|
Affaires de mœurs en Provence d'hier
Légalisation d'une union scandaleuse (Brue-Auriac,
25 août 1699)
-
Registre paroissial de Brue-Auriac
« En suite de la
dispense des bans obtenue de la part de
M. le Prévôt de Cosnac, vicaire
général de Monseigneur l'Archevêque
d'Aix, se sont présentés devant moi et
dans l'église de ma paroisse François
Benoît Gondran, du lieu de Seillans,
fils de feu André et de Elizabeth
Allarde, et Louise Rougone,
du lieu de la Tour d'Aigues, et après
avoir donné des marques de repentir et
demandé publiquement pardon à Dieu et au
peuple assemblé du scandale par eux
donné, ont demandé encore d'être reçus à
la célébration d'un légitime mariage et
que j'ai fait en présence de Bernard
Serre, Honnoré Castelan, du
lieu de Tournés, et Jean Dauphin,
du lieu de Régusse, le tout enregistré
et contrôlé à Barjols le 25 août. »
Illustration : Liebespaar auf der
Rasenbank, Albertina, Vienne, 1460.
************
Tentative de viol (Valserres, 8 septembre 1821)
-
AD
Hautes-Alpes, 2 U 21-1
-
Texte
transmis par Marie-Thérèse Rostan
Cour
royale de Grenoble
Par arrêt de la cour d'assises du
département des Hautes-Alpes, séant à
Gap, du trente novembre mil huit cent
vingt-un.
Jacques
Magallon, originaire de
Jarjayes,
domestique de
Jean-Antoine Astier, habitant à
la commune de Valserres, contumax,
A été condamné à la peine des travaux
forcés à perpétuité et au remboursement
des frais envers l'État, comme convaincu
d'avoir, dans la nuit du huit au neuf
septembre dernier, et dans la maison du
domaine dudit Jean-Antoine Astier, sise
au lieu de Saint-Maurice, commune de
Valserres, tenté de violer
Rosalie
Astier, fille dudit Jean-Antoine,
son maître, laquelle tentative aurait
été manifestée par des actes extérieurs
et suivis d'un commencement d'exécution,
et n'aurait été suspendues ou manqué son
effet que par des circonstances
fortuites et indépendantes de la volonté
dudit Magallon.
D'après les dispositions des articles 2,
331, 333 du code pénal et 472 du code
d'instruction criminelle.
Pour extrait à M. le Procureur du roi,
[Le greffier du tribunal GAUTIER]
************
Les
moines "escandaleux" (Auriol, 12 septembre 1724)
-
Archives communales d'Auriol, 12
septembre 1724, délibération du conseil
de commune
-
Texte
transmis par Françoise Suzanne
« Proposition
sur les calomnies contre les R.P. capucins »
«Le
sieur Gorsou
premier consul a dit quil lui est
revenu de toute part, qu’on a porté de vives
plaintes à
Monseigneur de Matignon, abbé du
vénérable monastère de St Victor, à
Monseigneur leveque, contre la conduite des
R. P. capucins qui sons establis dans ce
lieu jusque a ce point que de vouloir les
faire passer poure des escandaleux du
voisinage de leur habitation, disant leur
frere questeur un enjoué, entrer dans les
maisons, converser avec le sexe d’un air
gracieux, meme dans celles ou il y a de
femes et de filles suspettes, et quoyque ces
bons peres soins audessus dune telle
critique encelat de se justifier eux meme en
tous et par tous etans neanmoins a
aprehander que les d(its) R(évérents)
P(ères) capucins que certains esprits
malintantionné machinent par toute sorte de
moyens de faire decamper ce de lieu,
continuent destre ataqués dans leur
régullarité, ne le rebutent et ne soient
malgré eux forces de se retirer, ce qui ne
sauroit estre un plus grand malheur pour le
lieu tant pour la gloire de Dieu que pour le
salut des ames dans la malheureuse
sitatuation ou les habitans se trouven,
le dit consul a cru quil etoit non seulement
du devoir de sa charge mais encore de ce luy
de sa consiance de faire cesser les
opprobres et iniquités dons on a été si mal
accuzé que de charger ces bons pères et a
ces effet dassembler le present conseil de
tous les chefs de famille pour savoir sil y
a quelqu’un qui puisse se plaindre de la
conduite des R.P. capucins et si au conseil
il ni a point de plaignants comme il ne peut
y en avoir aucun, porter bon et fidel
temoignage a leur regularité et bon exemple(…)
l’assemblée est persuadée que ce ne peut
estre que Mr le vicaire de cette paroisse,
ou quelqu’un autre quil aye fait agir,
jalloux quil est de lestablissement des dits
R.P. dans ce lieu et de la bonne odeur avec
laquelle ils y restent, chagrin au contraire
de ce qu’il est luy meme abandonné de touts
ses parroissiens, qu’aucun na confiance en
luy, de quoy il se doit inculper a luy seul
la cause par sa propre conduite et déclare
ET DECLARE le
plus authentiquement, solannellement et
affirmativement que faire se puisse quil ny
a rien adire sur la conduite des R.P.
Capucins et leur frere questeur (…)
signé :
LHOTTE juge, GORSOU consul
Photographie : © Françoise
Suzanne, 2007
************
Le
fils Magnan trouvé nu (Mouriès, 16 mars 1835)
-
Archives départementales des
Bouches-du-Rhône, 2U2 1125.
« Mouriès, le
16 mars 1835,
« Le maire de la commune de
Mouriès,
« à Monsieur Magnan, à Cabanes,
« Je vous fais transporter par le n[omm]é
André Blanc,
de ce lieu, votre fils qui a été trouvé
nu.
« Vous voudrez bien payer celui qui a
bien voulu se charger de le conduire.
« Je vous préviens que s'il paraît
encore ici, j'en instruirai le Procureur
du Roi et je porterai plainte contre
vous, parce que, attendu son état
d'imbécilité, vous ne devez pas le
laisser sortir.
« J'ai l'honneur de vous saluer.
« Le maire de Mouriès
« [BOUSSOT] »
************
Les
obsessions amoureuses d'un monomaniaque
(Aix-en-Provence, 14 mars 1873)
L’an mil huit
cent, etc.
Nous, Etienne
Delignac, Commissaire central, etc.
Agissant en vertu d’ordres de nos chefs,
Avons procédé à une enquête à l’effet de
constater l’état mental du sieur Griozel
François Désiré, âgé de 42 ans, né à
Aix, le 15 avril
1831, fils de Joseph Marius Griozel et de
Joséphine Victoire Merelly, ancien plâtrier,
actuellement brossier, rue de l’Official
(1),
n°9, signalé comme monomane dangereux.
La femme
Virginie Bertrand, épouse Griozel, âgée
de 37 ans, demeurant rue de l’Official, n°9,
déclare:
"Mon mari François Désiré Griozel
avait épousé en 1851 Julie Sifroid
dont il a une fille âgée actuellement de 18
ans, demeurant chez son grand-père maternel,
Sifroid Bernard, propriétaire à
Salon. Devenu veuf, mon mari m’épousa à Aix
le 1er août 1862, et nous avons deux
enfants, âgés, l’un de six ans, et l’autre
de six mois.
"Après notre mariage nous habitâmes
Marseille, au rue
Châteauredon, n°28, nous tînmes un magasin
de vins. La perte d’un enfant et de
mauvaises affaires troublèrent le cerveau de
mon mari. Il écrivit à plusieurs femmes à
Marseille des lettres d’amour qui me furent
renvoyées, ce qui me décida à revenir à Aix.
Il a travaillé d’abord de son état de
plâtrier, mais depuis quelque temps il a dû
cesser et il ne fait plus que m’aider à
fabriquer des brosses. J’ai enfin, il y a
environ trois mois, conduit mon mari à M. le
docteur Pontier, directeur de l’asile
d’aliénés, lequel lui ordonna un traitement
que je lui fis suivre et, depuis lors, il
est plus tranquille quoique souvent
oppressé, inquiet et halluciné. C’est avant
la visite du docteur que mon mari, un jour,
à la suite d’une discussion avec moi, s’arma
de deux pistolets chargés puis sortit en
disant qu’il fallait en finir, mais je le
rejoignis sur le cours et le ramenai sans
résistance à la maison, car il n’est pas
méchant et je le crois incapable de faire du
mal."
La femme
Griozel a persisté après lecture faite et a
dit ne savoir signer.
Monsieur
Desjardins,
Procureur général à Douai (Nord) déclare :
"J’étais premier avocat général à Aix et, en
cette qualité, je fis venir au Parquet de la
Cour, vers la fin de novembre, ou au
commencement de décembre 1872, le sieur
Griozel François Désiré, demeurant rue
de l’Official, n°9, que M. le Baron de
Saint-Marc m’avait signalé comme
poursuivant par lettres et autres obsessions
insensées sa fille, mademoiselle Thérèse
de Saint-Marc, dont il prétend être aimé
comme il l’aimait.
"J’étais revêtu de ma robe d’avocat général
et fis d’abord des reproches à cet homme sur
sa conduite vis-à-vis de Mlle de Saint-Marc,
dont la vertu incontestable, la position
sociale, l’éducation, l’âge, tout en un mot,
devait la mettre à l’abri de toute idée
d’amour de la part d’un ouvrier âgé, père de
famille, et n’offrant aucun attrait. Je le
menaçai enfin de poursuites judiciaires dans
le cas où l’on aurait de nouveau à se
plaindre de lui à ce sujet.
"Griozel fondit alors en larmes, jurant
qu’il serait irréprochable à l’avenir ; mais
il déraisonna bientôt, disant que je ne
pouvais comprendre ce qui se passait dans
son esprit. Il me donna à entendre en même
temps par une phrase alambiquée que Mlle de
Saint-Marc lui avait fait des avances.
Enfin, il ajouta à deux ou trois reprises:
«J’ai la tête égarée; j’ai la tête perdue.»
"Je conclus de tout cela que cet homme
n’avait pas son bon sens et était atteint de
monomanie. Je fus confirmé dans cette idée
lorsque, plus tard, j’appris par M. de
Saint-Marc que quinze jours après les
promesses faites au Parquet de la Cour par
Griozel, il avait recommencé ses absurdes
obsessions."
Lecture
faite, M. Desjardins a persisté dans
sa déclaration et l’a signée avec nous,
après y avoir opéré les modifications
ci-contre.
M. le
baron de Saint-Marc, Philippe,
propriétaire, demeurant cours n°18
(2),
nous a fait la déclaration suivante :
"Il y a environ deux ans, j’employai à des
travaux de construction le maître-maçon
Griozel, demeurant rue de la Monnaie
(3),
n°4, lequel fit opérer le plafonnage par son
cousin Griozel, plâtrier, rue de l’Official.
Les travaux furent terminés vers le mois de
novembre 1871. Environ un mois après, je
reçus à l’adresse de ma fille Thérèse une
lettre affranchie et signée dans laquelle le
plâtrier Griozel lui déclarait qu’il
l’aimait, insinuait qu’il se savait aimé de
même, et demandait un rendez-vous.
"Je crus d’abord avoir affaire à un individu
cherchant à obtenir une réponse de moi ou
une occasion de menacer d’un scandale, enfin
un moyen de chantage. Je brûlai la lettre et
ne dis rien, mais des lettres du même genre
se succédèrent à intervalle d’un mois ou six
semaines. Je détruisis de même la plupart de
ces lettres, néanmoins il m’en reste
quelques-unes (des moins extravagantes) car
je craignais de garder les autres qui
auraient pu tomber entre les mains de gens
ne connaissant pas la situation. Cependant,
pour mettre un terme à ces lettres et aux
visites de Griozel qui demandait toujours à
parler à ma fille, je priai, en novembre
1872, M. l’avocat général Desjardins
d’intervenir ; aussitôt, M. Desjardins manda
Griozel au Palais, où cet homme promit de
cesser ses stupides poursuites ; mais,
quinze jours plus tard à peine, Griozel
recommença ses obsessions. Un jour même, il
vit entrer seule ma fille à la maison, Mme
de Saint-Marc avançant jusqu’à la poste aux
lettres, Griozel entrait à sa suite et l’on
dû lui fermer la porte au nez. Un jour
encore qu’il se représentait, je le
repoussai avec force dehors, mais ce qui
effraie le plus c’est que Griozel est venu,
m’a-t-on dit depuis, armé d’un pistolet,
s’asseoir devant ma maison en disant qu’il
voulait en finir. La vie de ma fille était
menacée. Je demande la séquestration de
Griozel dont la folie est démontrée."
Le sieur
Griozel Joseph, âgé de 37 ans,
maître-maçon, demeurant rue de la Monnaie,
n°4, déclare :
"Mon cousin François Désiré Griozel
était un plâtrier habile et je l’ai employé
avec moi, il y a deux ans, à des travaux
chez M. de Saint-Marc. J’ai appris
avec peine, il y a quinze jours, par ce
monsieur, que mon cousin envoyait des
lettres à l’adresse de Mademoiselle de
Saint-Marc et venait même demander à lui
parler chez elle. Je savais que depuis
environ trois ans, mon cousin avait le
cerveau malade ; il ne pouvait voir de la
fumée sans en être fatigué ; il croyait
qu’on voulait lui nuire, puis il se figurait
que des dames ou demoiselles l’aimaient et
il leur écrivait à Marseille où on a renvoyé
de ses lettres à sa femme, alors qu’ils
habitaient cette ville.
"Un jour, il y a environ trois mois, après
une discussion avec sa femme, il est sorti
armé de deux pistolets en disant qu’il
voulait en finir, mais sa femme est allée le
chercher sur le cours et l’a ramené ;
néanmoins, il n’a jamais fait de mal à
personne et je le crois inoffensif."
Lecture
faite, il a persisté et signé avec nous.
La femme
Michel, née Deloute, âgée de 47 ans,
marchande de comestibles, rue de l’Official,
n°2, déclare:
"Griozel est souffrant souvent, il
croit qu’on veut lui nuire, l’opprimer. La
fumée l’effraie, mais il n’est pas méchant
et, avant que sa femme ne le fasse visiter
par M. le docteur Pontier, celle-ci lui
faisait souvent des scènes parce qu’il ne
travaillait pas comme précédemment et que,
disait-elle, il cherchait d’autres femmes.
Il aurait pu la maltraiter, mais il ne l’a
pas fait. Cependant, il est malade."
Lecture
faite, elle a persisté et a signé avec nous.
Il ne nous a pas été possible de faire
visiter le sieur Griozel par M; le docteur
Blancard, requis à ce sujet, sa famille
l’ayant fait partir en toute hâte pour
Salon, chez le père de sa première femme, le
sieur Sifroid Bernard, propriétaire,
ancien cafetier. La femme Griozel dit
qu’elle ira rejoindre son mari et
l’empêchera de revenir à Aix si il le
voulait. cette femme déclare être prête à
tout, mais qu’elle ne voudrait voir son mari
séquestré parce qu’il est, dit-elle,
inoffensif.
En foi de
quoi, nous avons rédigé le présent
procès-verbal aux fins de droit, et y
joignant une lettre de M. le docteur
Pontier.
(1)
Actuelle rue Aude.
(2) 18, cours Mirabeau.
(3) Aujourd'hui rue Frédéric-Mistral, dans
le
quartier Mazarin.
L'arrêté sur les femmes publiques (Marseille, 2
septembre 1828)
A Monsieur le Marquis de
Montgrand
(1),
Maire de la Ville de Marseille.
Monsieur le
Maire,
Joseph Serpolet
et
Adolphe
Mazze ont
l'honneur de vous exposer qu'ils exploitent,
le premier un café rue d'Albertas, n°25, et
le second un restaurant rue Glandevès, n°29.
Que depuis l'époque à laquelle leurs
établissements ont été formés, la
tranquillité la plus parfaite y a régné.
Qu'ils n'ont pas commis la plus légère
contravention à vos règlements, et qu'aucune
plainte n'a été portée contre eux.
Que cependant le 8 de ce mois, M. le
Commissaire de police Alary les a invités
par écrit à comparaître le douze devant le
tribunal de simple police pour s'entendre
condamnés aux peines portées par la loi,
pour avoir reçu dans leurs cafés des femmes
qu'on dit être livrées à la prostitution
publique.
Ce fait, M. le Maire, en le supposant vrai,
ne constituerait pas une contravention à
votre arrêté du huit janvier 1820, puisque
la prohibition de recevoir des femmes de
cette espèce ne s'applique qu'aux
cabaretiers et aux taverniers, et que les
cafetiers n'y sont pas dénommés.
Dans cette circonstance, les exposants ont
recours à votre justice aux fins qu'il vous
plaise, M. le Maire, ordonner que cette
affaire qui a été renvoyée à l'audience du
26 du courant sera rayée du Rôle
(2)
.
En attendant
cet acte de justice de votre autorité,
Ils ont l'honneur d'être avec un profond
respect,
Monsieur le Maire,
Vos très humbles et très obéissants
serviteurs et administrés.
[Serpolet]
[Adolphe
Mazze]
************
à Monsieur le Maire de
Marseille,
Gentilhomme de la chambre du Roi, officier
de l'ordre royal de la Légion d'Honneur,
chevalier de l'Ordre Royal Constantinien des
Deux Siciles
Monsieur le
Maire,
Par votre
arrêté du 8 janvier 1821, il était
expressément défendu aux cabaretiers,
taverniers et autres personnes donnant à
boire et à manger de recevoir dans leurs
établissements des filles publiques et à
celles-ci de s'y introduire, sous les peines
de police prononcées par la loi pour
désobéissance aux actes de l'autorité.
Lors de la publication de cet arrêté, il
n'était permis aux filles publiques, ainsi
que cela se pratiquait auparavant, de ne
hanter d'autres établissements publics que
le Vauxhall (ou Pavillon Chinois) qui avait
été expressément formé pour leur réunion
afin de les tenir placées sous les yeux de
la police, qui était chargée de la
surveillance de cet établissement; elles y
attiraient d'ailleurs d'autres individus que
la police pouvait être égallement intéressée
à connaître et à surveiller.
Mais depuis que votre arrêté a cessé de
recevoir son exécution en ce qui est relatif
aux dispositions ci-dessus rappelées, mon
établissement a été entièrement abandonné.
Il s'est formé dans les localités les plus
rapprochées du Vauxhall une foule
d'établissements nouveaux sous le titre
pompeux de café, et sous d'autres titres
plus modestes où l'on reçoit à toutes les
heures du jour et de la soirée cette classe
de femmes qui est ordinairement en compagnie
de marins étrangers et d'individus adonnés à
la débauche et, se trouvant ainsi à l'abri
de toute surveillance, elles se livrent dans
les rues, provoquent quelquefois des scènes
meurtrières. Je ne rappellerai que celles
qui eurent lieu dans les soirées des fêtes
de la Pentecôte de la présente année, scène
que l'on aurait pu prévenir si on eût
empêché des femmes de vaquer les lieux
publics qui leur étaient interdits, le
Vauxhall étant même formé d'après vos
ordres.
Ces nombreuses contraventions à vos
règlements, Monsieur le Maire, doivent
entraîner la ruine de l'établissement qui
l'exploite si elles continuaient d'être
tolérées, obligé de payer par abonnement des
droits attribués aux pauvres et au directeur
des théâtres. Je ne puis soutenir la
concurrence des nouveaux établissements et
je me verrai forcé de fermer le mien pour ne
pas aggraver ma position désastreuse qui
empire chaque jour. La modicité de mes
recettes et les faibles bénéfices que me
procure la vente de quelques boissons sont
bien loin de suffire pour couvrir mes frais
d'exploitation auquel je suis obligé
d'ajouter chaque jour.
Si l'autorité locale conserve encore quelque
intérêt à soutenir mon établissement par
rapport aux avantages que la police doit en
retirer, je prendrai la liberté de réclamer
votre protection et votre appui, et de
demander la répression des contraventions à
vos règlements. Les abus qui se sont
introduits et les scènes affligeantes qui en
ont été la suite sont d'une nature trop
grave pour que je ne les signale point à
votre constante sollicitude pour le maintien
du bon ordre.
Je suis,
Monsieur le Maire, avec le plus profond
respect,
Votre très humble et très obéissant
serviteur.
[Signature]
Marseille le
23 août 1828
[sur la
même lettre, ajout du texte suivant:]
Renvoyé à M.
Silvestre, commissaire de police, pour
fournir des renseignements et donner son
avis.
Marseille, le 25 août 1828.
[LE MAIRE DE MARSEILLE]
************
Le
commissaire de police soussigné a l'honneur
d'observer à Monsieur le Maire que les faits
énoncés dans l'expédition ci-dessus sont
vrais depuis que plusieurs cafés sont
centrés dans les rues Albertas et Glandevès.
Le Wauxall est beaucoup moins fréquentés par
les filles publiques et, par suite, par les
marins et autres individus fréquentant plus
particulièrement les lieux de prostitution.
Lorsque les titulaires de ces cafés ont
demandé l'autorisation à l'autorité
municipale pour ouvrir leur établissement.
J'ai eu soin de signaler les inconvénients
qui devaient réfuter en les autorisant
J'avais été d'avis, conformément à votre
arrêté du 8 janvier 1821, de leur imposer
l'obligation de ne recevoir aucune fille
publique une fois autorisés. J'ai constaté
le principe des contraventions; mais les
contrevenants n'ont pas été poursuivis et
depuis lors ces établissements sont
constamment pleins de filles publiques. Le
commissaire de police et les agents placés
sous les ordres ne peuvent exercer la même
surveillance qu'on exerçait à l'époque où
toutes les filles et les individus qui les
fréquentaient se réunissaient dans le
Wauxall. Si cet état de choses continue, je
doute que le directeur du Wauxall puisse
soutenir la concurrence avec les autres
établissements indiqués; à moins que
celui-ci supprime le droit d'entrée établi à
la porte, ce qui ne serait pas leur
inconvénient.
En conséquence, d'après toutes ces
considérations, je commissaire de police
soussigné pense que le meilleur moyen à
prendre serait d'interdire à tous les
établissements formés dans les rues Albertas
et Glandevès de recevoir les filles
publiques. Cette mesure de police rentre
parfaitement dans les attributions de
l'autorité municipale et serait conforme au
système légal.
Marseille, le
26 août 1828
[SILVESTRE]
************
MAIRIE DE MARSEILLE
Département des Bouches-du-Rhône
Nous Maire de
la Ville de Marseille, Gentilhomme de la
Chambre du Roi, Officier de l'Ordre Royal
Constantinien des Deux-Siciles,
Vu l'article
8 de notre arrêté du 8 janvier 1821,
approuvé par M. le Préfet, portant entre
autres dispositions celle qui suit:
"Il est deffendu à tous cabaretiers et
taverniers de recevoir dans leur cabaret ou
taverne des filles publiques et aux dites
femmes de s'y introduire."
Considérant que plusieurs cafetiers,
débitants de bière
(3)
et de liqueurs, se prévalant de ce que leurs
établissements ne sont pas nominativement
désignés par l'article précité, reçoivent
journellement chez eux des filles et femmes
publiques, d'où résultent des désordres
scandaleux et des rixes qui compromettent la
tranquillité des citoyens,
Arrêtons
Article 1er
Les défenses
portées par l'article précité sont
renouvelées en ce qui concerne les
cabaretiers et taverniers, et de plus elles
sont déclarées applicables à tous cafetiers,
débitants de bière et d'eau-de-vie; en
conséquence ils ne pourront recevoir dans
leur établissement des filles ou femmes
publiques, et défenses sont faites aux dites
femmes de s'y introduire.
Article 2
Les
commissaires et agents de police sont
chargés de tenir exactement la main à
l'observation du présent arrêté, et de
constater les contraventions pour en
poursuivre les auteurs et leur faire
infliger les peines par eux encourues.
Article 3
Le présent
arrêté sera soumis à l'approbation de M. le
Préfet pour être ensuite imprimé, publié et
affiché partout où besoin sera.
A Marseille
en l'Hôtel de Ville,
Le 2 septembre 1828.
[LE MARQUIS
DE MONTGRAND]
************
Mairie de Marseille
Division de police
Marseille, le
2 septembre 1828.
Monsieur le
Préfet,
J'ai
l'honneur de vous adresser à double
expédition un arrêté qui renouvelle les
défenses portées par l'article 8 d'un
précédent arrêté du 8 janvier 1821, en ce
qui concerne les cabaretiers et taverniers,
et qui de plus les rend applicables à tous
cafetiers, débitants de bière et d'eau de
vie, et porte qu'ils ne pourront recevoir
dans leur établissement des filles ou femmes
publiques, avec deffenses à celles cy de s'y
introduire.
Je vous prie, Monsieur le Préfet, de vouloir
bien me renvoyer une des dites expéditions,
revêtue de votre approbation si vous en
jugez le dit arrêté susceptible.
J'ai l'honneur d'être avec respect, Monsieur
le Préfet, votre très humble et très
obéissant serviteur.
Le Maire de
Marseille
Gentilhomme de la Chambre du Roi,
[LE MARQUIS
DE MONTGRAND]
(1)
Jean-Baptiste, marquis de Montgrand, maire
de Marseille de mars 1813 à 1830.
(2) Registre portant l'ordre des affaires
soumises au tribunal.
(3) "debitans de bierre".
************
L'arrestation d'un couple adultère
(Aix-en-Provence, 18 mai 1873)
-
Sources : Archives communales
d'Aix-en-Provence, I1-15 n°282 et 284.
19 mai
1873
L’an mil huit cent, etc.
Devant nous, Etienne Delignac, commissaire
central, etc.
S’est présenté le sieur Moraccio Jean
Baptiste, dit Martin, Italien d’origine,
demeurant à Aix, rue du Bon-Pasteur n°52,
lequel a formulé une plainte en adultère et
s’est exprimé en ces termes :
"Ma femme, Martino Maria (1),
dont le passeport est ci-joint, et
Margaria Michel, âgé de 18 ans,
journalier, né à Paesana (Italie), demeurant
avec son père même maison que moi, sont
partis à sept heures du soir, le 18 mai
1873, avec 17 ou 18 francs pris par ma
femme, Martino Maria, au domicile
conjugal. Je vous déclare ces faits afin
qu’il soit pris des mesures pour opérer
l’arrestation de mon épouse et de
Margaria Michel. J’ignore où ils sont
allés.
L’inculpé est maigre, grosses lèvres,
imberbe, porte veste grise, pantalon rayé
gris, chapeau gris.
L’inculpée a un mouchoir sur la tête, robe
couleur café.
En foi de quoi, nous avons rédigé le présent
procès-verbal que nous adressons à M. le
Procureur de la République aux fins de
droit.
Fait à Aix, etc.
19 mai
1873
L’an mil huit cent, etc.
Nous, Etienne Delignac, commissaire central,
etc.
Avons arrêté les nommés Margaria Michel
et Pic Maria qui ont fait l’objet
d’une plainte en adultère, dont le
procès-verbal à la date de ce jour se trouve
entre les mains de M. le Procureur de la
République.
Nous les avons interrogés successivement et
séparément, chacun d’eux a répondu comme
suit:
1) "Je me nomme Margaria Michel, âgé
de 19 ans, journalier, né à Paesana
(Italie), fils de Chiaffredo et de
Gallian Dominica, demeurant à Aix, rue
du Bon-Pasteur, n°52.
"Il y a deux mois et demi que j’ai quitté
mon pays natal pour venir habiter avec mon
père. Hier, dans la soirée, Maria Pic et moi
avons pris la résolution de retourner à
Paesana mais, comme la journée était
avancée, nous avons logé dans une auberge à
Aix et couché dans le même lit."
2) "Je me nomme Pic Maria, épouse de
Moraccio Jean Baptiste, âgée de 23
ans, journalière, née à Paesana (Italie),
fille de Marc et de Vinturino,
demeurant à Aix avec mon mari, rue du
Bon-Pasteur, n°52.
"Il y a neuf jours que je suis arrivée à Aix
auprès de mon mari qui m’avait écrit pour
venir le rejoindre. Hier soir, 18 mai
courant, j’ai [pris] la résolution de partir
avec le nommé Margaria Michel. Nous voulions
tous deux aller à Paesana, notre pays natal
mais, comme il était tard, nous avons logé
dans une auberge d’Aix et couché ensemble
dans le même lit."
Le sieur Augias Joseph, aubergiste,
rue Grande Saint-Esprit, n°67, déclare que
les inculpés ont couché ensemble chez lui et
se sont fait inscrire comme marie et femme :
Michel Margaria, avec son épouse, 20
ans, journalier, né à Paesana (Italie),
voyageur, venant de Sisteron, sans papiers.
Vu de ce que dessus, nous avons fait
conduire les inculpés à la maison d’arrêt
d’Aix où ils ont été écroués à la
disposition de M. le Procureur de la
république, auquel nous avons adressé le
présent procès-verbal.
1. On
apprend plus loin que le vrai nom de la
femme est Maria PIC.
L'ivrogne rebelle (Aix-en-Provence, 11 août
1873)
L’an mil huit
cent, etc.
Devant nous
Hivert Pierre Antoine, commissaire de
police, etc.
A comparu le
brigadier des des gardes-champêtres,
Bernard, lequel nous a déclaré que le
sieur Heller Jacques, âgé de 38 ans,
né en Alsace (Bas-Rhin) en 1834, fils
naturel de Marie Heller, actuellement
journalier aux Milles, commune d’Aix, se
trouvant dans un état complet d’ivresse,
injuriait et faisait toutes sortes de gestes
plus ou moins indécents ou inconvenants, a
du être appréhendé par lui et le garde
Tesquet pour l’obliger à quitter les lieux
et à rentrer chez lui. Le sieur Heller a
alors fait résistance envers le garde
Tesquet qu’il a saisi et entraîné à terre
avec lui après lui avoir déchiré sa veste.
Quelques instants après, il était encore
couché dans la rue mort ivre.
Le sieur Heller ayant fait rébellion envers
le garde Tesquet et ayant encore été surpris
hier soir en état complet d’ivresse, nous
l’avons mis à la disposition de M. le
Procureur de la république.
Fait à Aix,
etc.
************
Le scandale des femmes de mauvaise vie
(Aix-en-Provence, 12 mai 1791)
M. le
Maire
a dit :
« Vous
avez à délibérer la réfection d'une
porte d'aqueduc dans la rue du Séminaire
et sur les dénonciations qui nous ont
été faites que les écuries extérieures,
adossées au rempart de la plate-forme
servaient de retraite à des femmes de
mauvaise vie et qu'il était instant de
faire cesser ce désordre et ce scandale,
en ordonnant de fermer les portes et
boucher les fenêtres desdites écuries. »
M. le
P.d.l.c. (1) ouï :
Délibéré 1° de faire rétablir la porte
de l'aqueduc dans la rue du Séminaire,
2° de faire boucher les portes et
fenêtres des écuries extérieures
adossées au rempart entre la porte de la
plate-forme et celle de Saint-Louis,
pour faire cesser le scandale dont elles
sont le théâtre.
1. Abréviation de "procureur de la
commune".
-
Source : Archives communales
d'Aix-en-Provence, LL75, f°27,
délibérations du conseil municipal.
Outrage aux bonnes
mœurs (Aix-en-Provence, 15
avril 1899)
L'an
1899 et le 17 avril,
Devant nous, Comte Auguste, commissaire
central de police à Aix (B. du R.),
Se présente le sieur Soubrat Joseph,
32 ans, cantonnier, demeurant à Aix, rue
Célony, 33, lequel déclare:
"Hier, à 1 h
1/2 de l'après-midi, je descendais de ma
campagne sise au quartier de la Cible, avec
mon beau-frère, le sieur Roux,
demeurant rue Saint-Laurent lorsque, arrivés
sur le bord de l'Arc, nous trouvâmes couchés
sur la rive droite près la passerelle le
nommé A., père, et fils, âgé d'une
dizaine d'années, et un jeune homme nommé
R., d'une vingtaine d'années, ainsi
qu'un quatrième individu, aussi d'une
vingtaine d'années, que je ne connais pas de
nom (c'est, je crois, un Allemand).
"Le fils A. avec R. et l'autre
montèrent sur la passerelle, tombèrent leurs
pantalons sur leurs pieds, puis, relevant
leurs chemises, ils se mirent à crier des
mauvaises raisons, telles que «vaches,
putains, connards, etc.» aux personnes
présentes qui promenaient le long de l'Arc
et parmi lesquelles plusieurs dames et
demoiselles que je ne connais pas.
Ces individus, malgré mes observations et
celles d'autres personnes, continuèrent à
faire ces saletés pendant plus d'une heure.
Pendant ce temps, le père A. resta
toujours couché au même endroit, mais sans
faire aucune observation à son fils et aux
autres individus.
A une observation qu'avec mon beau-frère je
faisais à ces individus, celui que je ne
connais pas répondit: «Je suis un élève de
Cour d'Assises, je ne crains pas la prison»,
puis il ajouta en se tournant vers le petit
A.: «Va dans ma veste qui est près de
ton père et apporte-moi ma dague; il faut
que d'ici ce soir je découse quelqu'un».
Puis ils se couchèrent sur la passerelle,
empêchant les gens de passer, les injuriant.
Il fallut se mettre à plusieurs et les faire
déguerpir de force."
Témoins:
1° témoin: Moutet Dominique, 38 ans,
surveillant de travaux à la mairie.
2° : Philip Antoine, 46 ans, rue
Chastel, 1.
3° : Bontemps Guillaume, cordonnier,
rue d'Italie, 8.
4° : Roux Henri, 38 ans, maçon, rue
Saint-Laurent, 14.
R. Marius,
né à Aix (B. du R.) le 24 juin 1882, fils de
Pierre et de D. Honorine,
manoeuvre, rue de l'Ecole, caserne de
passage, ne reconnaît pas ce qui lui est
reproché, était un peu ivre. Il n'y a que
V. qui ait tombé son pantalon et qui
s'est couché sur le pont avec A.
V. Félix,
né à Digne (Basses-Alpes) le 7 novembre
1882, de Joseph et de L. Christine,
manoeuvre, cours des Minimes, maison
Bonnieux, nie tout ce qui lui est reproché
et ne se rappelle de rien.
L'inculpé
V. Félix, avec le témoin Soubrat. Ce
dernier dit parfaitement le reconnaître pour
être l'un de ceux qui, le dimanche (16
courant), dans l'après-midi, sur les bords
de la rivière de l'Arc, injuriait et
menaçait les gens et avait baissé son
pantalon, relevé sa chemise, montrant ses
nudités. L'inculpé V. déclare ne se
rappeler de rien.
Faisons
comparaître le nommé A. Maximilien,
né à Istres (B. du R.), 50 ans, le .........
(1) de M. et de S.
G., marié, chiffonnier demeurant à Aix,
rue Gibelin, 5, jamais condamné.
"Dimanche dernier, 16 courant, avec mon fils
Gaston et ses camarades R. et
V., nous sommes allés promener sur
les bords de l'Arc où nous sommes arrivés
vers une heure et demie de l'après-midi. Je
suis resté avec eux vingt minutes environ
près de la passerelle de la Cible et,
pendant ce temps-là, ils ont resté tous
trois avec moi tranquilles et sans faire de
bruit. Je les ai quittés, etc. etc.
(1)"
************
L'an mil huit
cent quatre vingt dix neuf, le 22 avril,
Nous Comte, c[ommissai]re c[en]tral,
En notre procès-verbal n°205 en date du 17
avril 1899, constatant l'outrage public aux
bonnes moeurs dont sont inculpés les nommés
R. et
V. et
le jeune A.,
ce dernier n'ayant pas encore pu être
entendu,
L'interrogeons ce jour ainsi qu'il suit:
"Je me nomme
A. Gaston, né à Lambesc (BdR), le
.............. 1889 (1) de
Maximilien et de Antoinette M.,
demeurant chez mon père rue Esquiche-Coude
(2)."
Sur
interpellation déclare:
"Dimanche dernier, 16 courant, dans
l'après-midi, j'étais sur les bords de
l'Arc, près de la Fontaine d'Argent avec mon
père et les nommés R. et V.
"Mon père nous quitta pour aller cueillir
des asperges. A un moment,
R. et
V.
montèrent sur la passerelle et empêchaient
les gens d'y passer et les insultant. Puis
tous deux quittèrent leurs pantalons et
soulevèrent leurs chemises jusque sur les
épaules ce qui fait qu'ils étaient comme
nus. Ils montraient leurs nudités aux gens
(des demoiselles et des hommes).
"Pendant que des gens voulaient les faire
rester tranquilles,
V. dit à
R.
d'aller dans sa veste chercher son couteau,
qu'il voulait tuer quelqu'un.
"Ça dura longtemps puis des gens les
empoignèrent et les firent déguerpir.
Pendant tout ce temps, moi, je restai couché
dans l'herbe sur le bord de l'Arc. Je ne
montai pas sur la passerelle et ne quittai
pas mon pantalon."
Et après lecture, persiste et dit ne savoir
signer.
[Le
commissaire central]
De tout quoi
nous avons dressé le présent qui sera
transmis à M. le Procureur de la République
aux fins de droit.
[Le
commissaire central]
NOTES
(1) Sic.
(2) Rue Esquicho-Coudo, dans le bourg Saint-Sauveur.
Une passion dévorante (Aix-en-Provence, 7
janvier 1873)
-
Sources
: Archives communales, cote I1, art. 15,
n°127
(7 janvier 1873)
L'an mil huit cent, etc. (sic)
Pardevant Nous, Monge Hippolyte, commissaire
de police, etc.
S'est présentée la dame veuve Gibaud
Marguerite, âgée de cinquante ans,
fermière de M. Ricard, quartier de
Cabasse, terroir d'Aix, laquelle a déclaré
ce qui suit:
"J'avais été
amenée, il y a environ huit mois, à accepter
les services d'un nommé Pierre Liro,
âgé de quarante ans, cultivateur, natif de
Bretagne.
"Cet homme, que j'avais reçu chez moi alors
qu'il était dépourvu de pièces établissant
son identité et de tout moyen d'existence,
avait conçu pour moi un sentiment qui
l'avait poussé à me dire souvent qu'il
voulait m'épouser. J'avais hésité d'abord à
lui faire une réponse capable de
l'encourager, mais [vu] l'état de ses
témoignages d'affection, j'avais enfin
accueilli ses instances en correspondant à
ses vues.
"La présence de cet individu dans mon
habitation a donné lieu récemment à un
incident qui contraste avec sa situation
précédente chez moi.
"En effet, dans la nuit du dimanche à lundi
dernier(1),
j'attendais le nommé Liro qui était
allée à Aix. En rentrant vers une heure du
matin, il me trouva assise dans ma cuisine
près du foyer. Il s'approcha de moi pour
m'entourer d'adulation et de soins, comme
d'ordinaire, lorsque, tout à coup, il me
saisit très vivement et, me découvrant le
sein, me mordit et me déchira la poitrine à
belles dents, en me disant que si je criais,
il me tuerait.
"Dans cette circonstance, et pour me
soustraire aux étreintes du sieur Liro,
j'appelai ma vieille mère, qui était couchée
au premier étage, au secours. Elle
s'empressa de descendre et vint auprès de
moi. Liro, alors, se retira en
manifestant l'intention de quitter la
maison. J'ajoute que, dans une autre
occasion, il m'avait aussi mordu le sein ;
il exprimait ses regrets de m'avoir fait du
mal et m'avait prié de ne rien dire, parce
qu'il me tuerait si je parlais."
Nous, commissaire de police, avons entendu
la veuve Agard Rosa, âgé de
soixante-douze ans, mère de la plaignante,
demeurant avec celle-ci et seul témoin dans
ces circonstances et elle a déclaré que, à
l'appel de sa fille, elle accourut auprès de
celle-ci dont le sein était ensanglanté et
lui dit que le nommé Liro venait de
la mordre et était l'auteur des blessures
qu'elle voyait.
Nous avons en outre interpellé l'inculpé que
nous avons fait conduire à la Mairie par le
garde-champêtre Bernard et il nous a déclaré
se nommer Liro Pierre, âgé de
quarante ans, né à Bédé (Ille-et-Vilaine),
arrondissement de Rennes cultivateur, fils
de Pierre et de Jeanne Marie Dedenet,
célibataire, demeurant à Cabasse, terroir
d'Aix, chez M. Ricard, propriétaire,
qu'en revenant d'Afrique où il a été
militaire pendant cinq ans, il eut
l'occasion de se mettre en relations, ce
mois de juin dernier, avec la famille Gibaud
et la veuve Gibaud, dont il avait
connu la fille habitant près de Salon
(Bouches-du-Rhône), où elle était mariée,
que la veuve Gibaud l'avait accueilli chez
elle à une époque où il était dans
l'embarras. Il ajoute que le récit qu'elle a
fait est exact et qu'il est obligé de
reconnaître que, se trouvant dimanche sous
l'influence de la boisson, il avait exprimé
ses sentiments passionnés d'une façon trop
brutale et trop violente.
L'inculpé avoue qu'il qu'il a été souvent
puni lorsqu'il faisait partie du cadre de
l'armée à cause d'infractions aux règlements
militaires et qu'il a été condamné par un
conseil de guerre pour avoir vendu des
effets de petit équipement.
De tout quoi, nous avons dressé le présent
procès-verbal.
(1) Du 5
au 6 janvier 1873.
Suite de
l'affaire:
-
Sources : Archives communales, cote
I1, art. 15, n°139
(17 janvier 1873)
L'an mil huit cent, etc. (sic)
Pardevant nous, Monge Hippolyte, commissaire
de police, etc.
S'est présenté le sieur Isoard Mathieu,
âgé de 46 ans, fermier de M. Ricard,
quartier de Cabasse, terroir d'Aix, lequel a
déclaré que sitôt après sa mise en liberté,
le sieur Liraud, qui fait l'objet
d'un récent procès-verbal dressé sur la
plainte d'une veuve Gibaud, est allé
s'imposer chez cette dernière la nuit.
La dame Jourdan Jeanne, âgée de 58
ans, fermière au quartier de Cabasse,
déclare de son côté que, avant-hier soir,
Liraud voulait s'introduire dans son
domicile - elle ne sait pourquoi - et,
atndis qu'elle était seule et qu'à la suite
de la résistance qu'elle lui avait opposée
pour le recevoir, Liraud la menaça de lui
brûler la cervelle.
L'inculpé Liraud Pierre, âgé de 36
ans, né à Bédé, arrondissement de Monfort
(Ille-et-Vilaine), cultivateur, fils de
Pierre et de Jeanne Dedonet, célibataire,
demeurant à Aix, quartier de cabasse,
déclare qu'il s'est présenté chez la femme
Jourdan pour lui demander si elle n'aurait(1)
pas chez elle la veuve Gibaud à
laquelle il a à réclamer ses effets et de
l'argent prêté, ainsi qu'au fils de la
dame Jourdan, plaignante.
De tout quoi, nous avons dressé le présent
procès-verbal.
(1) Sic.
Source :
GénéProvence
************

|