait dans une maladie, dans
un péril ou en remerciement d’une faveur divine
obtenue.
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