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Le commerce des draps à
Brignoles au début du XIVe siècle
La cité de Brignoles, au début du XIVe siècle, était traversée par une grande
voie commerciale qui reliait Avignon à Nice en passant par Aix, Saint-Maximin
pour se poursuivre ensuite par Draguignan et Grasse.
A cette époque, elle était ceinte de hauts remparts. Au point le plus haut,
s'élevaient le château et une tour qui dominaient l'agglomération. Depuis le
milieu du XIIIe siècle, les comtes de Provence habitaient le château. Des
tableaux de fouage ou affouagement (1) du
début du XIVe siècle recensent 802 puis 948 feux, soit environ 4000 habitants.
Les dernières années du XIIIe siècle voient apparaître un mouvement de marasme
et de stagnation économique dans l'Europe entière. Ces évènements s'accélèrent à
partir de 1348 à cause, en particulier, de la peste noire qui apparaît à
Marseille à cette date, de la guerre et des ravages causés par les bandes armées
de Raymond de Turenne (Raymond-Louis Roger, vicomte de Turenne, dit Raymond de
Turenne 1352-1413). Par contre, il faut préciser que la présence des papes qui
avaient établi leur résidence en Avignon était un facteur positif pour le
commerce.
A Brignoles, l'industrie locale était celle des tanneries, des fabriques de
draps ainsi que celle des paroirs à draps appelés également moulins à foulonnage.
(2)
Les laines après avoir été tissées étaient travaillées dans ces paroirs (voir
l'explication sur le foulonnage à la suite du texte).
Dans les transactions commerciales, le commerce des draps représentait jusqu'à
75% des ventes. Les céréales 19%, le bétail 5% et le vin 1% seulement. Les
marchands de draps étaient qualifiés de marchands drapiers. La monnaie en
circulation à l'époque était le florin d'or qui était émise à Florence depuis
1252. Le commerce du drap était très florissant au Moyen Age et Brignoles en
était une place de moyennne importance. Les draps pouvaient avoir pour origine
le Languedoc, la France (Nota de Nadine : il ne faut pas oublier que la Provence
était à l'époque un comté et qu'elle ne sera rattachée à la France qu'en 1481)
et aussi les Pays-Bas. Les draps de Bruges et de Gand avaient une grande
renommée sur le marché de Brignoles. Ceux qui venaient de France : de Normandie,
de la région parisienne et de la Champagne étaient aussi de très bonne qualité
et se vendaient aussi chers que ceux des Flandres. Les draps du Languedoc
offraient l'intérêt d'une fabrication soignée pour un prix modéré. En
Haute-Provence, l'élevage fournissait de la laine pour une grande variété de
tissus et notamment des étoffes grossières vendues à des prix plus modestes.
Les riches bourgeois et la noblesse de la région recherchaient dans les
boutiques les lourdes et belles draperies des Pays-Bas ou de Normandie. Les
draps plus courants étaient achetés par les artisans et les paysans de Brignoles
et des alentours. Un tiers des ventes était le fait des Brignolais et des deux
autres tiers étaient vendus aux habitants des cités environnantes, mais
également de Saint-Maximin, Hyères, Grasse ou Gréolières. On peut dire que
l'influence commerciale prépondérante se situait dans un rayon de 30 km autour
de la cité comtale de Brignoles. Son activité économique était comparable à
celle de la cité de Grasse, de Forcalquier ou de Riez.
Les marchands représentaient une part importante de la bourgeoisie et occupaient
des fonctions municipales au sein de la communauté.
Nous sommes en 1348, la peste noire qui arrive à Brignoles marque la fin de la prospérité
commerciale et le début d'une période de grand désespoir et de grande misère.
(1) Les tableaux de fouage étaient les tableaux d'imposition répartis par feu ou
foyer. Un feu peut se traduire par famille ou foyer fiscal. Dénombrer le nombre
des feux dans une cité, c'est procéder à son affouagement. Il est généralement
admis qu'un feu représente 5 personnes environ. Cependant, pour affiner
l'importance de la population, il faut aussi tenir compte du fait que les nobles
et les religieux ne sont pas pris en compte dans cet affouage puisqu'ils ne
payent pas d'impôts.
(2) Le foulonnage consistait à dégraisser et assouplir les draps de laine dans
l'eau. Pour cela, ils étaient placés dans une cuve remplie d'eau et de terre
glaise, puis frappés successivement par trois paires de pilons mus par la force
hydraulique. Cette opération, en feutrant les fils de laine, apportait aux draps
une douceur particulière.
Sources : diverses
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