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Macao, Cotignac, Région, Provence,
Littérature et…fantaisie !
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Par paul jolit
Le petit jour entra dans la pièce. Selon son habitude, elle se leva aussitôt. Les heures fixes régulaient le cours de sa vie. Il eût d’ailleurs fallu plus qu’un séisme pour bouleverser l’ordonnancement de ses jours. Comme chaque matin, elle était en retard. Les excuses ne manquaient pas, dès lors qu’elle était placée devant le fait accompli. Le patron s’en accommodait sans trop d’aigreurs, ni de rancœur et sa bonne volonté n’était jamais à court de subterfuges. Le moment venu, il aurait toujours l’occasion de lui faire des avances qu’il espérait, sans trop se faire d’illusions, méritées. Elle travaillait déjà depuis deux heures quand il la convoqua dans son bureau. Le battement mécanique de sa montre ne faisait qu’accroître sa nervosité ou plutôt sa contrariété. La porte, en se refermant, fit vibrer l’air de la pièce. Elle se maîtrisa, bien que se sentant prise en faute. Dehors, une voiture s’engouffra dans la rue. Pas de radio pour une fois, mais un vrombissement sans fin. La neige tombait depuis cette nuit. Quoi de plus naturel que de songer à une congère prenant dans l’étau de ses mâchoires les roues frémissantes d’impatience. Un rire s’éleva, puis deux. En fait, rien d’autre qu’un exercice de drague dans les règles de l’art.
- « J’ai à vous parler. Bon, asseyez-vous. Vous connaissez mes sentiments à votre égard. Bonne employée, un tantinet oublieuse des horaires… Enfin, passons. » Le silence s’épaissit un cours instant. Elle rajusta sa jupe qui faisait un faux pli, puis elle oublia le cadre. Un brusque mouvement de son patron la ramena à la réalité. Oh non, pas de l’agacement devant sa distraction. Il devait faire vite. L’avion partait dans une heure, et son rendez-vous, prévu de longue date, ne pouvait être annulé. L’Autriche l’attendait. Un fin sourire errait sur ses lèvres. Finalement, il lui tendit une lettre. -« Vous y trouverez toutes les instructions. Ne me décevez pas. Sachez toutefois que vous pouvez toujours me joindre. Mon téléphone de fonction est à votre entière disposition ». Il alluma une cigarette, observa son air interloqué et lui dit finalement : -« Vous y arriverez, pas de soucis ». Sur ce, elle se leva et sortit sans demander son reste, comme angoissée à l’idée d’une entourloupe manigancée par le patron et destinée à la couler aux yeux de ses collègues. La pendule marquait onze heures trente lorsqu’elle sortit. Sa voisine, les yeux encore absorbés dans son travail, la regarda longuement. Une fois ses marques prises dans la réalité, elle lança : - « Et il te voulait quoi ? C’est pas mon cul qui le ferait fantasmer. J’attends toujours ma promotion ! » Elle ne prêta pas attention à ces paroles. Elle avait toujours senti beaucoup de jalousie chez cette personne. La concurrence était rude, du moins dans l’esprit de cette dernière. Aussi prit-elle soin d’ouvrir le tiroir pour y déposer la lettre, histoire de ne pas faire jaser. Et elle se remit au travail.
Quand vous lirez cette lettre, La poudre d’escampette Déteindra sur vos yeux. Les regards de la Bête Poursuivront les passants Dans vos moindres gestes. Tout ne sera qu’un feu De paille sans vedette. Vous verrez l’innommable Prendre à témoin le dieu Des joyeuses retrouvailles. En déployant la gamme De vos talents déçus, Vous goûterez l’ivresse. La promesse des nues S’allie à ma faiblesse. Vous trouverez la clef Sans autre permission Que la joie d’être née. La mort rendra raison.
Evidemment, se dit-elle, il a pensé à tout, jusqu’à la touche finale. Si j’étais contre un mur, je ne penserais pas mieux. Enfin, vive les énigmes ! Ca change faute de mieux. Combien d’années jusqu’à la retraite ? De toute façon, j’aurai jamais mon compte et à moi la fameuse pension de cigale !
Le repas s’éternisait. Son amie avait beau l’entretenir de sa dernière aventure et la distraire de son mieux, le repas n’en finissait pas d’aller de rebondissement en rebondissement. La succession des plats l’ennuyait. Un sandwich lui aurait suffi amplement. Mieux encore : se retrouver seule dans son petit appartement avec un bon polar et une longue soirée à occuper. Plus le temps avançait, plus elle se sentait en rade, vaporisée par mille centrifugeuses à des années-lumière de là. La lettre l’obsédait. Pas de discours vantard dans ce billet, juste des termes obscurs à remettre en ordre. La soirée avançait. Prise soudain d’un vertige comme convenu exprès, elle se retira, s’excusant moultement et refusant toute aide.
La nuit lui ouvrit ses portes à la sortie du restaurant. Elle flâna quelques temps devant les vitrines. Les réverbères éclairaient par intermittences les rares gouttes de pluie qui tombaient. Elle accéléra son pas. L’envie lui prit de courir dans la nuit froide et nue. La lune ne paraissait pas. Arrivée au carrefour, elle tourna à gauche. Une remontée de lait tiède la fit hoqueter. Elle s’arrêta, scruta les alentours et engagea sa clef dans la serrure. Un brusque élan la propulsa au milieu de l’entrée. Son mari devait dormir à cette heure. Les échos lointains d’une aurore improbable scintillèrent dans sa tête. Elle retint son mouvement au moment de claquer la porte. Non, décidément, le soleil de sa vie brillait sous d’autres cieux. Le bout incandescent de sa cigarette lui brûla les doigts et tomba devant ses pieds. La vraie vie, je la cherche, mais j’aime pas qu’on m’emmerde, pensa-t-elle. Une étoile filante passa en travers de ses rêves. La poudreuse recommençait à battre des paupières. Elle eut juste le temps de voir papilloter une lampe, puis elle s’effondra morte. |