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Macao, Cotignac, Région, Provence,
Littérature et…fantaisie !
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La bugado (par J. Larguier) Quelques années avant la guerre de 40, je n'étais pas bien grand, mais j'ai souvenir que ma mère, mes tantes et ma grand-mère faisaient "la bugade" deux fois l'an, au printemps et à l'automne. Il faut dire que dans mon village il n'y avait pas l'eau au robinet, quelques rares fontaines coulaient par ci par là et qu'un seul lavoir ne contenait pas toutes les "bugado". C'est pourquoi ma grand-mère allait laver au ruisseau de Grisole ou de Maufatan, suivant la saison. On partait au bon du jour sur le "carretoun" tiré par Coquet, le petit cheval de ma mémé, pour se rendre sur place avec des bassines remplies de linge sale. Les "bugadières" à genoux dans des caisses faites exprès, bourrées de paille, battoirs en main, faisaient sortir le plus gros du linge le plus sale au savon de Marseille, et mouillaient le moins sale : on appellerait ça aujourd'hui un "prélavage". On remettait sur le "carretoun" les bassines de linge mouillé et on rentrait à la maison. On commençait à faire chauffer de l'eau dans le "peirroù" sur le feu de bois dans la cheminée; pas très loin le "tinèu" qui avait un trou en bas sur le côté du cylindre était d'abord rempli avec les draps de lit en toile de lin, les chemises des dames rêches et raides comme la justice, puis le petit linge de corps et de dessous, mais uniquement du linge blanc; (six mois de linge sale, vous voyez ça d'ici ! Il est vrai qu'à l'époque on ne se changeait pas tous les jours). Par dessus tout ça on posait le "flourié" en le laissant déborder sur le pourtour du cylindre et pour toucher le linge. Dans le "flourié" on mettait un ou deux "ferrat" de cendre de bois tamisé bien fin et là-dessus on versait de l'eau de plus en plus chaude pour dissoudre la cendre. Ce "lessif" passait au travers du linge en enlevant la saleté et était récupéré dans un "ferrat" sous le trou du "tineu" à demi bouché par une "estrasso" pour que ça ne coule pas trop fort. Le manège durait toute une journée en surveillant le "ferrat" pour pas qu'il verse et le "lessif" était reversé dans le "peirou" pour le réchauffer. Au fur et à mesure le "lessif" se salissait de plus en plus en passant au travers du linge jusqu'au moment où ma grand-mère disait "Aro `nià proun". On laissait alors refroidir la "bugado" et le lendemain matin s'il faisait soleil on rechargeait les bassines sur le "carretoun" et on allait rincer et "baceler" au ruisseau. Sitôt rincé on étendait le linge bien blanc sur l'herbe bien verte et sur les buissons alentours. A midi, suivant la saison, on mangeait une brouillade de "pommes d'amour" ou une omelette de "cèbo" avec du pain et des olives noires. Avant la tombée du jour on rentrait à la maison. Le linge bien blanc, bien sec, bien plié et qui sentait le propre était rangé dans les armoires avec des bouquets de lavande. Eh oui! Nos parents faisaient la "bugado" en trois jours et rinçaient toujours à l'eau froide. Après tout ça, croyez-moi, ils n'avaient pas besoin de pilules pour s'endormir. Et les voisins disaient de ma grand-mère Félicie : "elle est tellement propre qu'elle laverait l'eau". Quelques traductions : Bugado : lessive, (faire la lessive) Peirou : chaudron, souvent en cuivre Tineù : récipient cylindrique en zinc de plus de 100 litres avec un double fond en planches pour qu'il soit plus solide et un trou ou un robinet sur le côté Bugadièro : lavandière, femme qui fait la lessive Flourié : gros drap très épais en lin Ferrat : seau en tôle galvanisée Aro`nià proun : maintenant y en a assez Carretoun : petite charrette Baceler : frapper (ici avec un battoir) Poumo d'amour : tomate Cèbo : oignon. ************ "La musico dei tuve" ( par Piou) Au pied du rocher, d'un ensemble artistique qui tarde à varier son répertoire, on disait (on dit encore) en plaisantant : "A coumo la musico dèi tuvé" "La musico dèi tuvé", soulignons-le au passage, a bel et bien existé. Sa fondation remonte au début du précédent siècle et elle fit des années durant les beaux jours du Cotignac d'avant 14. Ses créateurs se nommaient : Auguste Abeille, le populaire "Gute", contrôleur vigilant du Casino-Cinéma, Blaise Montesano, artisan maçon et pince sans rire rempli d'humour et Victor Roux (mon oncle) Ce trio, excellents instrumentistes, formait le pivot de cette phalange... Pivot d'une valeur à toute épreuve. Ce qui était fort heureux, les autres membres de ce groupe (une vingtaine environ) jouant de routine ou en connaissant à peine les rudiments du solfège. Mais elle fonctionnait à plein cette "musique". La bonne volonté de tous suppléant à l'ignorance des notes. Au gré des souvenirs, citons quelques-uns des exécutants qui exerçaient leur art, dans les rangs de cette fanfare unique en son genre. Charles Thivolle, le bassiste, disait à son ami Blaise (en Provençal bien sûr) : "Écoute ces sons" après avoir tiré de son cuivre une suite de notes, qu'il eut été incapable de situer sur la portée. Justin Poupet, le brave " Tèi ", à l'alto, possédait lui, de maigres notions de base, ce dont il n'était pas peu fier. Jules Rigaud, le toujours souriant " Miette " tâtait du cornet à piston et " Nénè " Gras, le tonnelier de la Place Neuve, soufflait dans la clarinette. Quand elle se produisait en public, lors des fêtes et manifestations diverses, " la musico dèi tuvé " ne disposait que d'un programme des plus restreints. Celui-ci se limitait à... un seul et unique morceau. " Tra la, la la la la la lalère ". Et quand c'était fini, c'est simple... on recommençait, sans se lasser. " Chef, quelle jouons-nous ? " demandaient les musiciens imperturbables. " La même " répliquait le plus sérieusement du monde Monsieur Rouvier, le cordonnier, qui faisait office de maestro. Vous pouvez penser que ce manque d'éclectisme aurait pu, un jour, ennuyer les bonnes gens du village. Eh bien, pas du tout. Chacune des sorties de la " Musico dèi tuvé " soulevait un enthousiasme général et jamais on ne fut saturé de cet air sautillant, répété à l'infini. C'était une époque où l'on n'était pas exigeant, cela dans tous les domaines. On savait se contenter de peu et ce n'était pas si mal. Malgré leurs minces savoirs en la matière, ces hommes au cœur débordant de passion pour leur cause, unis dans un effort louable et généreux, avec pour seul souhait d'apporter de l'animation à leur village, d'en distraire les habitants, étaient arrivés à mettre au point une réalisation plus que valable. Ils avaient eu la foi et le feu sacré, en fidèles disciples de la muse Euterpe et de Sainte Cécile. Hélas ! La Musico dèi tuvé ne devait pas survivre à la grande guerre. Plusieurs de ses " piliers " tombèrent au champ d'honneur. Et pour plagier le vieux proverbe, " le combat cessa, faute de combattants ". En l'an 1951, à l'initiative de Francis Requin, Léon Garnier et Pierre Roux, un émouvant hommage fut rendu aux survivants de la Musico dèi tuvé. Sous la houlette de Francis Requin, les jeunes de la Lyre de Cotignac s'en allèrent donner l'aubade à leurs aînés. Les anciens se montrèrent fort sensibles à cette attention délicate. Sous leurs fenêtres, " les petits " détaillaient avec entrain le refrain d'autrefois... Tra la la la la la lalère. Et les derniers flons flons de s'éteindre à jamais. ************ Le vin A la fin du XVIIIème siècle, les vins de Provence n'avaient pas très bonne réputation. Les conditions de vinification laissaient souvent à désirer. Béranger-Féraud, dans ses soirées provençales, dit en 1796 : "Les uns saupoudrent le raisin de plâtre ou de chaux vive, et cela dans la proportion d'un sac par tonneau Les autres jettent au fond de la cuve une mixtion de colombine et de poudre de moutarde (pour faire levain). Certains n'hésitaient pas à provoquer plusieurs fermentations successives. "l'opération de la nature est troublée quatre ou cinq fois. La cuve s'emplit de vapeurs mortelles, il faut fuir, et l'on ne peut revenir que lorsque le vin, trop chargé de couleur, et rendu acerbe et dur par la macération de la grappe, n'est plus bon qu'à gratter le palais des muletiers ou des matelots."
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Lei subre-noum ( par Maryse Pebre et Monique Rieupouilh ) Si, aujourd'hui, vous demandez votre chemin pour vous rendre chez "lei Manjo-boudin" tout en précisant que vous devez impérativement passer chez "lei Candeloun", vos propos risquent de paraître pour le moins farfelus. Et vous devrez errer longtemps pour trouver Draguignan en passant par Brignoles ! A moins d'avoir la chance de rencontrer " un ancien ", un de ces initiés qui, dans le passé, désignaient les gens des villages voisins par un sobriquet, un surnom parfois difficile à porter. Il faut avouer que chacun s'en accommodait en gratifiant à son tour ses voisins de clocher d'un autre qualificatif bien pesé. Ainsi, on appelait les gens de Claviers "lei Manjo-nuco". Or le mot nuco désigne en provençal la tête des animaux de boucherie ! Qui donc dévorait le reste de l'animal ? Les habitants du Luc possédaient deux surnoms : "lei Buv ' òli" et "lei Devinaire". Buveurs d'huile d'olive, les Lucois semblent ainsi tous apparentés au personnage légendaire et naïf de leur cité. Aimaient-ils tant se baigner ou étaient-ils toujours trempés de rosée que les gens d'Ollioules étaient appelés "lei Bagna" ? Comme ils adoraient aussi danser, on leur préférait parfois le nom de "lei Dansaire". Qu'ont donc fait les habitants de Monfort pour être surnommés "lei Marfoundu" ? Se morfondaient-ils parce qu'ils n'avaient pas le privilège de s'amuser autant que les pêcheurs de lune de Correns, "lei Pesco-luno" ? On appelait les Raphaëlois "lei Mourre-blanc", tout comme les Fréjussiens qui, non contents d'avoir le museau blanc, étaient des misanthropes puisqu'on les nommait aussi "lei Gousto-soulet". Dans les surnoms relatifs à la cuisine se trouve celui des habitants de Saint-Tropez, "lei Manjo-daubo". Ces mangeurs de daube étaient aussi "lei Bravadaire". Quand aux gens de La Motte, on disait qu'ils ne pensaient qu'à manger ! De la salade jusqu'au fromage ils ne semblaient pas s'arrêter puisqu'ils étaient surnommés "lei Manjo-salado" ou encore "lei Manjo-broussin". En ce qui concerne les surnoms traitant de la nature, on sait que le sous-sol de la Roquebrussanne et ses alentours regorgent d'eau, de sources. Est-ce pour cela qu'on nommait ses habitants "lei Sorcié" ? La forêt entoure le village de Collobrières. Ici, dans cet endroit assez humide, la mousse se plait à pousser sur les arbres et les murs. On devait assimiler les habitants à cette mousse puisqu'on les appelait "lei moufu". Si les gens des Mayons étaient nommés "lei Sauto-brugas" en raison de la bruyère qui se trouve en abondance dans la région, il devait bien exister quelques chemins, et les Mayonnais n'étaient tout de même pas obligés de sauter les bruyères tels des lapins pour se déplacer ! Enfin, on attribue aux habitants de Garéoult le surnom de "lei Nebla", les nébuleux. Sont-ils distraits ces gens là ? Est-ce parce que l'eau se trouve partout dans le pays de Garéoult ou encore que la vapeur qui monte en nuages de l'Issole les enveloppe jusqu'au sommet du crâne ?
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