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Danses provençales

D’origine rituelle ou
populaire, enrichies par l’apport des Maîtres de Danse de l’armée qui ont exercé
leur art jusqu’en 1870, la danse provençale présente une réelle technicité, ce
qui en fait sa caractéristique, son charme et sa valeur. Au fil des ans, ce
répertoire s’est diversifié, transformé et, lentement, est devenu celui que nous
connaissons.
Enchaînées à la suite ou regroupées sous forme de tableaux se rapportant au même
thème (tel que celui de la mer, de la moisson ou du carnaval), nous vous
proposons de redécouvrir ces danses, dont certaines sont de notre composition.
En voici quelques exemples...
Le Branle de Saint Elme
Le feu de St Elme, phénomène bien connu des marins, leur annonce l'approche ou
la fin d'une tempête. Jusqu'à la révolution, les marins marseillais ont placé
leur corporation sur le vocable de St Elme.
Le branle de St Elme se dansait à Marseille chaque fois qu'un nouveau bateau
était mis à l'eau. Les plus beaux pêcheurs et les plus accortes poissonnières,
accompagnés de tambourinaires et de bachas, faisaient le tour de la ville sous
la direction du chef de la Prud'homie. Les danseurs exécutaient le branle autour
de la barque et jetaient des fleurs sur le bateau que le prêtre bénissait.
Ensuite, le patron offrait un festin où figuraient les Tourtihado (gâteau à
l'anis en forme de couronne) à tous ceux qui participaient ainsi aux vœux formés
pour la nouvelle embarcation.
Cette danse utilise le symbole de l'encerclement en faisant du bateau un objet
sacré, en cherchant à projeter sur lui, par l'ambiance favorable dont elle
l'entoure, des influences bénéfiques.
Les Cordelles

C'est certainement la danse folklorique la plus répandue en Provence et la plus
ancienne. Au départ, le mât représentait un arbre cosmique qui reliait le ciel
et la terre par des rubans multicolores. Une autre explication possible est la
représentation du soleil dont les rubans symbolisent les rayons.
Quoi qu'il en soit, on ne peut ignorer son sens rituel : la marche sinueuse des
danseurs dessinant un serpent symbolise la fécondité, le mât levé vers le ciel
est signe d'offrande et l'encerclement un signe de fertilité. Au Moyen âge, avec
l'institution des corporations, on a cru qu'il s'agissait d'une danse imitative
du métier de cordier et on lui adapta des paroles sur le tressage de la corde.
Les Fileuses

Le thème du fil a suscité une foule de mythes, de rituels et de superstitions.
Sachant qu’au motif lier-délier était attribué une action sur la vie cosmique,
la danse des Fileuses est vue comme une danse magique, devenue plus tard danse
de brigue amoureuse, où un jeune homme courtise plusieurs jeunes filles à la
fois qui parviennent à l’encercler dans un réseau inextricable.
On retrouve cette danse sous une autre forme, à l’époque du Carnaval, mais elle
évoquera cette fois-ci la répulsion des forces du Mal, par le bruit des grelots
et les cris incessants.
La Mazurka

La Mazurka n'est pas à proprement parlé une danse issue du folklore Provençal.
C'est une danse d'origine polonaise qui s'est répandue en Europe au milieu du
19ème siècle, comme la polka ou la valse. Cette danse s'est conservée en
Provence grâce aux mazurkas chantées de Charles Rieu, félibre Provençal.
A la marge de notre folklore, celle que nous vous présentons se danse sur l'air
de la mazurka de St Andiol.
Les Filles de Marbre

C'est une danse très ancienne dont la reprise dans une pièce de théâtre de 1850
: "Le Ballet des Filles de Marbre", a été tellement popularisée que finalement
le nom de la pièce a prévalu pour désigner la danse. Son air fut vite adopté
dans les salles de danse des régiments de l'armée, si bien que curieusement
seuls les hommes la dansaient. Aujourd'hui, cette danse est indifféremment
interprétée aussi bien par les filles que par les garçons.
Les danseurs forment un cercle ouvert dont ils regardent le centre. Mains sur
les hanches, ils se déplacent de gauche à droite et chacun avance à son tour
vers le centre, en faisant l'enchaînement de pas qu'il réussit le mieux. Entre
chaque solo, l'ensemble des danseurs reprend le pas du début.
La Farandole

Danse en chaîne ouverte, elle est très répandue dans le bassin méditerranéen
depuis l’antiquité. En Provence, elle se déroule spontanément dans les villages,
aux jours de fêtes, pour exprimer l’exubérance et la joie de vivre du peuple.
C’est véritablement la danse nationale des Provençaux.
Les maîtres de danse, de retour au pays la stylisèrent et créèrent la farandole
classique, aux pas très variés, pour organiser des concours. Si la farandole
perdit ainsi de sa spontanéité, ces maîtres de danse eurent le mérite de garder
ses figures rituelles : le balancement des bras, la spirale, le serpent, le
passage sous l’arc formé par les bras des danseurs ; autant de symboles de
fécondité se rapportant au mythe de l’éternel retour du printemps
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La Farandoulo et la Danse des Olivettes
(D'après un article paru en 1836)
A la belle saison, chaque village, chaque hameau de Provence a son jour de fête.
Plusieurs jours à l'avance, une vingtaine de jeunes tambourinaires vêtus de
blanc, leurs chapeaux et leurs instruments ornés de rubans aux mille couleurs,
parcourent les villes en proclamant le nom de l'endroit où la fête doit se
passer le dimanche suivant. Le jour venu, on voit une foule de curieux et de
danseurs à pied, à cheval et en voiture, courir avec une avidité sans cesse
renaissante vers le bienheureux village où se dérouleront les festivités.
Il est impossible de se figurer ces réunions où se mêlent et se côtoient le
riche et le pauvre, la villageoise et la dame parée de tout ce que l'élégance et
la mode peuvent enfanter de plus séduisant, tous animés d'une joie commune et
délivrés de tout ce que l'étiquette entraîne avec elle de gêne, de raideur et
d'ennui. La salle de bal, dressée sur la place publique, est décorée, sinon
toujours avec goût, du moins avec une certaine recherche ; les fleurs et le
feuillage y sont surtout employés. En acquittant le prix de la contredanse,
chaque cavalier reçoit en échange un paquet d'épingles qu'il s'empresse d'offrir
à sa danseuse, celle-ci ne doit pas le refuser, c'est la coutume.
Outre ces réunions d'été, les Provençaux n'ont garde de laisser échapper toute
autre occasion de se divertir et de donner libre cours à la gaieté de leur
caractère. La vente des troupeaux, la moisson, les vendanges, la récolte des
fruits secs et la cueillette des olives, etc... tout sert de sujet ou bien
plutôt de prétexte à des réunions presque continuelles.
Les fêtes sont ordinairement terminées par la bruyante farandoulo (farandole). A
un signal donné, les tambourinaires jouent un air vif et pressé. Aussitôt tout
ce qu'il y a de danseurs et de danseuses dans le bal se réunissent et forment
une longue chaîne. Un habile conducteur se place en tête et conduit le reste de
la bande dans mille détours ; tantôt levant les bras, il oblige toute cette
foule dansante à passer dessous ; et tantôt, par un retour subit, il prend
brusquement la chaîne en queue, il la traverse malgré les efforts des danseurs
qui, liés par les mouchoirs qui enveloppent leurs mains, ne doivent pas se
laisser séparer. Cette lutte provoque à chaque instant des explosions de rires
gais et joyeux. On croit que cette danse fut importée en Provence par les
Phocéens, qui, longtemps avant notre ère, vinrent fonder la colonie de
Marseille. Il est certain qu'elle se retrouve en Grèce et particulièrement dans
quelques-unes des îles de l'Archipel.
A l'époque de la récolte des olives, l'une des productions la plus précieuses et
la plus importante du pays, toutes les communes sont dans l'usage de se réunir
successivement et de célébrer des jeux et des fêtes dont on ne peut guère
expliquer aujourd'hui l'origine et la singularité. Une vingtaine de jeunes gens
costumés à la romaine, le casque en tête et le glaive au poing, marchent sur
deux files, précédés de nombreux tambourinaires et de quatre personnages qui
représentent un roi, un prince, un héraut et un arlequin.
La musique joue tantôt un air vif et léger, et tantôt une marche grave et
solennelle, selon les évolutions que le héraut fait avec sa canne, tandis que
l'arlequin le contrefait de la manière la plus bizarre et la plus grotesque qui
soit. Puis on s'arrête, et les danseurs en frappant leurs armes en cadence
simulent un combat. Le roi et le prince en viennent aussi aux mains, et se
battent avec la plus grande impétuosité jusqu'à ce que les guerriers, satisfaits
de la valeur et du courage de leurs chefs, battent des mains, poussent des cris
de joie, éclatent en rires immodérés et recommencent leur marche et leur danse
qu'interrompt bientôt un nouveau combat.
Sources :
Mourgues M. (La danse provençale, Marcel Petit C.P.M, 1985)
Nadine de Trans-en-Provence (publié dans :
Coutumes, Croyances, Mode de vie, Traditions communauté : Provence Passion)
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