Un jour, le chevalier
de Rousset, village situé au pied de la montagne
Sainte Victoire, et prénommé Raymond rencontra sur
les bords de l’Arc, une jeune fille très belle dont
il tomba éperdument amoureux au premier regard. Ce
fut pour ainsi dire, un coup de foudre réciproque
car la jeune damoiselle ne fut pas insensible au
charme du beau chevalier. Son allure et sa prestance
la mirent tout de suite en émoi.
De son côté, le chevalier conquis par tant de beauté
et par la douceur qui émanait d'elle, lui demanda
aussitôt de l’épouser. Elle accepta, à la condition
qu’il ne chercherait jamais, sous quelque prétexte
que ce soit, à la voir se baigner. Il trouva cela un
peu curieux mais il y consentit tout de même, du
moment qu'elle lui donnait son cœur et sa main.
Le mariage eut lieu promptement et les années
s'écoulèrent bercées par un bonheur sans tache. De
leur union naquirent deux filles et deux garçons,
enfants d'une grande beauté eux aussi.
Or, un matin, Raymond de Rousset étourdi, entra sans
prendre garde, dans la chambre pendant que sa femme
faisait sa toilette. Il vit avec horreur et
incrédulité, un serpent monstrueux s’élancer hors de
la baignoire, franchir la fenêtre et aller se
réfugier dans les marais qui bordaient la rivière.
Nul ne revit plus jamais l'effrayante bête ni hélas,
sa charmante épouse. Mais certains habitants
racontent qu'on vit longtemps rôder aux environs du
château et sous les fenêtres des enfants, une sorte
de fantôme énigmatique. Certains témoins rapportent
également l'avoir entendu pleurer et gémir.
La femme du chevalier ne porte pas de nom dans les
chroniques anciennes qui sont parvenues jusqu'à
nous. Cependant, il semble bien qu'elle soit une
personnification provençale de le fée Mélusine, qui
hanta le domaine de Lusignan, et dont Jehan d'Arras,
à la fin du XIVe siècle, se fit l'historien.
Source
: Guide de la Provence mystérieuse - Editions Tchou
-
Texte arrangé par Nadine de Trans-en Provence.