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Bataille de Tourtour
Contexte
Depuis plusieurs décennies,
les Sarrasins s'étaient implantés en Provence grâce à des forteresses, d'où ils
effectuaient de temps en temps des raids de pillage. Leur place-forte la plus
importante était le Fraxinet, à l'actuelle Garde-Freinet. Au début, les
seigneurs provençaux restèrent passifs.
Cependant, au début de l'année 973, les Sarrasins commirent une erreur. Né à
Valensole, saint Maïeul, l'abbé de Cluny, était vénéré par les Provençaux. Les
Sarrasins pensèrent qu'en l'enlevant, ils pourraient en obtenir une importante
rançon. Ils réussirent à le capturer au pont d'Orsières, en Valais (Suisse
actuelle), en juillet 972. (Depuis 921, des bandes sarrasines, provenant de
Provence, s'étaient rendues maîtresses de nombreux passages d'importance dans
les Alpes occidentales dont le col du Mont-Joux (le Mons Jovis des Romains et le
futur Grand-Saint-Bernard) que le vénérable abbé venait de franchir avant d'être
reconnu et pris.) Refusant de laisser l'abbé de Cluny aux mains des Sarrasins,
les moines de Provence réussirent à réunir la rançon demandée. Tenant parole,
les Sarrasins libérèrent leur otage.
Les moines se chargèrent alors de soulever chez les Provençaux une véritable
furie guerrière contre les Sarrasins. Ils donnèrent à l'enlèvement de Maïeul de
Cluny la plus grande publicité possible, réussissant à fédérer l'ensemble de la
population autour du comte Guillaume, pour mener une offensive destinée à
chasser définitivement les Sarrasins. Le comte Guillaume de Provence, appelé par
la suite le Libérateur, répondit à l'appel de ses sujets et leva l'ost. De
nombreux guerriers de Provence, mais aussi du Bas-Dauphiné et de Nice formèrent
son armée.
Déroulement
Guillaume décida d'attaquer
les Sarrasins au Fraxinet même, au cœur de leur dispositif, avec toutes ses
forces. Si son offensive réussissait, le reste des forces musulmanes de
Provence, beaucoup moins fourni, n'aurait aucune chance de résister à une
offensive menée par toute l'armée provençale.
Renseignés sur les mouvements des Provençaux, les Sarrasins descendirent de
Fraxinet pour engager le combat en rase campagne. Cinq premières batailles
eurent lieu dans les Alpes provençales, à Embrun, Gap, Riez, Ampus et Cabasse.
Battus dans tous ces affrontements par les Provençaux, les forces des Sarrasins
se regroupèrent à Tourtour. Guillaume ne tarda pas à les rejoindre et y engagea
la sixième et la plus importante bataille. Écrasés par les Provençaux, les
Sarrasins regroupèrent leurs dernières forces, remontèrent à la Garde-Freinet*
et
s'y retranchèrent solidement.
Après avoir donné un peu de repos à ses troupes, Guillaume fit donner l'assaut
au Fraxinet. Les guerriers provençaux des seigneurs de Levens, d'Aspremont, de
Gilette, de Beuil et de la ville de Sospel furent désignés pour l'attaque
(toutes ces villes se trouvent actuellement dans le département des
Alpes-Maritimes). Après avoir atteint le sommet de la Garde-Freinet, les
Provençaux attaquèrent les retranchements du Fraxinet, en chassèrent les
Sarrasins, et enfin s'emparèrent entièrement de la forteresse. Les Sarrasins
trouvèrent un dernier refuge dans une forêt voisine, mais, vivement poursuivis,
furent vite neutralisés : Ils furent soit tués soit faits prisonniers.
La forteresse de Fraxinet fut entièrement rasée, les Sarrasins survivants
baptisés de force et réduits en esclavage. La plupart des dernières troupes
musulmanes quittèrent la Provence sans attendre l'arrivée des troupes
provençales.
Conséquence
Grâce à cette offensive
décisive de 973 et des batailles qui suivirent, les Sarrasins sont
définitivement expulsés de leurs bases fortifiées. Si une partie importante de
la communauté sarrasine a sans doute périt au cours des combats, il est clair
que des groupes de survivants demeurèrent dans la région y faisant souche et que
certains se convertirent à la religion chrétienne. Le temps et d'innombrables
mélanges de populations firent les reste : lentement, au fil des générations, le
contingent sarrasin se dissout ainsi dans la population provençale.
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La Garde-Freinet (La Gàrdia en provençal) en est
une commune située dans le département du Var et la région Provence-Alpes-Côte
d'Azur. Les habitants se nomment : les Gardois ou Gardiòu en provençal.
Au IXe siècle : Traditionnellement, on localise le lieu d'implantation des
Sarrasins en Provence occidentale dans les années 890 à la Garde-Freinet. Ce
lieu est aussi évoqué sous d'autres patronymes dont celui de Fraxinet ou
Fraxinetum. L'histoire rapporte que c'est le comte de Provence Guillaume Ier dit
le Libérateur qui chasse les Sarrasins en 973 après sa victoire à la bataille de
Tourtour.
Philippe Sénac, dans son livre : Histoire de l'Islam et des musulmans en France
du Moyen-Age à nos jours, s’appuie sur les sources arabes et les données de
l’archéologie. Il montre combien le Fraxinet, ne constituait pas un simple
repère de brigands mais un emplacement stratégique pour les musulmans qui
semblaient vouloir "entraver les relations entre les cités marchandes italiennes
et le reste de la chrétienté méridionale".
Au XIIe siècle : A 450 m d'altitude, on découvre le Fort Freinet (XIIe au XVIe
siècles) et les vestiges d'un ancien village fortifié du moyen-âge, constitué
d'une trentaine d'habitations taillées dans la roche. Ils dominent le massif
forestier des Maures sur la voie reliant la vallée de l'Argens et le golfe de
Saint-Tropez. Actuellement des fouilles archéologiques ainsi que des
restaurations par des bénévoles sont en cours afin de connaître et préserver ce
patrimoine. Ce fort stratégique, classé monument historique, servait à contrôler
le passage entre la vallée du Vidauban et le Golfe de Grimaud. Une grande fosse
servait de réservoir d'eau.
XIIIe siècle : Les habitants s'installent sur le col de la Garde. Le bourg
devient : "La Garde du Freinet".
XIXe siècle : L'industrie du bouchon se développe avec près de 700 bouchonniers
grâce à la forêt de chêne-liège. À cette époque, la production de marrons et de
magnans (vers à soie) est également bien développée.
En 1900 : L'abbé Mathieu dresse la croix des Maures (altitude 437 m) qui sera
restaurée en 1978. Le Christ pesait 175 kg.
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