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René Lachaîne

 

 

 

Recueil de textes écrits au fil des mois et des saisons, avec le temps et selon le temps. Concentré de plusieurs années en une seule. On y voyage, de janvier à décembre,

 

janvier
grand épervier
grand oiseau de froid
qui parcourt inlassablement
les profondeurs de l'univers
et n'en rapporte invariablement
que de désespérants morceaux d'hiver


décembre
vieille ayant perdu son vieux
qui ne sort plus de sa chambre
et n'entretient plus le feu

 

des neiges aux neiges, des froidures au retour des carouges, des muguets aux asters et verges d'or, de l'amour à la mort à l'amour....Voyage à travers tous les temps, des pires tempêtes d'hiver au plus charmant printemps,

 

tel un rapace occupant le faîte
d'un rocher pour mieux surprendre sa proie
sur les humains occupés à préparer leurs Fêtes
la tempête lorgne de son oeil blanc et froid

 

mars
est en marche douce
rien ne le presse
rien ne le pousse
mais il progresse
pousse après pousse
l'hiver régresse
mars à ses trousses

 

des folies de juillet aux regrets de novembre.

 

je n'ai pas fermé l'œil de juillet
trop occupé à lui courir après
obsédé par la célébrité
de celui que l'on surnomme été

 

fermez l'œil et plongez  dans cet austère lieu
où les couleurs boudent en attendant avril
où les parfums s'enferment dans leurs bocaux précieux
fermez l'œil et plongez où l'œil est inutile
vous voici en novembre qui n'a rien pour les yeux
et rien pour l'odorat que des terres stériles

 

Une année, comme une vie. Tout y passe: l'angoisse,

 

double épaisseur de verre entre l'hiver et lui
un coeur en cage se bat pour un moment d'existence

 

l'espoir,

 

rien que le début d'un peut-être
farci de conditions
jeté avant de disparaître
du haut de ton balcon

 

l'exubérance,

 

c'est un sauve-qui-peut où c'est le plus gourmand
qui se sert en premier, et les pois mange-tout,
pour croquer le soleil dont ils sont si friands,
montent sans s'excuser sur le dos rond des choux.

 

la passion,

 

l'été a des couleurs
reflets d'un bel ailleurs
à brûler tout son août
sa vie par les deux bouts
et mourir quand elles meurent

 

la nostalgie,

 

obscure poudrerie
qui embrouille le jour
mettant au même lit
et la mort et l'amour
ornant d'un même blanc
jardins et cimetières
neige tombant légère
sur le poids de nos ans

 

l'envie de recommencer autrement. Non pas sur un fond de paysage mais par tous les paysages d'ici, avec un net penchant pour le vert de l'été, et les couleurs chaudes.

Tourner les pages de ce recueil devrait être un peu comme tourner celles d'un calendrier où, au lieu de la traditionnelle photo mensuelle, on trouve, pour chaque mois, des mots qui évoquent le temps de l'année, des mots qui traduisent et expriment les états d'âme de celui ou celle qui est en train de traverser un autre cycle des quatre saisons de la nature, une autre année de sa trop courte vie.

 

encore une qui s'en est allée
avec un morceau de notre vie
avec une part incalculable
de notre inestimable temps
encore une qui s'est enfuie
dans le grand trou noir
de notre mémoire
déjà remplie d'irrécupérables blancs
encore une qui s'en est allée
sournoisement.

 

 

 

 

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