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La station de pompage

C’est le premier local issu de nos mains. Quand je dis « nos » c’est intentionnellement car Madeleine a participé à chaque étape de l’édification des bâtiments ; on lui doit notamment tous les crépis intérieurs et tous les carrelages ; ma femme a toujours été une excellente bricoleuse que rien ne rebute ; d’ailleurs  j’avais été très impressionné, en faisant sa connaissance, par sa boite à outil digne de celle d’un pro; il faut dire que son papa était un crack et que les chiens font rarement des chats !

Je suis un battant et j’aime que les choses, une fois décidées, aillent vite aussi avais-je pris sur moi de démarrer les travaux avant d’avoir entamé les formalités d’obtention du permis de construire. Le lieu choisi pour implanter notre station n’avait pas été débroussé et était noyé dans une végétation très dense aussi il était pratiquement impossible d’être repéré depuis la route des tuyaux  empruntée par tous, bien que faisant partie intégrante de la propriété .

Nous avions prévu un local tout simple avec un toit à une pente, un fenestron et une porte suffisamment large  pour laisser passer le matériel; une surface de 12m2  avait été nécessaire pour recevoir surpresseur, tableau électrique et groupe électrogène; ce qui se traduisait  par une construction de 5m x 3m.

J’avais donc attaqué le terrassement des fondations et étais très vite tombé sur de la  roche tendre, puis sur du rocher très dur ; bien sûr la profondeur des fondations était irrégulière puisqu’elle était régie par le caprice de la roche. J’avais ferraillé consciencieusement mes tranchées en prenant bien soin de laisser dépasser aux quatre angles, sur 1 mètre de hauteur, 4 fers à béton tors de 10 de diamètre, destinés à mes piliers d’angle car il faut autant que possible que tout le ferraillage soit solidaire. 

Un matin, aux aurores, j’avais commencé à combler ces dernières avec le béton que je faisais manuellement ; n’ayant toujours pas reçu ma bétonnière. Je disposais de plusieurs fûts de 200 litres, récupérés à la décharge locale et qui me servaient de réserve d’eau. Pour rendre ces fûts opérationnels je devais faire sauter la partie supérieure au burin  et  les nettoyer consciencieusement  car le béton et l’huile ne font pas bon ménage. Tous les matins  je remplissais mes six jerricans de 20 litres à la fontaine du village pour approvisionner ma réserve d’eau.

Le midi, Madeleine avait apporté un casse-croûte pour que je puisse reconstituer mes forces sans perdre trop de temps.

J’avais commencé à couler mon béton à 5 heures 30 et  terminé vers les 21 heures 30 soit presque 16 heures de travail avec un temps chaud ; le temps de nettoyer mes outils et il faisait presque nuit quand j’étais monté dans le SG2 pour rallier mes pénates. J’étais complètement vanné mais il était impératif que les fondations soient coulées eu une seule fois, pour avoir un maximum de solidité. Il faudrait agir de la même façon dans 72 heures lorsque je coulerai la dalle de 10 cm d’épaisseur.

J’avais donc répété les mêmes opérations, 3 jours plus tard après avoir réalisé un léger coffrage parfaitement de niveau et placé un grillage en fers tors de 8, réalisé la veille par mes soins, sur toute la surface de ma future dalle. J’avais terminé plus tard que pour les fondations et avais eu recours aux phares du fourgon. En effet les opérations étaient plus longues car il fallait étaler le béton avec une règle alu de 5 mètres à partir du coffrage pour que la dalle soit parfaitement de niveau. Le travail n’était pas parfait mais néanmoins j’étais très satisfait du résultat obtenu.

Le lendemain matin j’avais légèrement humidifié mon ouvrage et placé sur toute la surface des sacs de ciment vides et mouillés car il ne faut surtout pas qu’un béton sèche trop rapidement sinon il se fend.

Les jours suivants, en attendant que mon travail sèche, j’avais un peu récupéré en continuant d’essarter à droite et à gauche.

Après avoir copieusement arrosé ma dalle, j’avais attaqué le montage des murs avec des parpaings de 20. Je ne vous ferai pas l’injure de vous expliquer comment on monte les parpaings puisque un gosse de 5-6 ans est capable de le faire avec ses legos ! Bien sûr je suppose également que vous n’êtes pas de ceux qui oublient porte et fenêtres et par conséquent, si vous respectez les deux règles d’or, aplomb et niveau, tout marchera comme sur des roulettes. 

Ah oui ! J’ai oublié de vous mentionner qu’il était indispensable de savoir couper les parpaings ; la plupart du temps cela se fait avec le tranchant de  la truelle en donnant à l’endroit où l’on désire sectionner des petits coups secs et ce,  tout autour de l’agglo ; c’est un coup de main à acquérir car cela ne se casse pas toujours à l’endroit souhaité. Ne vous faites pas de mouron, au début cela arrive à tout le monde, mais surtout gardez les morceaux qui serviront un jour ou l’autre.

J’avais donc monté les murs, coulé mes linteaux et je venais de terminer le coffrage destiné à couler mon chaînage horizontal, quand j’avais reçu la visite inopinée de « Rouflaquettes » mon garde-champêtre préféré ; ce dernier avait répondu à l’injonction de la gendarmerie et désirait voir mon permis de construire. Penaud, j’avais dû avouer que j’avais mis la charrue avant les bœufs et suspendre mes travaux. Nous avions heureusement, à cette époque, un Maire formidable qui s’était montré très conciliant et grâce à lui j’obtins mon autorisation de construire dans les deux mois qui suivirent. Une indiscrétion d’un employé de  Mairie m’avait appris, entre-temps, avoir été dénoncé par le fils de ma logeuse un dénommé C. Il faut croire que la délation doit être inscrite dans les gènes de certaines familles car le propre grand-père de cet individu qui avait occupé des fonctions politiques très importantes s’était montré un peu trop coopératif avec les autorités d’occupation ; la Résistance lui avait payer l’addition à la Libération en l’exécutant dans un petit bois entre Cotignac et Entrecasteaux.

J’avais donc pu reprendre mes travaux là où je les avais laissés : simultanément j'avais coulé les piliers d’angles préalablement ferraillés, et le chaînage horizontal afin que l’ensemble soit solidaire ;  puis j'avais mis en place les poutrelles de mélèze de récupération et enfin le toit proprement dit. Seules les plaques de sous-tuiles avaient posé problème car je ne disposais pas de l’outillage nécessaire pour couper les coins afin d’éviter les sur-épaisseurs ; j’avais donc opéré à main nue avec une lame de scie à métaux ce qui m’avait permis de battre le record mondial du plus grand nombre…d’ampoules. Les crépis, la pose des tuiles anciennes, également de récupération, et du carrelage soustrait à la décharge avaient été exécutés sans grosses difficultés ; si l’on veut bien excepter, bien sûr, l’entraînement nécessaire pour acquérir le coup de main afin de claquer le mortier sur le mur, lors du crépi. A ce sujet il ne faut surtout pas se décourager car au début il y en a plus sur le sol que sur le mur ! Nous étions assez fiers de nous car pour un début le résultat nous paraissait très honorable ! Nous allions donc pouvoir attaquer les travaux de la "Ruine'' d'une façon plus sereine, bien qu'étant conscients des difficultés qui nous attendaient.

 

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