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La case

Pourquoi la case ? Un souvenir de mes quinze ans passés en Afrique car là-bas une case est une maison et cela sans distinction de taille ou de type, qu’elle soit luxueuse ou non. 

Les dés sont jetés. Premier coup de pioche en mai 1983. Comme partout, nous sommes à la merci de la roche qui s’avère, de nouveau, très capricieuse. L’essentiel c’est que les fondations reposent sur du dur, le coffrage rétablira les niveaux. Il se confirme de nouveau que la  barre à mine est ici l’outil de prédilection ; j’exerce sur elle de telles pressions que la pôvre a abandonné sa droiture pour adopter une position très voûtée ; pour se venger cette dernière me gratifie de nombreuses ampoules et c’est de bonne guerre !

Ouf ! Les fondations sont terminées et les coffrages en place ; il ne reste plus qu’à attaquer le béton. Ah ! J’ai oublié de vous dire que j’avais enfin reçu ma bonne grosse bétonnière dotée d’un moteur thermique américain. Comme je n’avais pas retenu l’option de la toupie de béton, autant vous dire que ma bétonnière avait tourné pendant près de 15 heures d’affilées ; il faisait très chaud car nous étions fin juin aussi matériel et bonhomme avaient fortement souffert ; au fur et à mesure de l’avancement des travaux je recouvrais l’ouvrage avec des sacs de ciment vides sur lesquels il fallait  constamment pulvériser de l’eau  à l’aide d’un brise-jet pour éviter que le béton ne se fende en séchant trop vite ; ce travail étant dévolu à Madeleine. Le soir, très tard avait vu la fin de nos peines et après un bref dîner, nous nous étions littéralement effondrés sur notre couche.

Le lendemain, aux aurores, j’avais pu constater que, malgré nos précautions, ça et là, quelques légères fentes étaient apparues ; pour y pallier, j’avais coulé dans celles-ci un lait de ciment très concentré, plus par perfectionnisme que par nécessité. Comme dirait un certain personnage, que je n’ai jamais porté dans mon cœur, nous avons laissé le temps au temps pour le séchage de nos fondations. Nous avons mis à profit cette interruption pour approvisionner notre chantier en pierres destinées à asseoir la future dalle ; en effet, pour des raisons qui nous sont propres, nous avions décidé de ne pas faire de vide sanitaire.

Nous avions été obligés de couler la dalle en plusieurs parties car il nous était impossible de fournir et de travailler une telle quantité de béton ; de plus ce fractionnement avait l’avantage de créer des joints de dilatation. Comme j'étais très attiré par les dénivellations, je m'étais arrangé pour que les dalles du futur salon et du bureau soient de 10 cm plus basses que le reste de la case ; ce qui avait valu à certains des vols planés mémorables.

Donc une fois les fondations sèches, nous avions empierré, ferraillé et coulé dalle après dalle sous un soleil de plomb.

Lors de l’établissement des plans de la case nous avions prévu un mur de refend, dans l’axe de la longueur, séparant la maison en deux parties égales ; aussi j’avais donc monté ce mur simultanément avec les quatre murs de la maison en croisant les parpaings de 20 toutes les rangées. J’avais également coulé mes linteaux de fenêtres (5), de fenestrons (3) (sur la face nord) de portes (2) et de (3) ouvertures dans le mur de refend  ; arrivé à la hauteur de 2,5 mètres, j’avais coffré et ferraillé pour couler en même temps mon chaînage périphérique de 25 de hauteur et mes piliers d’angle.

J’avais commencé à couler très tôt ; c’était un travail très pénible car je devais aller verser mes seaux de béton à l’intérieur du coffrage, en équilibre sur une échelle. J’attaquais les deux derniers mètres quand notre bétonnière rendit l’âme et j’avais dû gâcher mon béton manuellement pour terminer le travail. Par la suite Madeleine avait tenté en vain une réparation et changé un joint ; le moteur avait toussé puis s’était tu définitivement. Sans doute n’avait-il pas digéré l’épisode des fondations, des dalles et du chaînage par une température caniculaire ou peut-être n’avait-il pas apprécié un filtre à air encrassé ? Mystère ! La seule chose dont j’étais sûr c’est que désormais il faudrait que je fasse confiance à mes bras !

J’avais passé commande dans une scierie des Arcs de 27 poutres en mélèze de 4 mètres de longueur destinées à supporter les traverses en bois de récupération qui recevraient notre  futur plancher, car nous avions choisi l’option ‘’tout bois’’.

Bien sûr nous avions dû nous rabattre sur la version poutres neuves car nos moyens ne nous permettaient plus d’acquérir des poutres anciennes. Néanmoins avec de l’astuce, une bonne herminette de boiseur et des colorants judicieusement utilisés les résultats que l’on peut obtenir sont parfois surprenants ; les perfectionnistes peuvent même utiliser du petit plomb de chasse pour imiter les trous de vers.

Lorsque le chaînage avait été sec, sur un simple coup de téléphone, le camion de la scierie était venu nous livrer les bois et comme c’était notre jour de chance ce dernier était pourvu d’une grue, qui en déposant les poutres directement à hauteur de plafond, nous avait évité bien des efforts et de la fatigue.

J’avais donc réparti nos poutres en fonction des besoins et scellé ces dernières au sein des parpaings que j’avais continué de monter jusqu’à la hauteur prévue pour recevoir le second chaînage devant supporter les poutrelles destinées à recevoir la couverture.

Comme nous avions prévu de faire un toit à une seule pente il va se soi que seuls les murs des façades avant et arrière ainsi que le mur de refend étaient horizontaux, bien que de hauteurs différentes. La seule difficulté résidait dans la manutention des matériaux. Par contre  là où cela se compliquait c’était au niveau des murs pignons car ils étaient en déclivité, ce qui impliquait un grand nombre de découpe de parpaings.

Jusqu’au chaînage je m’étais débrouillé en confectionnant des échafaudages de fortune à l’aide de parpaings et de bastings ; ce n’était pas de tout repos car il me fallait monter mes agglos et les seaux de mortier à la force des bras, en équilibre sur une échelle. A ce stade là, je ne me doutais pas que je venais de manger mon pain blanc ! En effet comme il n’y avait pas encore d’escalier pour accéder au dessus des poutres, le seul lien était une échelle en alu ; il avait donc fallu monter des bastings pour faire une sorte de platelage sur les poutres et des fûts vides de 200 litres qui servaient de support à des planches de coffrage que j’avais disposés sur ces platelages. C’est donc sur ces échafaudages mobiles et précaires que j’exécutais mon travail de maçon, sans compter la manutention des parpaings, des seaux d’eau et de mortier, toujours en équilibre sur mon échelle. J’ai fait tellement de va et vient que j’ai dû couvrir l’équivalent d'une douzaine d'ascension du mont Blanc. En montant mes agglos j’avais également coulé les cinq linteaux prévus pour la mise en place des fenestrons et un dans le mur de refend pour accéder au futur grenier. Quand le dernier parpaing avait été posé  il avait fallu, de nouveau, coffrer pour couler simultanément notre deuxième chaînage et la dernière partie des piliers d’angle, avec un côté à plus de six mètres de hauteur. Malgré ma bonne volonté  il m'avait fallu de longs jours pour réaliser ce travail car je faisais toujours mon béton à la main. Pendant le séchage de ce chaînage j'avais récupéré de mes efforts passés en bricolant de droite et de gauche dans la concession. Puis était venu le temps de monter, à la main, les poutrelles et les traverses  destinées à la charpente . Nous avions donc scellé nos poutrelles,  fixé nos traverses avec des pointes de 18 et commencé la pose de l'éverite; cela avait été très long car chaque plaque devait être percée avec un gabarit et fixée avec des tire-fond. Et ces tôles d'éverite, très lourdes et peu maniables, il fallait les hisser jusqu'au toit ! Je me souviens très précisément du jour et de l'heure où nous avons achevé ce travail : c'était le 31décembre 1985 ! Tout l'après-midi le ciel avait été gris plombé , un vrai temps de neige ! Nous avions donc installé la baladeuse et quand j'avais posé la dernière plaque les flocons commençaient à voleter dans le ciel; il était 23 heures 45 ! Le lendemain matin il y avait 15 à 20 centimètres de neige sur le toit.

En raison de la neige, du froid et parfois de la pluie j’avais suspendu les travaux de maçonnerie et profité de cet entracte forcé pour creuser les tranchées amenant l'eau et l'électricité à la case; cela n'était pas toujours de tout repos à cause du sol gelé et du rocher. Malgré tout les tuyaux "Plymouth" et le câble électrique, sous gaine spéciale, étaient parvenus jusqu'à la case sans bobo.

Aux beaux jours, pendant près de trois semaines, nous avions fait le d'ébourgeonnage dans les vignes, histoire de renflouer quelque peu nos finances; puis les travaux de la case avaient enfin repris. 

J’avais fait l’acquisition de polystyrène de 10 d’épaisseur ainsi que d’un gros bidon de colle spéciale ; il suffisait de mettre sur chaque plaque 4 à 5 plots de colle pour les fixer sur les parpaings; j’avais donc capitonné mes murs du sol au plafond. C’était un travail facile, amusant et peu fatiguant en raison de la légèreté de la matière ; il suffisait juste d’un peu de doigté pour les découpes à réaliser lors des ouvertures et du passage des poutres.

Une fois cette isolation terminée j’avais pratiquement  doublé tous les murs pour la plupart en parpaings de 20 ; je montais en même temps mes cloisons en parpaings de 10 en les incorporant dans ceux des murs. J’avais donc crée 5 cloisons au rez-de-chaussée comportant un double linteau et deux linteaux. Au premier je m’étais contenté de deux cloisons et autant de linteaux. En montant mes murs doublons jusqu’au toit, j’en avais profité pour me créer deux niches à l’ancienne dont je raffole.

Puis était venu le temps de la pose des huisseries soit en bas 2 portes extérieures, 4 intérieures et une double-porte intérieure ainsi  que 5 fenêtres et 3 fenestrons. Au premier 3 portes dont celle du grenier faite à l’ancienne par Madeleine, posée par elle et enfin 4 fenestrons.

Ce travail n’est pas très difficile mais long et méticuleux. Une fois qu’aplomb et niveau sont impeccables  tout repose sur le calage qui doit être parfait ; après ce n’est que du remplissage de maçon. Bien sûr tous les chambranles de portes et de fenêtres doivent-être hérissés de pointes pour adhérer au mortier ou au béton.

Mes huisseries étant posées, j'avais attaqué l'escalier. Comme nos fonds étaient en période d'étiage, le conseil des sages (Madeleine et moi) avait décidé de réaliser un escalier de meunier; c'était simple et peu onéreux. Cela consistait tout simplement à sceller des planches dans le mur pour constituer des marches. C'était un travail assez ardu, pointu et très délicat mais le résultat avait dépassé nos espérances.

Après l'escalier le temps était venu de mettre un peu de lumière dans la maison et je m'étais lancé avec fougue dans l'installation électrique; comme les autres fois, lors des saignées dans les murs, j'avais récolté mon quota d'ampoules! L'électricité étant terminée au  rez-de-chaussée, cela avait permis à Madeleine d'attaquer les crépis. A propos de crépi, sachez que ce dernier avait été astucieusement élaboré par le conseil des sages; c'était un mélange de sable très très fin, de plâtre et d'eau. Il fallait que ce mélange ait  la consistance du yaourt afin de pouvoir l'étaler au rouleau et le résultat était très satisfaisant, pour qui aime le rustique.

Si mes souvenirs sont exacts les travaux de crépis du rez-de-chaussée et d'électricité à l'étage avaient dû se terminer à peu près en même temps. Madeleine avait donc mis le cap sur le carrelage de la maison. De mon côté j'avais privilégié le plancher afin que ma dulcinée puisse faire les crépis du premier en toute sécurité; parallèlement à ce travail j'étais chargé de toutes les coupes de carreaux. J'en avais bavé, surtout côté grenier, avec ce maudit plancher; en effet, par souci d'économie, j'avais été obligé d'acheter un lot de parquets déclassés et malgré toute ma bonne volonté le travail n'était pas de très bonne facture; comme le disait Madeleine, en guise de consolation, "ça fait plus rustique !" Cette fois mon chantier s'était terminé avant celui de ma femme et j'avais pu attaquer la cuisine dont le carrelage était fini. J'avais donc mis en place le chauffe-eau, une hotte, crée un grand potager carrelé de blanc et posé, sur un berceau de parpaings de 10, un grand évier à deux bacs en grès blanc; le tout habillé de très beaux bois anciens. Par la suite Madeleine avait fabriqué trois portes, donnant ainsi naissance à trois placards et carrelé tout l'ensemble avec des carreaux, à l'ancienne, rouges vernissés. J'avais laissé en suspens les alimentations en eau et en gaz ainsi que les évacuations que je comptais faire en même temps que celles de la salle de bain.

La salle de bain étant également carrelée, j'avais pu mettre en place tous les sanitaires dont une baignoire de 140 qui me ferait vite oublier, du moins je l'espérais, la baignoire sabot où je n'arrivais pas à me déployer et qui était pour moi génératrice de crampes. Puis j'avais mis en place toutes mes tuyauteries, fait mes soudures à l'étain et effectué les raccordements. Il y avait bien eu quelques fuites mémorables dues à mon étourderie cyclique, mais rien de bien méchant. J'avais effectué le même travail dans la cuisine avec la conduite de gaz en plus. J'ai omis de vous dire que j'avais déjà construit un appentis de bonne taille, à l'extérieur, contre le mur de la cuisine; ce dernier abritait le bac à graisse déjà raccordé à la canalisation du puisard; ce bac je l'avais fait en prenant modèle sur celui de la "ruine" mais en beaucoup plus grand et surtout plus sophistiqué. On trouvait également sous cet appentis mes quatre bouteilles de "propane" et l'installation adéquate pour une utilisation rationnelle en toute sécurité. Après le raccordement des évacuations d'eau au bac à graisse et de la bouteille de gaz au circuit, nous avions procédé aux essais qui s'étaient montrés concluants.

Madeleine avait terminé les carrelages et les crépis sauf celui du couloir que j'avais fait au plâtre avec application à main nue; le résultat était original et assez amusant. Puis il y avait eu la pose des vitres sur portes et fenêtres et nous avions enfin pu badigeonner tous les murs avec trois généreuses couches de chaux. Nous étions parés pour l'emménagement !

Plus tard, nous avions crée, à l'étage, une seconde salle de bain beaucoup plus class que la première et qui est celle de Madeleine.

Aussitôt les travaux terminés, nous avions adressé un nouveau dossier à la Conservation des Hypothèques, qui très compréhensive, avait fait le nécessaire pour régulariser la construction auprès du cadastre. 

 

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