Paul Baer
(Vu par sa petite fille
Madeleine Jougla-Auber)
Gustave
BAER (Architecte), d’origine Suisse, s’installe à Moulins et prend pour épouse
Estelle ERBA qui lui donnera trois enfants : Estelle, Gustave et Paul.
Son nom est associé au monument Théodore de Banville à Moulins.
- Estelle épousera Paul Picard et aura un fils : Paul, garçon
remarquablement intelligent, promis à un bel avenir, qui disparaîtra
prématurément à l’âge de vingt ans.
- Gustave sera, lui aussi, architecte et laissera sa marque à
Moulins et dans la région. Il contractera mariage avec Andrée Bimbar mais cette
union demeurera stérile. En 14-18 Gustave est à créditer d’une très ‘’bonne’’
guerre dont il sortira sérieusement handicapé d’une jambe. Héraldiste distingué,
il était également passionné par le costume militaire à travers les âges ; pour
ce, il se constituera une magnifique collection de soldats de plomb où il était
à la fois modéliste, fondeur, ébarbeur et peintre. Il taquinait Euterpe et
poussait parfois des chansonnettes de sa composition, avec son frère Paul, en
s’accompagnant au piano.
- Paul fera une brillante carrière à la Préfecture de
Moulins et prendra pour épouse Charlotte Demonferrand qui le comblera en lui
offrant deux filles et deux fils : Jacqueline (ma Mère, dite Timère) ,
Georges, Madeleine et Jean-Paul. Comme son frère Gustave, il était très doué
pour les Arts : il composait des mélodies, jouait de plusieurs instruments,
flirtait avec la poésie et se risquait à la peinture avec un rare bonheur. Ce
philosophe subtil et facétieux cultivait l’art de la dérision. Il adorait
enfants et petits enfants. Col blanc et grand bourgeois cela ne l’empêchait pas
de retrousser les manches pour récolter ses pommes, de les écraser avec un
maillet et d’assurer leur fermentation avant que le bouilleur de cru en fasse de
l’eau de vie. Elle était célèbre dans la famille la ‘’goutte de Bon Papa’’ et
mon arrière Grand-père y faisait souvent honneur. Quand on lui demandait quel
était le secret de sa longévité (il nous a quittés dans sa centième année) il
répondait invariablement, avec un clin d’œil malicieux, que c’était grâce à
sa…goutte.
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Ses Poésies
Amour
imaginaire
Sur
le lit parfumé de rose et de jasmin,
Une
forme repose, élégante et rêveuse.
Que
ne puis-je effleurer d’une lèvre amoureuse,
La
pulpe de sa main.
Sous
la fine dentelle, au délicat dessin,
Le
rythme silencieux d’un adagio de rêve
Révèle
au mouvement qui s’abaisse et s’élève
Le
galbe de son sein.
Simulacre
esthétique, image virtuelle,
Onirique
frisson d’émotion sensuelle,
Dont
Anima formait des films du souvenir.
Ô
Psyché donne m'en l'apparence consciente
D’inestimable
joie et d’ardeur vivifiante,
Je
vois poindre la mort dans un proche avenir.
Le
Souvenir
Où donc
est l'avenir ? Où donc est le passé ?
Cet
arc étincelant que ma lumière irise,
De
l’atome lui-même instable, entrelacé,
S’efface
et disparaît au souffle de la brise.
Il
est toujours en toi, grâce à ton souvenir
Où
son image obscure est alors enchâssée.
Tu
le reconnaîtras au seuil de ta pensée,
Lorsque
le flux vital le fera revenir.
C’est
ainsi que subsiste une forme vibrante,
Encastrée
et blottie en ton âme inconsciente
Possible
évocation du passé disparu.
Cette
active énergie, insensible à toi-même,
Trésor
accumulé de tout ce que l’on aime,
Souvenir,
ce miracle un instant apparu.
La
Conscience
Dans
le présent si court où tout se réalise,
Mes
sens et ma pensée et mon cœur ingénu,
Revêtant
un instant une forme précise,
M’ont
révélé ce moi, de tout autre inconnu.
Miracle
des couleurs, des lignes immobiles,
Quand
la beauté surgit à mon regard charmé.
Miracle
des émois, des caresses subtiles,
Des
yeux énamourés dans un visage aimé.
Mirage
de la mort. Miracle de la vie.
Apparence
du jour, dans l’ombre ensevelie
Chaque
soir, et pourtant tu renais au soleil.
Apparence,
illusion, pauvre corps, ton sommeil
Lui-même
cessera, quand toutes tes parcelles
Iront
dans le creuset des normes éternelles.

Amour et Beauté
Visage
adolescent de beauté rose et blonde
D’un sourire hésitant, craintif, abandonné,
S’offre aux chastes
baisers de famille à la ronde,
Éveillant un émoi chez l’ancêtre étonné.
Visage aux yeux brillants de beauté rose et blonde,
Fais jaillir l’étincelle au plus profond du cœur,
Imprime en son esprit une trace profonde,
Source d’hallucinante et pénétrante ardeur.
Ô
visage adorable de beauté rose et blonde
Seras-tu donc flétri, profané par une onde
Amoureuse, rêvant te posséder un jour ?
Mais cette onde s’estompe et se métamorphose
Une image esthétique a sublimé l’Amour !
Ô
visage innocent de beauté blonde et rose.
Caresses imaginatives
S’avance pas à pas, sur le sentier fleuri,
Une forme élégante et fine, lierre et rose,
S’estompe lentement et se métamorphose,
Diamants noirs lumineux, se retourne et sourit.
Sur le lit parfumé, délicate repose
Une jatte de lait, où pointent deux rubis,
Sous un voile léger pour des jeux interdits
Un satin fascinant se présente et s’impose.
Le
navire oublieux du passé qui n’est plus,
S’éloigne
sur la mer des souvenirs perdus
Le
plaisir demeuré, se ranime et s’étonne
De l’apport journalier d’un fruit mur et sucré
Source de volupté dans un jardin discret,
Le soleil resplendit sur la mer monotone.
La Mémoire
Dans cet antre secret que nul ne peut connaître,
Je rassemble avec soin un trésor fabuleux
De films que je puis voir en tableaux merveilleux
Dans une salle immense où moi seul pénètre.
Là, je me suis montré les lieux qui m’ont vu naître
La montagne, la mer paraissent à mes yeux.
Des chants accompagnés d’accords mélodieux
Tout le bonheur du monde envahissant mon être.
Spectacle inégalable, amour, désir, beauté
Extatiques lueurs, joyaux d’éternité
Dont je perçois vivant, la mystique lumière.
Mais, à l’instant, je meurs, le trésor amassé
Dans la nuit
tout-à-coup, soudain s’est dispersé,
Ne laissant que ce nom mal gravé sur la pierre.
La
Pensée
Il
est un labyrinthe où se cache le mot
D’un
ensemble idéal, étiquette sonore.
La
pensée indécise, en secret s’élabore
En
un film ondulant dont je perçois l’écho
Je
ne puis donc arrêter la colombe qui passe
Dans
le présent si court, et je ne puis faire un choix
Parmi
les éléments du film que je perçois
Se
déroulant sans cesse en ce minime espace
Demain
le jour sera tel que je l’ai pensé.
Cet
avenir, en moi, trouve son origine
Dans
l’essaim voltigeant des miettes du passé.
Mais
que restera t’il de ce que j’imagine
Dans
le présent futur, aimable ou décevant
Réalisé sans fin par l’univers vivant
Les
Rêves.
Dans
le silence obscure où mon âme a sombré
Des
messages des sens, en moi, rien ne persiste
Bien
que l’activité des organes subsiste
En
mon corps sans conscience et tout enténébré.
C’est
alors que surgit la fantasmagorie
Des
souvenirs vibrant d’une faible clarté
Formant
et déformant en toute liberté
Des
films de cauchemars ou de douce euphorie.
Dans
mon demi sommeil, ne pouvant faire un choix,
Je
ne puis diriger le film que je perçois.
Pourtant
ce que j’ai vu, je veux le voir encore
Mais
le léger sillon que le film a tracé
S’estompe,
et disparaît tout ce que j’ai rêvé
Lorsque s’impose à moi, la lumière sonore.
Perceptions
Affectives
Parfois la nuit le jour, comme une onde amoureuse,
Le bonheur envahit mon corps émerveillé
De sentir se glisser en lui la vie heureuse
Que reconnaît alors mon esprit éveillé.
Mais voici le malheur qui brusquement m’enlise
Tel un marais gluant, d’où je ne puis sortir.
Surpris du lien brutal qui lors le paralyse,
Mon corps ne répond plus aux vœux de mon désir.
Comment me libérer de cette âpre misère ?
Comment puis-je briser ce lien qui m’enserre ?
Je veux fuir le malheur, il s’attache à mes pas.
Je voudrais aborder à ce havre paisible
De
douceur idéale, état imprévisible,
Je cherche le bonheur et ne le trouve pas.
Poète abstrait
La pensée est en moi telle une eau souterraine
S’acharnant à briser le roc dur qui l’étreint
Pour aller s’épancher, tranquille dans la plaine
Sous les aulnes ombreux, à l’air pur et serein.
Pour extérioriser cet émoi qui me brise,
Je ne veux point de phrase et non plus de récits.
Des mots évocateurs, la cadence précise
Fera frémir les cœurs en frappant les esprits.
Mon âme percevra l’enveloppe charnelle
Qui retient ma pensée arrogante et rebelle
En ses liens astucieux.
Je clamerai ma joie, ou ma douleur immense
Mon sang vermeil et pur, en crise de démence
Jaillira jusqu’aux cieux.
Existence
J’existe,
je suis là. Quelle est ma raison d’être ?
Tu m’as créé Seigneur, sans me dire pourquoi,
Je dois vivre sur terre, en respectant ta loi,
Dans l’espoir d’un destin que je puis connaître.
Aujourd’hui je suis là, mais hier, mais demain ?
Jamais je ne saurai ce que je suis. Mon âme
Dans un brouillard épais, brille comme une flamme
Qui ne peut éclairer que le bord du chemin.
Je ne suis plus ce que j’étais. Dans ma mémoire
Ont pu s’enregistrer des miettes de l’instant,
Evoquant du passé l’apparence illusoire.
Miracle ! Je suis là, dans ce moment présent,
Je prends en moi, pour moi, conscience de moi-même,
Connaissance de soi, félicité suprême.
Amour
Je t’aime…Loin de toi, ton image incertaine,
Enrobe ma pensée à toute heure du jour.
Tel un voile léger et sombre tour à tour,
S’étend dès le matin sur la forêt lointaine.
Puissions-nous ériger, au fond du bois sacré,
La tente de l’hymen où Vénus de Cythère,
Viendrait nous enseigner l’ardent et doux mystère
De
la fusion des corps en son temple secret.
Guidés par les désirs des simples particules,
Les atomes unis au sein des molécules
Forment le corps vivant par lui-même assemblé.
Mais séparé de toi, moi je ne puis plus vivre.
J’accours, je te vois, ta caresse m’enivre.
Près
de toi, tout est bien et mon être est comblé.
Evocation
Ombre qui fut pour moi, l’amoureuse adorable
La sphinge ardente et pure, aux cheveux d’or brunis
Peut-il t’en souvenir, de nos deux corps unis
Dans une douce étreinte et d’extase ineffable ?
Sous les rameaux touffus d’une forêt d’érable
Mollement étendus, tout près sur un tapis
D’herbe odoriférante où soudain tu frémis
Au contact émouvant d’une chair désirable.
Avec toi j’ai connu la précieuse saveur
Des humides baisers, j’en garde avec ferveur
Une image idéale en mon âme enchâssée.
Bientôt je partirai, dans un rêve imprévu
Pour ce monde enchanté d’où nul n’est revenu.
Te reverrai-je alors ? Reine de ma pensée.
Spleen
Je vois poindre des jours de souvenirs perdus,
Où jamais le passé ne peut revivre encore.
Le malheur a ruiné les ombres que j’adore,
Tout s’enfuit et s’estompe en émois éperdus.
J’envisage attentif un avenir confus,
Mirage décevant, ce que j’aimais j’abhorre
Egaré sans espoir d’un secours d’ellébore,
Torturé,
tourmenté de tout ce que je fus.
Je sens mon corps crispé d’une terreur panique,
J’entends des cris stridents, un rire satanique,
Le démon qui me suit, plane comme un vautour.
Comment pourra finir cette étrange aventure ?
En quel ciel lumineux te reverrai-je un jour,
Ô
beauté cristalline, éblouissante
et pure.
Le Miroir
Je suis là, devant moi le conseiller des grâces,
Reflétant la lumière errante du matin,
Me révèle un faciès, au regard incertain,
Dans un visage usé, ravagé de disgrâces.
Les cheveux disparus n’ont pas laissé de traces
Sur ce front dégarni. Sur ce crâne ivoirin,
Poussent quelques fils blancs. Sur peau de
parchemin
Les
rides ont tracé un masque de grimaces.
Jadis, c’était un teint de roses de printemps.
Je ressentais en moi la jeunesse du monde,
La caresse des yeux de beautés brune ou blonde.
Les formes, les couleurs, les parfums enivrants.
Tu fus jeune, il est vrai. Mais ton âme bien née
Voit poindre, sans émoi, ta nonantième année.
Souvenir d’Amour
Sur les rameaux fleuris des arbres du verger,
D’un vol souple et précis, l’abeille butineuse
Va cueillir le nectar et le pollen léger
Pour distiller le miel et la cire onctueuse.
Ainsi dans les replis de ma mémoire heureuse
Où gît le souvenir, inconscient du passé,
Et suivant un sentier légèrement tracé
Je vais glanant les fleurs de ma vie amoureuse.
Pourrai-je retrouver dans une évocation,
Le frisson émouvant, l’indicible émotion
Des humides baisers de lèvres parfumées.
Un souvenir d’amour, hélas, n’est pas l’Amour.
Que reste-t-il en moi, du passé d’un beau jour ?
Tout ce que j’en perçois, n’est que rêves et fumées.
Abstraction
Par delà le roc dur de l’univers sensible,
En suivant le sentier des souvenirs perdus,
Une idée a franchi la frontière invisible
Du monde intemporel où le présent n’est plus.
Par delà le rideau des vaines apparences,
Du monde sans lumière où vont les pauvres morts
Retrouver les soucis, les rêves, les remords,
En reflets irréels de leurs réminiscences.
Ô nuit, douce oasis de mon dernier sommeil,
Donne-moi le repos éternel sans réveil,
Si je ne puis revoir la sylve indifférente.
Errant de par les bois, où la sève montante
Vient gonfler les bourgeons, brisant leur cœur étroit
Tout le bonheur du monde, ô mon corps est en toi.
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Ses Aquarelles

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