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La Roco depuis Toujours !
Le rocher depuis toujours
On a l'habitude de dire, lorsqu'un habitant du village quitte Cotignac pour aller s'installer sous d'autres cieux : "Aquéu veira plus la roco é sera malerous (Celui-là ne verra plus la Roche, et il sera malheureux)".
Il ne faut pas voir dans ces paroles des relents de jalousie, ou le reflet banal d'un esprit de clocher exacerbé, mais plutôt l'expression d'une réelle commisération, envers ceux que la vie appelle ailleurs. Car le rocher est à Cotignac, bien plus que cet amphithéâtre qui clôt majestueusement la vallée de la Cassole, le Rocher fait partie de notre patrimoine historique et affectif, et si j'osais, j'irais jusqu'à dire que nous en sommes tous, plus ou moins les enfants, tant il a, au cours des siècles, vécu en étroite liaison avec ceux qui résidaient à ses pieds.
Mais il est mal venu de parler de la Roche, sans y associer la Cassole, sa véritable rivière mère. Bien avant la dernière période glaciaire que connut la Quaternaire Ancien (Würm: 80.000 à 38.000 avant Jésus-Christ), la Cassole franchissait en cascades plus ou moins mobiles, un ressaut de calcaire situé entre l'actuelle route de Barjols, et le lieu-dit "Le Derroc". Des dépôts de tuf, corollaire de ces chutes, enrobèrent peu à peu l'escarpement, en prenant appui sur des touffes d'herbe ou des troncs d'arbres. Ses surplombs ainsi crées, sont à l'origine de nos grottes, lesquelles furent, par la suite habillées de stalactites, grâce aux infiltrations du cours d'eau.
Ces abris naturels, alors même que le tracé de la rivière qui coulait plus abondamment qu'aujourd'hui, n'était pas encore définitivement fixé, servirent de lieu d'habitation aux peuplades nomades de la Pierre Taillée; et sans doute des périodes suivantes puisque l'hydronyme, "Cassole, dérive tout droit du pré-indo-européen, "Kal", signifiant : abri. Abri pour les vivants, mais aussi lieu de sépulture : les Préhistoriques utilisaient à merveille les possibilités que leur offrait la topographie.
Puis vint l'ère des bâtisseurs : j'entends par là de ceux qui, sous la pression des évènements, déterminèrent l'emplacement du nouveau village et qui, pour l'ériger se servirent du Rocher comme d'une carrière.
C'était au temps des invasions. La communauté cotignacéenne vivait groupée autour de la chapelle de Saint-Martin, sur le plateau des "Plaines". En ces moments troublés, on ne se sentait pas du tout en sécurité sur cet espace plan, exposé aux razzias des Sarrasins. On chercha, je suppose, comment se défendre de la façon la plus efficace possible. Tout naturellement, on pensa à la "Roco". Le village glissa alors vers le fond de la vallée, au pied de la barre rocheuse, que l'on garnit quand même de deux postes d'observation : les tours.
Contrairement à de nombreux villages de Provence qui cherchèrent à se protéger des assaillants en s'installant sur un promontoire, Cotignac en descendit pour chercher refuge dans les flancs de son Rocher. Ce dé-perchement fut très bien vécu puisqu'on ne pensa même plus, une fois le péril passé, à remonter réoccuper l'ancien site.
Les avantages offerts par la proximité du surplomb de tuf, ont dû peser lourd dans la balance. En effet, on extrayait les pierres pour construire édifices et murs d'enceinte, on l'habitait (maisons troglodytiques), et, aurait-on pu rêver d'un meilleur paravent pour se protéger du Mistral ?
Il faudra patienter de longs siècles, pour que le Rocher soit à nouveau projeté au premier plan de l'actualité. C'était au temps de l'Empereur, du grand Napoléon, de Napoléon premier, qu'un maire zélé, par une plaque apposée au-dessous de la "Grande Salle", dédia cet auguste monument naturel, à ce non moins auguste et impérial prince, qui tenait la destinée d'une bonne partie de l'Europe entre ses mains. Le sut-il jamais Napoléon que, pour "célébrer sa gloire immortelle", un village du département du Var, lui avait consacré ce qu'il possédait de plus beau, de plus grand, de plus magnifique : Sa Roco ?
Cette imposante masse de roche barrait entièrement la vallée et ce n'est qu'au XIXème siècle que "la route neuve" permettra un débouché facile vers le nord.
Mais il ne faudrait pas passer sous silence l'importance des eaux de la Cassole et de la chute du Rocher, dans le développement économique et industriel de Cotignac, tout au long de son histoire. Pour permettre le fonctionnement des moulins à blé, à huile, à tan, à papier, du tournal, du paroir et des foulons. La communauté investit des sommes considérables dans des travaux de canalisation des eaux, et cela dès 1465.
Un mémoire décrit précisément, les principaux travaux hydrauliques d'aménagement des sources et de la Cassole, à la veille de la Révolution : "... le canal s'éloigne du torrent de Cassole; il est coupé par douze prises, pour permettre l'arrosage des terres des quartiers d'Escoussier, Reclus, Surville et autres. On trouve aussi sur ce trajet deux lavoirs publics en maçonnerie et pierres de taille. L'eau parvenue au-dessus de Cotignac franchit le Rocher et parcourt le bourg dans toute sa longueur. C'est surtout au milieu de leurs murs que les habitants de cette industrieuse commune, favorisés par la déclivité du terroir, ont mis à profit les inappréciables avantages de leur canal. De nombreuses fabriques et des usines de diverses natures y sont exploitées. Elles n'ont d'autre agent que l'eau abondante qu'envoient les sources de Saint-Martin, de Gautier et le torrent de Cassole, lorsque les pluies ou les orages ne forcent pas de fermer les vannes des martellières...".
L'histoire s'accélère en ce XIXème siècle, et point ne sera besoin d'attendre la fin des années 1800, pour que de profonds bouleversements, une véritable révolution, viennent modifier les habitudes de vie des Cotignacéens. On croyait au progrès : le Conseil Municipal décida de doter Cotignac d'un éclairage électrique. Après de nombreuses discussions, la décision fut prise : On produira du courant de façon hydraulique. Une fois de plus la Roco fut mise à contribution - on utilisera son abrupt. Les quelques quatre-vingt mètres de dénivelé entre les "plaines" et le village, furent équipés d'une conduite forcée, qui amena l'eau sous pression, d'abord jusqu'à une première petite centrale au milieu de cette dénivelée, (les Escaillons), ensuite, jusqu'à une autre petite centrale jouxtant la mairie. Le XXème siècle s'avançait sur la pointe des pieds.
Il serait bon de préciser maintenant que la Cassole sautait à l'Est du Rocher. L'eau passait par le Grand'rue, devant l'église, descendait le cours, appelé alors "Les Marécages". Si cette cascade avait son charme, elle n'était pas sans inconvénients pour les habitants.
Aussi, en 1588 des travaux importants furent entrepris pour la détourner vers les "Derroc". A cette époque la Cassole ne connaissait pas d'étiage et arrivait toute l'année jusqu'à l'Argens. (Les Cotignacéens avaient obtenu, par transaction de leur seigneur, le droit de pêche). Malgré les gros travaux d'endiguement de 1588, et comme nous l'indiquera plus loin le Cardinal Fleury en 1699, une partie de son cours passait toujours par le village, en hiver et au moment des gros orages. C'est ainsi que nous relevons dans les archives communales : "...Claire Rousse, femme de Louis Pélissier, menuisier, et, Thérèse Pélissier, sa fille, ont été noyées dans leur boutique (dans la Grand-Rue), par inondation d'eau, le 12 septembre 1691. Claire âgée de 70 ans et Thérèse de 20 ans...".
Après ce malheur, la municipalité étudia et entreprit des travaux plus sérieux, par la construction d'une digue sous forme de mur qui, à partir de 1740, détourna définitivement le cours de la rivière dans son lit actuel. Depuis, il y eut bien quelques exceptions, dont les principales furent en octobre 1779, en 1883, en 1915 et la dernière, le 14 juillet 1973, où, cette fois, la rivière ne fut pas en cause.
Ce n'est pourtant qu'après la deuxième guerre mondiale, avec les grandes migrations vers les pays du soleil, que la Roco eut ses véritables admirateurs.
C'était au temps, où l'on découvrait le pittoresque charmant, des petits villages du Haut-Var, et c'est vrai que Cotignac, blotti sous son Rocher, même l'été, a des allures de crèche.
Ainsi la Roco, que d'aucuns ont baptisé "falaise" est sans doute pour beaucoup dans l'économie touristique de notre cité.
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Visite dans la roche de Cotignac (extrait de " Une ombre " d'Henri Bosco )
"... Elle avait cependant deux ou trois ouvertures donnant de haut sur la campagne. Et pour étroites qu'elles fussent, les vues en étaient infinies et fréquemment ensoleillées. Mais découpées dans la paroi à pic de la falaise, elles n'offraient que l'étroit visage d'une demeure sombre qui partout ailleurs s'engageait tortueusement dans la masse compacte de la pierre. A travers ce corps minéral le travail obscur des terrains, la poussée des eaux et les mouvements de la terre avaient aménagé des couloirs étroits et des chambres basses qui comme de sourdes menaces semblaient n'attendre qu'un évènement souterrain ou le désir d'un monstre pour nous écraser.
... Malgré mes appréhensions j'avais passé une assez bonne nuit. Le poids des falaises de pierre n'avait pas gêné mon sommeil. Peut-être avait-il étouffé quelques uns de mes rêves, car j'avais dormi presque d'une traite sans entrer dans aucune de ces aventures nocturnes où je suis coutumier de vivre quand je dors.
Il faisait très beau, l'heure naissante était doucement en voyage, l'air frais coulait le long des pentes depuis les coteaux couronnés de pins et de chênes verts jusqu'aux petits vignobles alignés sagement dans la plaine. Il avait une odeur de calcaire et de thym, de rosée et de fleurs des champs. Un épervier planait. Il semblait suspendu très haut au-dessus de l'église et le troupeau matinal du village traversait sur un petit pont un ruisseau sec. Il était suivi d'un mulet tranquille, et de trois femmes qui portaient des corbeilles pleines de linge sur la tête..."