Installation
définitive à Macao
L'huissier
de Cotignac, sollicité par les propriétaires, s'était dérangé en personne
pour nous signifier notre congé. Nous avions été surpris par la soudaineté
de la situation mais cela nous arrangeait plutôt car on allait faire l'économie
d'une location et cela nous permettrait de retrouver un certain équilibre mental
qui commençait à nous faire défaut. La perspective de vivre enfin chez-nous,
même dans des conditions spartiates, me réjouissait particulièrement. Le seul
inconvénient était l'obligation de descendre à Cotignac matin et soir pour
conduire et rechercher Jean-Baptiste à son car scolaire; évidemment c'était
plus ennuyeux les mois d'hiver car il faisait nuit.
J'avais
mis à profit ces deux mois pour creuser les tranchées d'adduction d'eau et
d'alimentation électrique entre la ruine et la station de pompage; ce n'était
pas une mince affaire car à cet endroit la roche est à fleur de terre; barre
à mine et burins avaient été mis à l'ouvrage une fois de plus; bien
qu'handicapé par les ampoules qui fleurissaient sur mes mains comme les
pissenlits au printemps, j'avais réussi à couvrir la faible distance avec succès.
Dès lors passer la tuyauterie "Plymouth", le câble électrique et
combler les saignées avait été une simple formalité. Il me fallait aussi bâtir,
sous terre, un abri maçonné d'environ un mètre cube tout autour du forage;
une buse partant de cette construction devait, toujours sous terre, aboutir à
l'intérieur du local technique pour le passage des tuyaux; enfin il avait fallu
fabriquer une dalle de béton pour recouvrir l'ensemble. Je ne vous ferai pas
l'injure de vous parler de toutes les difficultés rencontrées car vous allez
encore penser que j'adore me plaindre !
J'étais
également arrivé à un accord avec une boite de Draguignan qui était venue
pour m'installer le complexe de pompage dont la pompe immergée, les deux
surpresseurs à vessie de 300 litres chacun et l'armoire électrique. Tout avait
marché comme sur des roulettes; il n'y avait pas de fuite et les robinets de la
"ruine" s'en étaient donnés à cœur joie. Il me semble que ce soir
là on avait sabré le champagne à l'appartement.
Comme
il n'y avait pas suffisamment de place dans la ruine et que nous voulions
conserver un minimum d'intimité il avait été décidé que Jean-Baptiste irait
provisoirement dormir dans la station de pompage; cela n'avait pas eu l'heur de
lui déplaire car à cet âge là on a soif de liberté et d'indépendance.
Le nécessaire avait été fait afin le fiston puisse s'éclairer et brancher un
radiateur électrique; l'intérieur du toit avait été isolé avec des plaques
de polystyrène et je m'étais montré particulièrement généreux avec les
couches de chaux; dernier détail Madeleine avait installé un gros rideau
double devant le petit fenestron.
Les
rares fois où Madeleine ne montait pas à Macao pour déjeuner avec moi, je
descendais à Cotignac pour prendre mes repas et j'en profitais pour déménager
tout ce qui n'était pas indispensable à l'appartement pour le déposer dans la
"ruine" où ma compagne le dispatchait selon ses désirs. Le reliquat
de nos meubles avait été stocké chez amis à Cotignac.
Côté
propriétaire, connaissant bien mes oiseaux, il n'était pas question de régler
le loyer des deux mensualités à courir car je savais très bien qu'ils
trouveraient toujours une bonne raison pour ne pas nous rembourser nos deux mois
de caution. Leur réaction avait été virulente mais une allusion, de ma part,
à un futur procès avait calmé le jeu et depuis on jouait à cache cache pour
éviter les heurts. Le dernier jour, ils avaient refusé de me rendre un bahut
ancien entreposé dans leur remise; c'était un baroud d'honneur car
l'intervention d'un ami du village avait vite fait céder ces olibrius à qui
nous avions remis les clefs.
C'est
ainsi que nous avions passé le premier mai 1983 dans notre maison et dans
nos meubles. Je me souviens très bien avoir offert à Madeleine un gros pot de
muguet avec racines; quelques jours plus tard il avait été transplanté par
les bons soins de notre experte aux mains vertes et depuis il prolifère dans un
petit massif contigu à la "ruine".
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