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La vengeance est un plat qui se mange…chaud

 Par

Claude Auber

 

 

Chapitre I

 

 

 

- Allo la SPA ?

- Oui madame ne quittez pas, un responsable va vous prendre en ligne.

- Dépêchez-vous ! C’est urgent mademoiselle.

- Ici Jean-Claude Olivry, le responsable local de la SPA, qui êtes-vous madame ?

- Je suis mademoiselle Mireille Peslon et je viens d’être témoin d’une chose affreuse.

- remettez-vous mademoiselle et dites-moi calmement ce qui vous arrive.

- C’est un canard monsieur, un très gros canard.

- Un canard ou un canular, madame ?

- Mademoiselle, pas madame. Et je ne vous permets pas de mettre ma parole en doute, monsieur.

- Bon d’accord, mademoiselle, je me suis laissé emporté et je m’en excuse ; parlez-moi de ce fameux canard.

- C’est un canard sauvage qui est emprisonné par une plaque de glace dans l’Iton, juste à l’aplomb  du pont de l’Arche ; il se débat comme un fou et va mourir si l’on n’intervient pas immédiatement.

- D’accord mademoiselle je fais le nécessaire tout de suite ; je préviens les pompiers et la presse.

- Merci beaucoup cher monsieur, je compte sur vous !

Jean-Claude Olivry avait prévenu la caserne des pompiers ainsi que sa vieille copine Lulu du quotidien « Normandie » ; cette dernière avait délégué un reporter-photographe sur les lieux car un peu de pub aux soldats du feu attirait toujours la sympathie des lecteurs.

Les pompiers étaient donc intervenus pour  mettre un terme aux souffrances du volatile. Fred Balaam, le leader de l’équipe, était descendu en rappel depuis la rambarde du pont et avec  sa hache avait brisé la glace ; puis à l’aide d’une épuisette, prêtée par un pêcheur du coin, il avait récupéré le pseudo canard qui était en réalité une grue cendrée qui devait faire dans les cinq kilogrammes ; cette dernière n’avait opposé aucune résistance et Marianne, la femme sapeur, avait récupéré l’animal et mis ce dernier au chaud dans un caisson de survie.

Au cours de cette manœuvre le mousqueton, pourtant maintes fois vérifié, avait cédé et Fred s’était retrouvé dans une eau glaciale jusqu’à la taille. La petite foule des curieux qui assistait à l’opération de sauvetage avait eu droit à tout le répertoire de jurons de l’intéressé :

- saloperie de putain de bestiole à la con ! Je suis bon pour une pneumonie.

Au retour de cette mission peu banale Francis Huet, le capitaine des pompiers, avait récupéré l’animal et l’avait confié à Mitou sa femme, qui ne sachant trop qu’en faire, l’avait rétrocédé à Mauricette, son amie, pour soins intensifs.

Le lendemain un petit entrefilet dans le quotidien ‘’Normandie’’ apprenait aux lecteurs que les pompiers d’Evreux étaient intervenus pour sauver un magnifique spécimen de grue cendrée, emprisonnée par une plaque de glace qui s’était formée pendant la nuit à l’endroit où le volatile se reposait. Suivaient quelques précisions techniques concernant cette espèce migratrice dont certains sujets gagnaient l’Aquitaine. Il était dit également que les pompiers, interrogés par la SPA, avaient fait savoir que l’oiseau dûment remis en forme,  avait été relâché du haut du même pont et le journal mettait l’accent sur la symbolique du geste. Il y avait également deux photos où l’on apercevait Fred Balaam suspendu à sa corde pratiquant la pêche au canard et celle où on le voyait patauger dans l’Iton. Enfin suivait un magnifique panégyrique sur cette profession courageuse et dévouée qui allait jusqu’à mettre la vie d’un des siens en danger pour sauver la vie d’un oiseau...

 

La suite de cette histoire sera prochainement éditée dans un recueil de Nouvelles intitulé : "Bizarre! Vous avez dit bizarre?" aux Editions APARIS - Edilivre.