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Macao, Cotignac, Région, Provence,
Littérature et…fantaisie !
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L'intervention parlauraine boisvert
À quelques jours de Noël, Michel Beauregard ressassait mentalement les événements qui avaient précédé son hospitalisation dans cette clinique ultrasecrète située dans un lieu tout aussi secret. Un matin, alors qu’il se rendait à son travail, il s’était senti mal, sa paupière gauche s’était fermée pour ne plus s’ouvrir. Il avait immédiatement pris la première sortie, s’était rangé sur l’accotement, saisi son portable et composé le 911. Il était ensuite devenu aveugle et un terrible mal à la tête l’avait terrassé l’empêchant de faire le moindre mouvement : « Je vais mourir, avait-il murmuré. » À trente ans, Michel Beauregard était un jeune homme d’affaires en vue. En plus d’avoir du succès dans sa vie professionnelle, il ne manquait pas de charme et avait déjà à son actif autant de conquêtes féminines qu’une vedette hollywoodienne. C’est le chef du Service de neurochirurgie, le Dr Simon Bennett qui l’accueillit à la salle d’urgence. Il constata rapidement l’état grave dans lequel se trouvait le jeune homme. Il fallait réagir rapidement, chaque minute comptait. On lui fit rapidement une angiographie qui révéla une anomalie de son cerveau côté droit. Un réseau de fines lignes en toile d’araignée s’étendaient sur toute sa partie et de petites poches apparaissaient un peu partout sur l’artère principale. —Je n’ai jamais vu ça, vous êtes un cas très rare, dit le neurochirurgien. —Mais à part cela, demanda Michel Beauregard, inquiet. —Je vais être franc et je ne vais pas passer par quatre chemins. —C’est ce que j’aime, droit au but, allez-y, je vous écoute. —À l’heure qu’il est, la médecine ne peut rien pour vous. Il ne vous reste qu’une semaine peut-être deux avec de la chance, tomba le pronostic du médecin. —Quoi! C’est impossible! Je veux vivre, je n’ai que trente ans. —Je suis désolé, mais en ce moment avec les connaissances que nous avons, nous ne pouvons vous opérer, c’est voué à l’échec. Devant l’effroyable réalité, Michel Beauregard s’effondra. Il trouvait la vie injuste, il en voulait au monde entier dont il s’était foutu pendant la plus grande partie de sa vie. Il eut un frisson d’inquiétude : la mort était-elle la fin de tout? C’est ce qu’il avait toujours cru. Il donnerait tout ce qu’il avait pour vivre encore et encore. —Je ne veux pas mourir! Cria-t-il. Une infirmière se rendit à son chevet et lui administra un sédatif. Beaucoup plus tard à son réveil, il demanda à voir le docteur Bennett. —C’est impossible, répondit l’infirmière, il est très occupé. —Dites-lui de se pointer ici, je dois lui parler de toute urgence. L’infirmière haussa les épaules et quitta la chambre. Peu avant minuit, un médecin lui rendit visite. —Je me présente : je suis le docteur Raymond Burr et je suis, tout comme le docteur Bennett, spécialiste en neurochirurgie. J’ai une proposition à vous faire qui peut, je dis bien, qui peut, vous sauver la vie ou tout au moins la prolonger. —Voilà enfin une bonne nouvelle, je vous écoute. —Il existe une opération expérimentale pour des cas comme le vôtre, mais nous devons faire vite. —C’est d’accord, dit l’homme rapidement. —Attendez, vous devez savoir que cette opération est disons particulière et qu’elle… —Que voulez-vous dire? demanda Michel Beauregard, si c’est d’argent dont il s’agit, j’en ai plus qu’il en faut. —Bien entendu, il y a un coût monétaire élevé, mais ce n’est pas tout. —Je vous écoute. —Le cerveau est composé de quatre lobes à sa surface. Vos lobes pariétaux sont en piteux état. C’est pourquoi vous ne voyez plus, mais dans quelques heures d’autres symptômes apparaîtront qui vous mèneront droit à la mort. Comme nous ne pouvons réparer la zone envahie par la toile d’araignée, nous devons l’enlever. —Vous êtes fou! Si je me souviens bien de mes notions de biologie, je ne serai plus qu’un légume! —À moins qu’on remplace cette zone. —Que voulez-vous dire? —Qu’on vous greffe d’autres lobes en santé, prélevés sur un donneur. Michel Beauregard écarquilla les yeux. Il voulait vivre, certes, mais il voulait aussi garder le contrôle de sa vie. Il posa la question au médecin. —Les lobes pariétaux sont consacrés aux sensations sensorielles, expliqua celui-ci, comme le goûter, le toucher et la douleur. Ils intègrent aussi les sons, les images et les rattachent aux souvenirs pour leur donner un sens. —Garderai-je ma lucidité? Mon intelligence sera-t-elle intacte? Le médecin n’était pas tout à fait certain du résultat puisque cette opération n’avait jamais été tentée auparavant, mais il ne pouvait laisser passer une occasion pareille. —Bien entendu, le rassura le docteur Burr. —Faites ce qu’il faut dans ce cas, ordonna Michel Beauregard. On l’avait aussitôt emmitouflé dans une couverture, étendu sur une civière et transporté Dieu sait où dans les profondeurs de la terre. La somme astronomique de deux millions de dollars fut aussitôt prélevée de son compte en banque, mais, peu lui importait, des millions, il en avait plus qu’il ne pouvait en dépenser Il était couché sur la table d’opération, une aiguille intraveineuse dans le bras, et des dizaines de fils tout autour de lui, tandis qu’un chirurgien traçait une ligne de chaque côté de son crâne rasé. —Vous n’avez pas à vous inquiéter, vous ne ressentirez rien du tout. Vous allez dormir comme un bébé. Au bout de dix longues heures, un flot d’applaudissements retentit dans la salle d’opération, signe incontestable de la réussite de cette délicate intervention, enfin c’est ce qu’on lui raconta le lendemain matin. Il fut sous observation pendant trois semaines. Étant donné son état plus que satisfaisant, on lui signifia son congé, sa vie allait enfin reprendre son cours. Michel Beauregard sortit de sa rêverie, il ne lui restait que deux jours pour faire ses emplettes de Noël. Au sortir du lit, il s’ébouriffa les cheveux, nouvelle habitude qui était soudainement apparue après l’intervention. Par la suite, il se rendit à la salle de bain où il se regarda longuement dans le miroir. Pendant un bref instant, il eut l’impression de ne pas se reconnaître. Puis il remarqua une lueur inconnue dans ses yeux noisette, il avala sa salive avec peine et quitta rapidement l’endroit. Son regard erra ensuite dans l’appartement s’attardant pour la première fois au décor sobre et classique, lui qui préférait depuis toujours des couleurs voyantes, des verts, des bleus, de cela, il en était certain. Il haussa les épaules et se dirigea vers le garde-manger qu’il ouvrit à la recherche de beurre d’arachides et de confiture de framboises, mais celui-ci était pratiquement vide. Il frissonna d’horreur en se rappelant qu’il était allergique aux arachides, et chose curieuse, il ne mangeait pour ainsi dire jamais à la maison. Quel drôle de mot pour désigner son loft ! Il jeta un coup d’œil à sa montre, 7 h 30, il avait tout juste le temps de prendre une douche, il désirait arriver au bureau tôt et éviter ainsi les regards condescendants de ses subordonnés. Les « heureux de vous revoir », les « tout va bien », etc., qui ne manqueraient pas de pleuvoir, l’agaçaient. Il avait hâte de se remettre au travail, de…soudain, l’image d’une jolie brunette au sourire franc et radieux s’imposa à son esprit ce qui provoqua chez lui un long frisson. Il était en manque de femmes, il n’y avait pas d’autres explications, habituellement, il avait des relations sexuelles fréquentes avec des partenaires belles à damner un saint. La dernière en date, d’ailleurs, lui procurait un plaisir intense, elle avait même pris du galon grâce à ses performances hors de l’ordinaire. Tina était certainement la plus jolie et la plus sexée de ses secrétaires, il ajouta à voix haute, « et la plus talentueuse », puis il éclata de rire. Il s’habilla d’un pantalon beige et d’un col roulé de la même couleur sur lequel il enfila un veston marine. Au diable la cravate ce matin, il n’en avait pas envie. Il se rendit dans le hall où un chauffeur en livrée l’attendait. —Bonjour monsieur, la voiture est prête. —Merci Charles, en route, il me tarde de reprendre le boulot. La limousine roula à vive allure pour ne s’arrêter qu’en plein centre-ville devant les bureaux luxueux de la gigantesque entreprise de finance PrêtCorp. Le chiffre d’affaires de l’année précédente faisait l’envie de tous ses compétiteurs. Michel Beauregard était un homme extrêmement riche, doué pour les affaires, mais tout à fait insensible aux gens qui l’entouraient. Adolescent, il prêtait à des taux souvent exorbitants de petits montants aux étudiants désireux de se procurer des babioles sans importance. Il les trouvait ridicules et n’avait aucun scrupule à s’enrichir à leurs dépens. Il prit l’ascenseur qui l’amena directement au 30e étage. Il fut accueilli chaleureusement par ses employés, et, bizarrement, cela lui fit chaud au cœur. Il se dirigea ensuite à son bureau où Tina ne tarda pas à le rejoindre. Cette belle blonde plantureuse dotée d’atouts exceptionnels attirait le regard des hommes et aucun n’y était totalement indifférent : curieusement, ce matin, cela le laissa froid. La belle blonde demeura stupéfaite, mais elle n’allait abandonner, pas si facilement, elle s’avança et glissa les mains autour de son cou. —Qu’y a-t-il mon chéri, tu n’as pas oublié nos folles nuits d’amour? Un timide souvenir émergea de sa conscience pour disparaître presque aussitôt et ne lui procura qu’un léger tressaillement, aucune comparaison possible avec cette jeune femme mystérieuse qui avait surgi de ses pensées et hanté sa nuit. —Je n’ai pas la tête à ça Tina, retourne travailler. —D’accord, acquiesça-t-elle en affichant une mine boudeuse. Elle quitta le bureau en ondulant des hanches. Tout en haussant les épaules, Michel Beauregard s’assit derrière son immense bureau géorgien et encore une fois ne se reconnut pas dans ce décor austère. Il saisit son bloc note et dessina un croquis qui le fit sourire. —Voilà comment je vois les choses, murmura-t-il. Il saisit le combiné de téléphone et pianota. Il demanda à sa secrétaire de lui dénicher une décoratrice. Elle le fit répéter deux fois. —C’est que…je…mais monsieur… —Qu’y a-t-il? Le message n’est pas clair? —Oui, mais…c’est que vous venez tout juste de terminer la déco. Ce n’est pas à votre goût, quelque chose cloche? Michel Beauregard demeura un instant sans voix. Que lui arrivait-il? Effectivement, il se rappelait avoir demandé expressément un décor sobre et épuré. —J’ai quelques changements à apporter. —Oui, oui, bien entendu, je contacte madame Paré immédiatement. Il raccrocha et se mit au travail sans grande conviction. Il était 18 h lorsqu’il décida de rentrer. —Vous partez déjà, Monsieur? S’enquit la jolie blonde. —Hum…oui, je rentre, vous devriez en faire autant Tina. —Si vous insistez, puis elle lui sourit d’un sourire sans équivoque. —Chacun chez soi, crut-il bon de préciser. Le sourire de la jeune femme disparut instantanément, mais il n’en avait cure. Pendant la nuit, une suite d’images inconnues revint le hanter. Il se revit en compagnie de cette jeune femme dans une vieille demeure au décor romantique, elle lui prit la main et sa voix mélodieuse résonna : « Le véritable amour n’a rien à voir avec les fleurs, les cadeaux hors de prix, c’est plutôt être là pour l’autre, le soigner lorsqu’il est malade, tolérer ses défauts. » Il se réveilla en sursaut. Ce n’était qu’un rêve se répéta-t-il à trois reprises. Il s’ébouriffa les cheveux. Le lendemain matin, il appela l’hôpital et demanda à parler au docteur Burr. —Je ne comprends pas, il n’y a pas de docteur Burr dans cet établissement, vous devez faire erreur. —Non, je ne fais pas erreur, c’est plutôt vous qui faites mal votre travail. —Monsieur, je vous assure qu’il n’y a aucun médecin de ce nom chez nous. —Passez-moi le docteur Bennett. —C’est impossible, il est actuellement en salle d’opération, mais je vais lui faire le message. Il raccrocha furieux et, sous le coup de l’impulsion, décida de se rendre directement à l’hôpital. Il patienta deux bonnes heures avant d’apercevoir le docteur Bennett regagner son bureau. —Docteur! Appela-t-il. Le médecin se retourna et la surprise se peignit sur son visage. Il se souvenait très bien de ce jeune homme rencontré aux urgences. Quelques examens avaient suffi pour se rendre compte qu’il était condamné, pourtant, il était en face de lui et semblait bien portant. —Docteur, je dois vous parler. —Comment est-ce possible? Vous êtes le jumeau de Michel Beauregard, j’imagine! —Non, je suis Michel Beauregard. Le médecin demeura bouche bée quelques secondes devant l’invraisemblance de la situation. —Suivez-moi à mon bureau, dit-il, calmement malgré le choc que lui causait la vue de l’homme d’affaires connu. —Écoutez j’aimerais rencontrer le docteur Burr, celui qui m’a opéré. Son interlocuteur haussa les sourcils. —Je ne connais aucun docteur Burr et vous n’avez pas été opéré. —C’est ridicule, vous avez vous-même ordonné mon transfert. —J’ai accepté que vous retourniez mourir chez vous en compagnie de votre famille et de vos amis. —Je sais qu’on m’a opéré, j’en porte les marques. Le médecin se leva et saisit une loupe, puis regarda attentivement le crâne de Michel Beauregard. —Je ne vois rien de plus que la dernière fois. Il y a bien une marque, mais vous l’aviez à ce moment. Vous m’avez même dit que cela remontait à votre enfance, un accident de vélo, je crois. Michel Beauregard regardait le médecin, hébété, il ne comprenait rien à cette histoire. —J’étais condamné, vous vous souvenez? Si je n’ai pas été opéré comment se fait-il que je sois devant vous? —La médecine n’a pas toujours d’explications rationnelles, la guérison est un domaine encore bien mystérieux. Parfois, on parle de miracles, c’est peut-être votre cas. Michel Beauregard quitta l’hôpital, dérouté. Pendant les deux jours suivants, des images inconnues l’assaillirent de nouveau et sans relâche. Alors qu’il rangeait quelques documents dans sa bibliothèque, il se vit petit en compagnie de ses parents dans un endroit inconnu, une ferme probablement, car il y avait beaucoup d’animaux, particulièrement des chevaux : il en conclut qu’il devait s’agir d’un ranch. Du coup, il saisit l’album de photos rangé non loin de là. Muet de surprise, il n’arrivait pas à détacher son regard de la photo prise juste avant l’accident qui avait coûté la vie à ses parents. Il n’y avait aucun doute, la date figurait à l’endos de celle-ci. Ses parents étaient tous les deux décédés alors qu’il n’était âgé que de six mois. Tout cela n’avait aucun sens, que lui arrivait-il? Était-il en train de devenir fou? —Mais qui suis-je? Une petite voix retentit au fin fond de son cerveau : prends tes affaires et rentre chez toi. Michel Beauregard se précipita à la salle de bain et contempla son reflet dans la glace. Doucement, presque à voix basse, il se mit à parler : —Me revoilà, j’arrive mon amour. Michel Beauregard secoua la tête pour faire disparaître ce chatouillement à l’intérieur de son crâne. Les idées se bousculèrent dans sa tête, on aurait dit qu’elles se faisaient la lutte pour habiter l’espace disponible. Les souvenirs de sa vie s’évaporaient à mesure qu’il y faisait à appel. L’horreur de la situation le frappa soudain. Les lobes implantés dans son cerveau prenaient le dessus sur ses propres souvenirs pour les remplacer par ceux du donneur. Jusqu’à cet instant, il ne savait pas à quel point il avait détesté sa vie, à commencer par ses nombreuses conquêtes féminines tout aussi vides de sens les unes que les autres. Il y avait tant de choses qu’il désirait davantage en ce moment que le succès dans ses affaires ou encore la notoriété publique dont il jouissait. Dans les semaines qui suivirent, il prit la décision de quitter la ville et de s’établir en campagne, idée qui fut jugée complètement folle par ses amis, mais, c’est bien connu, les millionnaires sont souvent excentriques. Son choix s’arrêta sur une petite fermette située à plus de deux cents kilomètres de la ville. C’est là qu’il fit la connaissance de sa voisine, une jolie brunette récemment veuve d’un éminent chercheur du nom de Raymond Burr. |