La
"ruine"
Dans
l’état où se trouvait ce
bastidon, comment pouvions-nous l’appeler autrement que la « Ruine » ?
Même maintenant où il a retrouvé un certain lustre,
ce nom lui est resté.
Ce
petit bâtiment de 10 mètres x 5 mètres, avec des murs de 50cm était, à
l’origine, composé de deux pièces ;
la plus grande réservée aux humains et la seconde à l’âne. Ces deux pièces
communiquaient entre elles par une ouverture dans le mur de séparation ;
ainsi non seulement cet équidé était chargé de tracter la charrette mais,
l’hiver, il faisait office de chauffage central.
Le
premier travail avait été de débarrasser le sol, jonché de débris, dus à
l’écroulement du toit et d’une partie des murs ; il avait fallu
ensuite arracher laurier-tin, cade et romarin qui
squattaient la « Ruine ». Au cours de ce nettoyage j’avais eu
l’heureuse surprise de récupérer quelques carreaux anciens, dont certains en
bon état. Il y avait également
deux pins qui avaient élu domicile dans cette vieille bicoque, l’un moyen
mais l’autre très gros ; vu l’état de délabrement de la baraque, il
n’était pas question d’abattre ces arbres de manière classique car les
murs ne l’auraient pas supporté. J’avais donc joué les alpinistes et muni
d’une scie à bûches, passée par Madeleine à l’aide d’une corde,
j’avais débité ces résineux, depuis le sommet, par tranches comme des
vulgaires saucissons.
Il
fallait en priorité
consolider les murs ; après avoir sérieusement nettoyé ces derniers, je
les avais copieusement humidifiés à l’aide d’un pulvérisateur à dos,
puis projeté à la main (du geste auguste du maçon) du ciment pur de façon à
faciliter la prise du futur enduit. Puis, j’avais affiné ma technique de crépissage
sur toute la surface des murs aussi bien à l’intérieur qu’à
l’extérieur. Cela m’avait pris pas mal de temps car j’avis dû
projeter 4 à 5 couches selon les endroits. Même Madeleine avait participé à
la « fête »
Après quelques jours
de séchage, mis à profit pour débroussailler les abords de la ruine,
j’avais entrepris un travail long, fastidieux et pénible. En effet, lors de
l’arrachage des romarins dans la maison je
m’étais rendu compte que les racines passaient sous les murs et en creusant
un peu plus j’avais pu constater qu’il n’y avait pas de fondation.
J’avais résolu le problème en creusant sous le mur une tranchée de 30cm de
profondeur sur une longueur de 50 cm ; puis je coffrais et injectais du béton
très liquide. Je ne pouvais pas creuser sur une plus grande longueur car le mur
risquait de s’affaisser ; je répétais la même opération chaque jour,
faisant petit à petit le tour de la maison. Ce travail
qui me prenait environ deux heures par jour, avait pratiquement duré
deux mois ; le reste de la
journée je débroussais le terrain qui devait recevoir la serre destinée à
notre futur élevage de lapins.
Nous avions décidé de conserver les
emplacements de la fenêtre, du fenestron et de la porte dans la grande pièce ;
par contre, dans la petite, la porte de l’âne avait été condamnée pour
laisser la place à une fenêtre ce qui nous obligeait à ouvrir une porte de
communication reliant les deux pièces. Dans l'ancienne écurie nous avions
l'intention de conserver la petite ouverture du fond et de créer une ouverture
pour y placer un fenestron.
Il avait donc fallu démolir, tailler,
coffrer, ferrailler et
bétonner les faces latérales des ouvertures avant de couler les linteaux ;
j’avais par la suite dégagé les murs de façades avant et arrière,
les murs pignon et le mur de refend et coffré le tout en ferraillant
l’ensemble pour constituer un chaînage avec un béton costaud. Nous avions eu
quelques difficultés pour le coffrage car les anciens montaient, très souvent
des murs pyramidaux et c’était le cas dans la ruine. J’avais donc coulé
mon béton et laissé sécher pendant une bonne semaine. J'avais mis à profit
les jours de séchage pour dégager les carreaux anciens de la grande pièce et
mettre en place toutes les gaines destinées aux fils électriques et aux tuyaux
d'eau et de gaz; puis j'avais tracé les niveaux dans les deux pièces et avait
fabriqué en place un grillage en fers tors de 8 qui prenait appui dans les murs
sur une profondeur de 5 cm, afin de pouvoir couler les dalles de béton qui
allaient dès lors consolider l'ensemble des murs. J'avais du couler les dalles
pièce par pièce car je n'avais pas dix bras. J'ai omis de vous dire que mes
linteaux sont doubles; une partie en bois pour l'esthétique, mais capable de
supporter mon ouvrage et au-dessus un linteau en béton armé par sécurité. La
plupart des observateurs me font observer qu'il s'agit d'une maison et non d'un
blockhaus mais que voulez-vous, à mon âge on ne se refait pas et je privilégie
toujours le "costaud" ! Alors que nous nous apprêtions à attaquer la
toiture, nous décidons de faire une cheminée. Donc on coule un socle, on maçonne
selon un vague plan pêché dans un bouquin et on monte les boisseaux. Puis
vient le temps de poser les poutres anciennes devant recevoir les traverses et
le parquet qui constitueront le plafond séparant les pièces du petit grenier.
La mise en place de la charpente, toujours
en bois de récupération, a été plus compliquée que pour la station de
pompage car il s'agit cette fois d'un toit à deux pentes reposant sur une génoise.
Il ne faut surtout pas se mettre martel en tête car avec un minimum de bon sens
et de réflexion on arrive toujours à résoudre les problèmes. Pour nous, le
plus délicat a été l'étanchéité au niveau des boisseaux sortant de la
couverture. Nous avions posé nos plaques d'éverite et par dessus nos tuiles
canal anciennes récupérées chez un vendeur spécialisé. Ce travail était délicat
mais pas fastidieux car le fait de marier les tuiles par nuances était très
plaisant. Par contre la faîtière en tuile m'avait valu pas mal de
soucis.
Nous
avions trouvé chez un marchand de matériaux anciens, à Brignoles, toutes nos huisseries et cela nous avait coûté
la peau des fesses. Évidemment lors des travaux nous avions adapté les
dimensions des ouvertures à celles de nos huisseries et par conséquent la pose
de ces dernières avait été relativement plus facile.
Enfin
les gros travaux sont terminés et la "Ruine" est hors d'eau. Il reste
plus que..la création de la salle de bain, la plomberie, l'électricité, le
plafond et les finitions.
J’avais
donc installé l’électricité en respectant rigoureusement les normes en
vigueur, ne tenant pas à ce que le CONSUEL nous soit refusé par EDF. Comme
dans notre appartement à Paris, où j’avais réalisé le même travail, le
plus difficile avait été de creuser les tranchées dans les murs pour le
passage des gaines, car je ne possédais pas l’outillage adéquat.
La
création de la salle de bain ne m’avait posé aucun problème : juste
deux murs en équerre avec des parpaings de 10 et la pose d’une porte. Quant
à la pose des sanitaires : lavabo, bidet, baignoire-sabot (ramenée de
Paris) et toilettes cela avait été une simple formalité d’autant que
Madeleine avait réalisé au sol un carrelage impeccable ; la seule
difficulté avait été de creuser dans le mur un trou suffisamment important
pour permettre le passage de la buse d’évacuation
des WC.
Dans
la pièce de l’âne, amputée de la nouvelle salle de bain, nous avions fait
une cuisine avec évier et potager ; ce dernier étant carrelé avec le
reliquat des carreaux de notre cuisine parisienne. Nous avions également
installé une tuyauterie en cuivre, alimentée par une bouteille de gaz située
dans un appentis construit par nos soins à l’extérieur, contre le mur de la
cuisine ; nous avions opté pour le gaz propane car le butane peut geler
lorsque les températures sont trop négatives. Notre tuyauterie se scindait en
deux ; une partie alimentant un chauffe-eau et l’autre une cuisinière
dont il avait fallu changer les buses, car prévues pour le gaz de ville. Nous aurions
donc, le temps venu, eau chaude et eau froide à l’évier, à la baignoire, au bidet
ainsi qu’au lavabo.
J’avais
également terminé la cheminée qui avait un petit cachet vieillot et suranné ;
après essais il s’était avéré que le tirage était très bon et même à
l’allumage elle ne fumait pas.
Madeleine
avait fait des merveilles dans les deux pièces avec son carrelage rouge; il
avait été réalisé avec des carreaux espagnols de 20X20, pas très réguliers,
et le résultat était saisissant car on avait l’impression qu’ils dataient
de la naissance du bastidon.
Nous avions fait
une grande niche près de la cheminée, effectués quelques retouches au niveau
des crépis et passé trois bonnes couches de chaux. Cette chaux qui confère à
vos murs une blancheur chaude et inimitable avec en prime des vertus bactéricides !
Les derniers travaux effectués avaient été la pose de traverses destinées à
recevoir le parquet du mini grenier, la pose de ce dernier et la confection
d’une trappe dans le plafond ; sur le parquet, dans le grenier, nous
avions mis en place des bandes de laine de roche sur toute la surface.
Pour que notre Ruine soit opérationnelle il ne manquait plus que trois
choses : l’électricité, la fosse septique et le bac à graisse et leurs
raccordements.
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