Macao, Cotignac, Région, Provence, Littérature et…fantaisie !

  

  

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La piscine

Ainsi la case était pratiquement terminée et nous aurions pu souffler un peu. Seulement il y avait eu  une petite rentrée d’argent inespérée et nous avions une envie folle de piscine, ce qui dans une région comme la nôtre n’est pas tout à fait un luxe, mais presque une nécessité. Nous voulions bien jouer les maçons, une fois encore, mais pas les terrassiers. Un entrepreneur, de la  région avait condescendu à se déplacer jusqu’à Macao et avait procédé à des sondages pour évaluer la…qualité de la roche macaotaise. Le diagnostic était tombé comme un couperet : « rocher trop dur et trop compact » ; il faudrait faire appel au brise-roche et à la dynamite, puis créer une piste pour que les camions puissent accéder jusqu’au trou afin d'évacuer les déblais. J'avais demandé un devis pour le principe mais je savais très bien qu’il nous serait impossible d’assumer de telles dépenses ; d’autre part pas question d’utiliser les explosifs car je ne tenais pas à ébranler les fondations de la maison, qui se trouvaient à moins de 4 mètres de  l'emplacement prévu pour la future piscine ; bref la venue de ce professionnel nous avait sérieusement refroidis ; pas question de lui confier notre trou car cela risquerait d’en creuser un dans nos finances ; cette nuit là le sommeil s'était fait attendre très longtemps.

Il est toujours difficile de renoncer à ses rêves aussi avions-nous décidé de faire notre trou avec les moyens du bord ; à savoir une brouette, une barre à mine, une pelle , une pioche, un lot de burins et d’aiguilles, une masse et plusieurs massettes, de quoi faire rêver l’homme de Cro-Magnon !

Nous avions donc délimité notre trou et j’avais attaqué le chantier bille en tête armé de la pioche et de la pelle ; les trente premiers centimètres ce fut un régal et Madeleine était aux anges car elle récupérait de la terre arable pour ses plantations. Puis cela s'était mis à durcir un peu. Les premiers vingt centimètres de roche se désagrégeaient assez facilement à la barre à mine, mais que faire des déblais ? Nouveau conseil de guerre avec mon adjoint-femme et nous décidons de créer deux routes : une partant pratiquement de la piscine pour aboutir à l’entrée de la propriété, sur la route des tuyaux et l’autre partant de la serre pour rejoindre la station de pompage. Nous délimitons les routes et en avant la brouette. Un mois s’est écoulé et notre trou a maintenant 50 centimètres de profondeur sur douze mètres de longueur et 5 mètres de large; nous avons également creusé l'emplacement de l'escalier prévu en retrait au 1/3 de la longueur, côté petit bain. Cela représente environ 1/5 du travail et je sais depuis hier que j’ai mangé mon pain blanc car la barre à mine rebondit sur la roche sans pratiquement l’entamer mais provoquant des vibrations très désagréables pour les bras ; par contre la première route prend tournure, elle a déjà vingt mètres sur 2 mètres de large. Je ne sais plus qui a prétendu que les roches calcaires étaient des roches tendres mais je peux vous garantir le contraire, du moins pour les miennes. Maintenant je travaille en technicien en repérant les petites veines que j’attaque au burin ou à l’aiguille de façon à préparer le terrain à la barre à mine. Nous arrivons en janvier et là, pour mon bonheur,  je reçois le concours involontaire du froid. Ce mois est en général le plus rigoureux dans nos régions ; cette année il bat tous les records et j’en profite au maximum en arrosant deux à trois fois par jour, mon tapis de rocher ; le résultat est saisissant, ça se fendille , ça se craquelle, ça se fissure ; parfois en prêtant l’oreille on peut entendre la roche…qui proteste ; du coup la barre à mine retrouve un peu de son allant et de son efficacité en s’infiltrant dans les fentes ; parfois je dois y aller au burin ou à l’aiguille et je suis souvent en sueur bien qu’il gèle à…pierre fendre. Ça y est le printemps arrive et j’ai une heureuse surprise car je tombe sur deux énormes souches d’olivier ; tout autour la roche est complètement désagrégée et transformée en zif ; ma pioche se régale. Bien sûr le travail avance maintenant beaucoup plus vite mais un nouveau problème se pose car je n’ai plus la possibilité d’envoyer mes déblais à l’extérieur du trou car le dénivelé est trop important ; seul solution faire un escalier en parpaings et évacuer les débris aux seaux ; il me semble que je ne suis pas mieux loti que les anciens forçats de Cayenne mais il est vrai que moi je jouis de la liberté de pouvoir arrêter ce boulot, si je le désire ! La roche est de nouveau un peu plus tendre et cela galvanise mon énergie. Ce matin j’ai étrenné les deux routes en construction avec la 4L ; ça secoue un peu mais ça passe ; il faudra que je dame. Ca y est le terrassement est enfin terminé après quatre mois d’efforts ; cela s’appelle, parait-il, faire son…trou !

Question maçonnerie cela se monte comme une maison; la seule différence est qu'il s'agit de parpaings  à bancher c'est à dire conçus pour être ferraillés verticalement et horizontalement; à l'inverse des agglos normaux ils ne sont pas fermés et par conséquent sont montés non alternés de façon que les alvéoles correspondent avec celles du parpaing de dessous; de plus on ne les monte pas avec du mortier, mais on les pose les uns sur les autres. Lorsque le premier rang a été posé sur tout le périmètre, on remplit toutes les alvéoles de béton et ainsi de suite pour les rangs suivants. Comme toute construction il faut veiller scrupuleusement à l'aplomb et au niveau; cela est facile, une fois le parpaing rempli de béton, car il suffit de soulever légèrement ce dernier à la demande.

Dans un premier temps j'avais positionné ma bonde de fond sur laquelle était fixé mon tuyau d'aspiration; ce dernier  aboutissait dans la station de pompage où nous avions décidé d'installer la machinerie. Puis j'avais confectionné, au fond du trou un treillis sur toute la surface avec du fer Tor de 12 et du fil d'attache; cela s'était soldé par quelques ampoules car je n'ai jamais pu travailler avec des gants, faisant partie de ces gens qui ont besoin de faire corps avec la matière. Puis après coffrage, j'avais coulé une semelle de béton d'un mètre de largeur pour monter mes parpaings . Pour ce faire, un ami m'avait prêté une petite bétonnière électrique et cela m'avait grandement facilité la tâche; néanmoins il y avait pas loin de trente mètres à parcourir pour accéder à la piscine avec un seau de  25 litres de béton au bout chaque bras et ça, ce n'était pas de la tarte ! J'avais démarré le chantier à 5 heures  pour terminer les niveaux  vers 22 heures; je n'avais pas pris le temps de déjeuner pour éviter de perdre du temps car il fallait que la semelle soit coulée en une seule fois; inutile de préciser que je n'avais pas eu besoin d'être bercé pour m'endormir, cette nuit là. Par la suite monter ces parpaings de 30 avait presque été une partie de plaisir, si l'on veut bien excepter leur poids assez dissuasif; cela avait été plus délicat au niveau du phare, des deux refoulements, de la prise d'aspirateur et des deux skimmers pour le positionnement et l'étanchéité; mais avec un peu de jugeote et de minutie ces problèmes avaient été résolus.

Si dans la plupart des piscines classiques le niveau de celles-ci affleure celui du sol, nous avions décidé, quant à nous, de surélever le nôtre de trente centimètres pour faire obstacle aux débris de toutes sortes, lors des jours de fort mistral. Une fois les parpaings sortis du sol au niveau prévu, j'avais coulé entre l'espace compris entre les parpaings et la terre, un béton très liquide; ce travail avait été réalisé sur toute la périphérie, y compris sur les bords de l'escalier; par la même occasion j'en avais profité pour me libérer des chutes de ferraille qui traînaient  un peu partout en les incorporant à mon béton.

Le travail suivant avait été la projection d'un enduit fait de mortier mélangé à un  produit hydrofuge et lissé au ciment pur hydrofugé et ce, sur toutes les faces en respectant l'aplomb, autant que possible. Je m'étais fait un peu la main sur le bac à graisse de la case mais c'était plus aisé car les surfaces étaient moins grandes.  Nous étions en mai et en général  c'est le mois des pluies; quand il y en a, bien sûr ! Cette année là nous avions été particulièrement gâtés et j'avais passé une bonne partie de mon temps à poser et à enlever les bâches de protection Je profitais également de ces interruptions pour mettre en place, dans le local technique, la pompe et son pré filtre ainsi que le filtre à sable.  J'avais aussi installé tout un réseau de tuyauterie, commandé par des vannes, reliant l'aspiration ( bonde de fond, les deux skimmers, la prise d'aspirateur) et les deux refoulements. Puis je m'étais lancé dans les branchements électriques; il y avait deux installations bien distinctes, avec chacune sa propre armoire de commandes : celle en 380 volts pour la pompe et l'autre en 12 volts alimentant le phare de la piscine. Le plus ennuyeux dans cette histoire de pluies à répétition, c'était que mes enduits se faisaient morceau par morceau et que les parois prenaient des allures de patchwork; cela risquait d'hypothéquer l'avenir en créant des infiltrations. Mais non ! Il n'y avait pas eu de fuites intempestives et il faut croire que Saint Joseph nous avait drôlement à la bonne !  Par la suite la réalisation de l'escalieren parpaings à bancher et béton n'avait pas présenté de difficultés majeures; la semelle de finition en béton armé qui était une sorte de chaînage, non plus. Couler la dalle du fond en incluant les semelles déjà existantes avait été exténuant sur le plan de la manutention; par contre la réalisation de l'enduit et de tous les raccords avait été grandement facilitée par le ciel redevenu serein.

Voilà ! Maintenant j'étais prêt à passer le témoin à Madeleine qui allait connaître l'enfer du... carrelage ! 

Nous étions en juillet et nous avions récupéré quelques neveux et nièces. C'était le temps des grosses chaleurs, des pastis, des whiskies, des barbecues et du rosé. Madeleine avait fortement insisté pour démarrer la pose des carreaux car elle avait hâte de piquer une tête dans SA piscine, encouragée en cela par la famille; j'avais pourtant émis  des réserves à cause des conditions climatiques; rien n'y avait fait ! Ce que femme veut...

Les petits carreaux en pâte de verre étaient pré encollés sur du papier kraft  formant des plaques de 40 X 40 plus faciles à poser; nous avions choisi une nuance bleutée.

Et la pose avait débuté ! Malgré nos précautions, dont l'arrosage quasi permanent de l'enduit, l'eau contenue dans le ciment colle avait tendance à se vaporiser. Visiblement certains carreaux, ne supportaient pas à ce traitement quasi tropical et le lendemain il fallait les ramasser et les recoller. Cette piscine était une véritable étuve; au fond surtout, où le thermomètre devait flirter avec les 45°C. Une telle température provoque forcément la pépie et Nathalie, la nièce de Madeleine, avait été élevée au rang de boy-whisky et, croyez-moi, ce n'était pas un boulot de tout repos ! Conclusion alcool plus soleil provoquaient parfois, chez le maître carreleur, des écarts de niveaux qu'il fallait corriger le lendemain. Notre technicienne faisait preuve de beaucoup d'obstination et de courage car son  travail se poursuivait même de nuit, à la lueur de la baladeuse.  Les neveux et nièces avaient mis la touche finale en créant une grecque que Madeleine s'était empressée de poser tout autour de la piscine. Notre carreleur en chef était enfin arrivé au bout de son calvaire et il faut avouer que le résultat n'était pas si mal que ça ! La piscine avait été mise en eau, aucune fuite n'avait été décelée et l'été s'était achevé dans une ambiance de plongeons ! 

Quelques années plus tard nous avions carrelé le dessus de notre piscine, crée une grande plage, également carrelée, avec dénivelé, et deux escaliers en pierres dont un, très réussi, qui était l'œuvre du fiston. Nous avions aussi beaucoup planté, surtout des lauriers roses, rouges et blancs; pour compléter l'ensemble nous avions ajouté un mimosa qui s'était fait très beau malgré une amputation du tronc due au gel et puis rosiers, lilas blanc double,  forsythia et même un chamærops excelsa qui nous avait coûté...la peau des fesses. Enfin, cerise sur le gâteau, nous avions réalisé une fontaine du type "hacienda" avec éclairage; l'eau circulait en circuit fermé et détail piquant elle fonctionnait à l'aide d'une pompe récupérée sur une machine à laver...à la décharge, bien entendu !

 

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