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Paul Jolit nous parle d' Anne Philippe et de son roman " Ici, là-bas, ailleurs ".

Ici, là-bas, ailleurs, trois types de lieux pour des rencontres dans le temps et l'espace. Anne Philipe choisit d'en étoffer la trame en recourant à des situations telles que vécues et éprouvées par les personnes dépeintes à ces moments précis, des passages en quelque sorte.  Peut-être n'y a-t-il pas d'autre moyen pour rendre avec le plus de justesse l'éclatement des lieux et des personnalités. Et la distance n'est pas des moindres parmi les éléments cruciaux, puisqu'elle s'immisce logiquement et immanquablement dans nos perceptions.

Au travers de ces "saynètes", on se trouve confronté à la peur, à cette autre chose si menaçante pour notre intégrité. Menaçante, car elle échappe à toute emprise. A moins peut-être, une fois transposé dans l'espace, d'y voir une voie pour faire éclater au grand jour SA réalité et lui imprimer sa véritable dimension. L'effacement de cette appréhension s'apparente cependant déjà à la mort, une mort moins sèche et suffocante qu'il n'y paraît, une fois passé le cap. Et là, on se rend compte que les compréhensions divergent, que les autres peuvent être un apport, que ce soit pour retrancher ou perpétuer.

Les lieux, de la même manière, ont leur âme et sont pétris de ces déchirements pourtant pas si uniques et apparemment fermés l'un à l'autre, inaccessibles, renvoyés à leurs heures à la dimension personnelle ou familière. Mais si la peur est si décisive, c'est qu'elle accompagne souvent un besoin primordial "égoïste" de sécurité, qu'il prenne ou non argument du passé ou d'une absence.

Le défi relève d'une autre approche : l'amour seul invite à un détachement sans oubli, insoucieux de se donner sans vouloir retenir ce qui, gravé en creux dans une pupille, s'inscrit dans l'éphémère et est voué à la perte. Plus facile à dire qu'à faire, admet l'auteur, mais l'espace ainsi ouvert permet la réflexion et l'écriture.

 

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Paul Jolit  nous parle d' Eszter Forrai et de son récit autobiographique " Déchirure de Ciel ".

 

As-tu été jusqu'aux sources de la mer ?
T'es-tu promené jusqu'au fond de l'abîme ?
Les portes de la mort te sont-elles apparues ?

Livre de Job 38/16

Dans ce petit livre, Eszter Forrai nous retrace la période s'étendant de son enfance hongroise jusqu'au voyage libérateur à Paris pour rejoindre son amoureux.

La petite Eszter est assez frondeuse et les tours pendables s'enchaînent. En qualité de troisième enfant, elle veut se démarquer. Le contrecoup est une suite de cauchemars où la présence de grilles tentaculaires se fait sentir. Elle a malgré tout un petit camarade nommé Tibor qui l'emmène à la synagogue en bel habit et s'accommode fort bien de son caractère.

Puis vient la guerre. Les Nazis obligent les Juifs au port de l'étoile jaune, qu'Eszter, avec ses yeux d'enfant, voit comme une marque de distinction. Vient le temps des privations, des discriminations, des alertes, des bombardements. Eszter évolue parmi ses frères et sœurs, s'intéresse au piano, prend en grippe le violon. Mais des morts, couverts de feuilles de journal, jonchent souvent les rues. "La mort m'est devenue familière". Les familles ont peur et se retranchent dans leurs abris. Le père de Tibor est enterré par le père d'Eszter, un ami. Quoi de plus beau, si n'était la hantise de la déportation. La mère assure l'intendance et veille à un minimum d'affection. Le père est finalement exécuté. La tante, personne caractérisée par sa beauté et son caractère décidé, brave l'interdit et est tuée par les Nazis. Tous les personnages gravitant autour d'Eszter forgent chez elle une force intérieure indéniable contre l'injustice.

Peu à peu, les troupes soviétiques avancent et, après la guerre, un régime communiste s'installe au pouvoir. Eszter a grandi. Les premiers émois amoureux se manifestent, troublants et incompréhensibles à la fois. A l'école, son chemin la conduit avec le temps à découvrir et dévorer les livres qui lui tombent sous la main. Elle écrit déjà depuis quelques années, mais son rêve le plus cher est d'écrire de la poésie. On l'y encourage. Elle se lance dans les études pour devenir enseignante. Après 1956 (entrée des chars soviétiques à Budapest), son ami, rencontré depuis peu, veut s'expatrier à Paris. Les passeports ne sont délivrés qu'au compte-goutte. Il s'agit avant tout de retenir les futures élites. Eszter Forrai relate ses démêlées avec l'administration, et notamment certains fonctionnaires maniant tour à tour baguette et empressement. Elle finira par partir.

Son récit autobiographique est suivi de quelques poèmes poignants tournant autour de son expérience de la guerre : un père défunt, des grilles, des soldats... et "la prière aux morts /" qui "s'élève / dans le ciel".

 

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