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l'abbé Jean-Pierre Papon (1734-1803)


Biographie

C'est sous le règne de Louis XV le 23 janvier 1734 qu'il voit le jour à Puget-Théniers alors Comté de Nice dans le diocèse de Glandèves. Ses parents, Honoré Papon et Elisabeth Giaï, étaient des bourgeois. Ils habitaient une grande maison sise dans le quartier de La Coste jouxtant le couvent des Templiers.
Après ses premières études faites à Nice, ses parents l'envoyèrent à Turin pour y faire son cours de philosophie. C'est à Aix, le 7 novembre 1752, qu'à peine âgé de 18 ans il entra dans la congrégation de l'Oratoire. Il professa avec distinction les belles-lettres et la rhétorique, à Marseille (en 1773, membre de l'Académie), à Riom, à Nantes et à Lyon où il fut préfet du Grand Collège. Il était dans cette dernière ville lorsque le régime de sa congrégation le chargea d'aller traiter à Turin, avec le ministre du roi de Sardaigne, une affaire qui intéressait le corps. Il la termina à la satisfaction de ses supérieurs. À la fin de sa mission on lui confia le soin de la bibliothèque de Marseille (en 1780 il en fut nommé conservateur). C'est là que, maître de tout son temps, il commença à travailler à l'Histoire Générale de Provence en quatre volumes, dont il dédia le second volume à Monsieur, frère de Louis XVI, Comte de Provence et futur roi de France sous le nom de Louis XVIII. Malgré une mauvaise épigramme de Mirabeau "Lisez-vous l'histoire de plomb du révérend père Papon", c'est un des meilleurs ouvrages que nous ayons en ce genre. La réalisation de cette œuvre monumentale lui demanda une dizaine d'années, il fit beaucoup de recherches historiques, il passa énormément de temps à déchiffrer les archives (Chartes, Cartulaires, etc.). Des collaborateurs l'aidèrent dans ce travail colossal, Louis Gérard , pour la partie botanique, Jean-Jacques Esmieu , l'accompagna dans ses recherches à Nice, à Toulon, à Avignon, à Aix et dans plusieurs autres villes de la Provence.
Il fit le voyage d'Italie pour chercher dans les archives du royaume de Naples, que les comtes de Provence avaient possédé, ce qui pouvait avoir rapport à cette histoire. Parmi les pièces curieuses qu'il découvrit, on remarque la quittance que la reine Jeanne donna au pape Clément VI, du prix de la ville d'Avignon, qu'elle lui avait vendue. À l'époque de la mort du roi Charles-Emmanuel III, il se trouvait à Nice, et fut chargé d'en faire l'oraison funèbre, qu'il prononça, le 6 avril 1773, dans l'église des révérends pères Dominicains, et qui fut imprimée à Turin. Ensuite, il vint à Paris, où il se fit un grand nombre d'amis parmi les gens de lettres et les personnes du premier rang. Ce fut pour les cultiver et se livrer avec plus de liberté et de succès à son travail, qu'il sortit de l'Oratoire en 1784, conservant les sentiments d'estime et d'attachement qu'il avait toujours eus pour ce corps.
La révolution le priva des fruits de ses travaux et des bienfaits qu'il tenait de l'ancien gouvernement. Il supporta cette perte avec philosophie, on pourrait même dire avec indifférence. Après les massacres de septembre, préférant, à tout, son repos et sa tranquillité, il alla passer quelques années dans le département du Puy-de-Dôme, où, comme il le dit lui-même, sa liberté ne resta point intacte, et ne revint à Paris, que du temps du directoire. Il mettait la dernière main à l'Histoire de la Révolution qui va jusqu'au 18 brumaire (8 novembre), lorsque le 25 nivôse an XI (15 janvier 1803), une attaque d'apoplexie l'enleva subitement aux lettres et à ses amis. Cet ouvrage ne parut qu'après la première restauration, en 1815, et ce fut son jeune frère Sylvestre-Antoine, qui le fit imprimer, parce que la publication n'en aurait pas été tolérée sous le despotisme de Buonaparte qu'il exerçait d'une manière particulière sur la presse. L'abbé Papon, dit cependant et prouve assez bien dans sa préface, que l'histoire doit être publiée du vivant même de ceux qu'elle châtie. Il n'aurait donc pas craint de le faire paraître lui-même, bien qu'il ne dissimule ni les faits, ni les noms, si le destin ne l'eut enlevé subitement.
Quelques mois avant son décès, il écrivait "Je finis actuellement l'histoire de la révolution. C'est le sujet le plus grand, le plus intéressant qu'un homme de lettres puisse traiter. C'est l'école des peuples et des rois. C'est le tableau du cœur et de l'esprit humain. L'un et l'autre n'y paraissent pas en bien, mais on les y voit dans toute leur force, on voit de quoi ils seraient capables s'ils étaient dirigés vers le grand, vers le bonheur commun. Si d'ailleurs tout entre dans ce tableau, parce qu'on a traité toutes les grandes questions qui intéressent les sociétés ; on a trouvé toutes les limites que la sagesse et l'expérience avaient posées dans l'ordre moral, politique et social. Cette histoire est presque achevée, après je me reposerai. Il faut se borner à vivre le moins désagréablement qu'on peut et attendre tranquillement la mort. La révolution m'a dépouillé de presque tout, mais je ne suis, ni dans la dépendance, ni aux gages, ni à la charge de personne, et tous les soirs je me couche sans honte et sans remords."
De l'esprit et de l'enjouement, un caractère franc et loyal, qui se peignait sur sa physionomie et jusque dans son maintien; de la prévenance, le ton de la bonne société qu'il avait toujours fréquentée, une manière de narrer agréable et qui lui était particulière; telles étaient les qualités qui le faisaient rechercher, et qui le font regretter de tous ceux qui l'ont connu.
Il fut compris au nombre des associés de l'Institut de France, élu le 24 février 1796, associé non résident de la Classe des Sciences morales et politiques (section d'Histoire).
Pour lui rendre hommage, la ville de Marseille, par délibération de son conseil le 9 novembre 1927, renomma la rue d'Orient en rue Papon. Antérieurement, les villes de Nice et de Puget-Théniers en avaient fait de même.

Célestin Sénès  dit la Sinse, dans son livre, Provençaux (Var et Alpes-Maritimes) Notes Biographiques, a écrit une biographie assez élogieuse sur l’abbé Jean-Pierre Papon, mais malheureusement, très certainement, sans vérifier ses sources, surtout dans la partie où il cite que le deuxième tome de l'Histoire Générale de Provence de l'abbé Papon aurait déplu à la confrérie des Oratoriens qui l'aurait rejeté de son sein, alors que comme vous l'avez lu plus haut, ce fut pour se livrer avec plus de liberté et de succès à son travail, qu'il sortit de l'Oratoire en 1784, conservant les sentiments d'estime et d'attachement qu'il avait toujours eus pour ce corps.

Son frère Sylvestre-Antoine Papon, lui aussi Oratorien, fut également connu d'une manière avantageuse par son goût pour les lettres, et particulièrement par son Voyage dans le département des Alpes Maritimes, avec la description de la ville et du terroir, de Nice, de Menton, de Monaco, etc...
Il est l'auteur de la notice sur la personne et les ouvrages de l'abbé Jean-Pierre Papon que l'on peut trouver dans la plupart des ouvrages biographiques du XIX° siècle. La rédaction de cette page s'en est très largement inspirée.

Œuvres de l'abbé Jean-Pierre PAPON

L'abbé Jean-Pierre Papon a laissé des œuvres remarquables qui malheureusement ne sont plus éditées aujourd'hui  dont :

L'Art du Poète et de l’Orateur, ouvrage destiné à diriger les études, et à former le goût des jeunes gens et des personnes qui s'adonnent à la littérature. Excellente rhétorique, ce livre didactique est du petit nombre d'ouvrages élémentaires qui obtinrent un suffrage universel dans un temps où la poésie et la littérature étaient parvenues au plus haut éclat en France. Il commence par un Essai d'Éducation à l'usage des Collèges, dans la plupart desquels il fut admis. Pour les lycées, il fallut attendre 1806.
Sept éditions presque consécutives justifièrent, aux yeux du public, l'accueil favorable qu'en avaient fait les différents Chefs des études. La première édition date de 1765, la deuxième de 1766, avec une réimpression en 1768, la troisième de 1774, la quatrième de 1783 elles se firent toutes à Lyon dans le petit format in-12°, chez les frères Périsse, libraires des Collèges.
La cinquième édition se fit à Paris en 1800, in-8°, chez Obré libraire, enfin sous le nom de l'auteur, beaucoup plus complète et plus correcte que les précédentes par les éclaircissements, additions et corrections ; la préface fut presque totalement refaite et l'Essai d'Éducation à l'usage des Collèges fut remplacer par un Cours d'Études à l'usage des jeunes gens. La sixième édition en 1806, in-8°, également à Paris chez Obré, conforme à la cinquième, fut augmentée d'une notice sur l'auteur faite par son frère.
Pour la septième édition qui se fit à Avignon en 1811, chez Jean-Albert Joly imprimeur libraire, on retrouve le petit format in-12° et le texte de la quatrième édition faite à Lyon chez les frères Périsse. Il est vrai qu’Obré avait placé la cinquième édition sous la protection des Lois et de la probité des Citoyens en interdisant toutes contrefaçons.


Ode sur la mort, l'Homme et Ode, trois poésies insérées dans le Recueil de l'Académie des Jeux floraux de la ville de Toulouse.


Oraison funèbre de Charles-Emanuel III (Turin 1773 - imprimerie Royale, IN-8°).


Histoire Générale de Provence (Paris, 1777-1786, en 4 volumes IN-4°), l'abbé Papon y ajouta plusieurs titres et documents relatifs aux anciens historiens provençaux. Parmi les pièces curieuses qu'il découvrit dans son voyage de Naples, dit M. Bernardi , on remarque la quittance que Jeanne donna au Pape Clément VI du prix de la ville d'Avignon, qu'elle lui avait vendue. Dans l'Éloge publié par M. Bernardi, après la mort de l'abbé Papon, dans le Journal des Débats, il est dit que les états de Provence récompensèrent leur historien par une pension de huit mille francs; mais elle ne fut jamais que de deux mille, et cessa aussitôt après l'impression du quatrième et dernier volume de l'histoire de Provence. Il est vrai que Louis XVI et Louis XVIII dédommagèrent l'auteur par leurs bienfaits; mais les États ne furent pour rien dans cette munificence.
Les 4 volumes sont disponibles en consultation ou en téléchargement sur le site de la Bibliothèque Nationale de France GALLICA


Voyage Littéraire de Provence, suivi de quelques lettres sur les Troubadours (Paris 1780, IN-12°; 1787, 2 volumes IN-12°; traduit en allemand par Hebenstreit, avec des additions, Leipzig, 1783, IN-8°). Contient tout ce qui peut donner une idée de l'état ancien et moderne des Villes, les Curiosités qu'elles renferment; la position des anciens Peuples, quelques Anecdotes littéraires, l'Histoire - Naturelle, les Plantes, le Climat, etc. et cinq Lettres sur les Trouvères et les Troubadours. La première édition, publiée en 1780 chez Barrois l'aîné, libraire à Paris, se fit sous les initiales P. D. L. signifiant Papon De L'Oratoire. Plus riche et plus variée, la seconde fut publiée en deux volumes chez Moutard à Paris en 1787, sous le titre de Voyage de Provence.
En 1984, les Éditions de la Découverte avaient reproduit celle-ci dont quelques passages furent supprimés notamment la Préface. L'orthographe fut modernisé en particulier pour les noms de lieux. Avec une excellente introduction et des notes judicieuses faites par Madame Louise Godard de Donville chargée de recherche au CNRS.
La première édition de ce livre est disponible en consultation ou en téléchargement sur le site de la Bibliothèque Nationale de France GALLICA


Histoire du Gouvernement Français, depuis l'Assemblée des Notables, tenue le 22 février 1787, jusqu'à la fin de Décembre de la même année (Londres, 1788, IN-8°; Paris, Cussac, 1789). L'abbé Papon avait gardé l'anonymat. Il prédit, dans cet ouvrage, une partie des événements qui engendrèrent la Révolution.
Ce livre est disponible en consultation ou en téléchargement sur le site de la Bibliothèque Nationale de France GALLICA


De l'action de l'opinion sur les gouvernements. (1788, IN-8°) Imprimé à la fin de 1788 toujours sans nom d'auteur. Dans cet ouvrage il fait voir, comment les opinions nouvelles et les prétentions que les tribuns suscitèrent à Rome parmi le peuple, amenèrent des troubles qui, après avoir fatigué les esprits par les longues agitations, et l'état par des guerres cruelles, ouvrirent à Auguste le chemin du trône, qui fut regardé comme un asile contre les désordres de l'anarchie.


De la Peste, ou Époques mémorables de ce fléau et les moyens de s'en préserver (Paris, Lavilette, an VIII (1800) 2 tomes en 1 seul volume IN-8°). L'auteur y donne l'histoire de la peste depuis celle qui désola Athènes du temps de Périclès et d’Hippocrate jusqu'à celle de Marseille. Dans la collection Récits des Grands Jours de l´Histoire, le numéro cinq fut consacré à La peste de Marseille en 1720, extrait du tome 1 précédent, avec quelques différences.


Relation de la peste de Marseille en 1720 et de celle de Montpellier en 1629. (Montpellier, Séguin, 1820, IN-8° de 120 pages) Extrait du précédent.
Ce livre est disponible en consultation ou en téléchargement sur le site de la Bibliothèque Nationale de France GALLICA


Méthode pour apprendre facilement la langue grecque, à laquelle l'auteur a joint quelques opuscules d'un moindre intérêt.


Trois mémoires (lus à l'Institut de France, et indiqués d'après le rapport des secrétaires dans le Magasin encyclopédique de 1797 à 1801) :
Sur les Républiques italiennes et principalement sur celles qui furent établies en Provence au moyen âge.
Sur une Inscription découverte dans les fondations de l'arsenal de Marseille.
Sur le Commerce du Levant, dans le moyen âge, et principalement sur celui des Génois.


Histoire de la Révolution de France, depuis l'ouverture des États Généraux, en mai 1789, jusqu'en novembre 1789 [Paris, Poulet, 1815 en 6 volumes IN-8°; traduit et édité en allemand par Hartlebens Verlag à Pest (Budapest), imprimé par Strauß à Vienne en 4 volumes, 1820 et 1841]. Dans son Éloge, M. Bernardi s'est trompé en disant que l'abbé Papon continuait cet ouvrage lorsque la mort le surprit. L'histoire de la révolution était terminée; mais ce ne fut qu'après la première restauration, en 1815, que Papon jeune, frère de l'auteur, a pu la faire imprimer.
Dans le Tome X de L'Ami de la Religion et du Roi (Paris, 1817) on peut consulter un résumé de l'Introduction de cette œuvre.