Il fut un temps où la
blancheur du linge avait plus d'importance que
l'hygiène corporelle. Si l'on cachait sa crasse,
l'on se devait d'exhiber des chemises immaculées.
Autour des lavoirs publics, les blanchisseuses
encore appelées bugadières (du provençal
bugadiero) avaient la meilleure arme : le savon
de Marseille (lire mon article sur le savon de
Marseille
ICI).
S'il n'a pas été inventé dans cette ville, ce savon
y a cependant acquis sa réputation dès le XVIIe
siècle, en particulier grâce à l'huile d'olive qui
participe à sa composition.
Pauline Bonaparte par
François-Joseph Kinson (1808)
Au milieu du XVIIIe siècle, le bain entrait dans les
mœurs grâce à l'élite aristocratique qui copiait
Versailles, renouant ainsi avec les habitudes
romaines des thermes publics en vigueur jusqu'au
Moyen Age. On venait même de loin prendre les eaux à
Gréoux (aujourd'hui Gréoux-les-Bains dans les Alpes
de Haute-Provence) comme Pauline Borghèse, la plus
belle des sœurs de Napoléon Bonaparte et sa
préférée, qui exigea l'installation d'une baignoire
en marbre au château de la Mignarde, bastide aixoise
où elle logeait (lire le complément à propos de la
Mignarde en bas de l'article).
La baignoire de
Pauline Borghèse à la Mignarde
Les pièces particulières dévolues aux douches,
cabinets de toilette et baignoires commencèrent à se
généraliser au début du XXe siècle et, avec elles,
de nouveaux meubles et de nouveaux accessoires.
Parallèlement, les machines à laver se sont
développées, reléguant lavoirs et bugadières à la
mémoire collective alors qu'on use et abuse de la
poudre à laver qu'un savonnier marseillais adapta à
cet usage. Nos voisins grassois, longtemps
spécialisés dans les extraits de parfum, prirent le
tournant de cette nouvelle mode en lançant de
nouvelles gammes de cosmétiques aux arômes de
Provence (lire mon article sur "L'histoire du
parfum" et Grasse
ICI).
Source
: D'après le livre L'âme des maisons provençales -
Editions Ouest-France.
Complément sur la bastide de la Mignarde
Château de La Mignarde
Sur la route des
Pinchinats (quartier situé au nord-est de la ville
d'Aix-en-Provence) se trouve le château de la
Mignarde, construit vers
1670. Il fut acquis par Gabriel
Mignard, confiseur du
maréchal de Villars, en
1766. Après sa mort, sa veuve
sollicita du
fontainier
Féraud de trouver une source, ce
qu'il fit à l'est du domaine. Son fils, Sauveur
Mignard, fut ainsi en mesure d'aménager un
jardin à la française
et de faire de la propriété une
"villa à l'italienne".
Ce château est surtout réputé pour avoir abrité la
liaison entre
Pauline Borghèse, la sœur de
Napoléon, et
Auguste de Forbin, jeune
aristocrate
aixois. La tradition veut que, au
château de la Mignarde, Pauline Borghèse ordonnait
de faire battre les mares pour effrayer les
grenouilles
dont les coassements gênaient son
repos. En outre, elle prenait des bains de lait
d'ânesse (dans la fameuse baignoire). Lors d'un
nouveau séjour à Aix, en
1813, elle rompit sa relation avec
Auguste de Forbin. Celui-ci devint directeur des
Musées royaux, fonction qu'il exerça jusqu'à sa
mort, en
1841.
Le château de la
Mignarde fut acquis en
1858
par
Émile Rigaud
maire d'Aix-en-Provence
(1849–1863).
Pinchinats
: l'étymologie du nom de ce quartier vient du
provençal penchinat, désignant les ateliers
de peignage qui y étaient établis au Moyen Âge. Ces
ateliers nécessitaient une eau abondante et pure. La
vallée des Pinchinats est considérée comme le
"château d'eau de la ville d'Aix".
A noter que Pinchinat est aussi un nom de famille
très ancien.
Source
: Wikipédia - l'encyclopédie libre