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Petites histoires provençales du temps passé  ! Et souverains de Provence

 

La Provence en vrac

 

 

   

La Coupo Santo                                                                                             Jean-Claude REY                                                     Divers *****

Frédéric Mistral

Commençons par Frédéric Mistral qui le mérite bien, lui le chantre incontesté de la Provence. Il est né le 8 septembre 1830 à Maillane, commune des Bouches-du-Rhône. Sa mère voulait qu'il se prénommât Nostredame en l'honneur de la fête du jour mais aussi en souvenir du ''mage" Michel de Nostredame né à côté (Saint-Rémy). Un lointain ancêtre de Mistral avait été le fermier du frère de l'astrologue. Mais le curé de Maillane refusa, prétextant qu'il n'y avait point de Saint Nostredame au calendrier. On appela le futur poète Frédéric (Fréderi) parce que, au temps de leurs fiançailles, ses parents avaient eu recours à un jeune garçon de ce nom pour porter leurs billets doux et malheureusement mort d'une insolation (comme Mireille). Mais Saint Frédéric n'est guère honoré en Provence. Sa fête, le 18 juillet passe inaperçue. (Source Jean-Paul Clébert)

 

Histoire - Déluge

" Tandis que le fanatisme exerçait ses ravages (le massacre des Vaudois) on aurait dit que le ciel irrité se plaisait à les punir. Il tomba pendant huit jours de suite au mois de novembre 1544 une si grande quantité de pluie que l'on crut voir renouveler le déluge. Toutes les rivières sortirent de leur lit avec une furie extraordinaire. La Durance couvrir de ses eaux les plaines du voisinage. Le Rhône se débordant du côté d'Avignon abattit environ deux cents toises du rempart, se répandit dans la ville, submergea la plus grande partie des maisons et surtout des églises, où l'eau soulevant par son poids les portes de bois qui fermaient les caveaux faisait surnager les cadavres et les entraînaient jusque dans les rues où ils flottaient pêle-mêle avec des meubles, des enfants au berceau, des vieillards, des malades et d'autres malheureux que l'inondation avait surpris. Ces spectacles effrayants et le danger de voir les maisons s'écrouler, glaçaient d'effroi la partie des habitants qui était montée sur les toits. Ceux qui s'étaient retirés quartiers des Doms, qui est le plus élevé de la ville, ne voyaient qu'avec une grande consternation toute la campagne submergée, les eaux faire d'heure en heure de nouveaux progrès, et les menacer d'aller les surprendre dans leur dernier asile où le peu de provisions qu'ils avaient emporté était gâté par l'humidité. Les mêmes ravages se renouvelaient dans tous les lieux de la Provence voisins des rivières et des torrents, les endroits même qui en étaient éloignés furent inondés et éprouvèrent des dégâts dont on se ressentit durant un grand nombre d'années." (Papon, Histoire de la Provence, 1777).

 

Spécialité

"On peut citer comme une spécialité ancienne, déjà renommée avant 1830, les betteraves de Gardanne vendues cuites pour être mangées en salade. Il semble que leur faveur ait diminué au début du XXème siècle. Du moins on n'entend plus dans les rues de Marseille ce chant des vendeuses de betteraves qui augmentait la nostalgie des soirs d'automne : Lei beterave de Gardano ! "(Encyclopédie des Bouches-du-Rhône, l'agriculture,1928).

 

La mer polluée

En 1769, l'Académie de Marseille se demande quelles sont les causes de la diminution de la pêche sur les côtes de la Provence. Le père Menc, dominicain non pêcheur, répond ceci : "les marchands saleurs de Marseille trouvaient un superflu suffisant pour saler chaque année jusqu'à 20.000 barils de sardines et d'anchois, ce qui faisait un produit annuel de 5.000 quintaux de poissons. Mais depuis plusieurs années la pêche du poisson frais ne suffisant plus aux besoins publics, nos saleurs sont réduits à ne pouvoir préparer tout au plus que 3 ou 4.000 barils de salaison annuelle. Encore sont-ils obligés de tirer de la Sardaigne et de la Catalogne une grande partie du poisson qu'ils fournissent au citoyen". Parmi les causes principales de cette défection du poisson : l'encombrement des bords de la rade de Marseille, le débordement des immondices, des décombres des maisons, l'empoisonnement sensible de la mer. Les autorités envisagent sérieusement d'interdire désormais aux pêcheurs d'uriner dans l'eau. 

(Il y a aussi la concurrence éhontée des Napolitains et des Catalans qui viennent épuiser nos eaux territoriales).

De mars à octobre, pêche de l'anguille dans l'étang de Berre. (source Jean-Paul Clébert).

 

Éclipse à Apt

1654 : "Ce qui troubla surtout le repos des citoyens, ce fut le faux préjugé des savants au sujet de l'éclipse de soleil qui eut lieu le 12 août entre 9 et 10 heures du matin. M. Grossi, qui passait pour l'un des meilleurs astronomes de son temps, en avait prédit des choses si funestes qu'il jeta la ville dans une affreuse consternation. Il assurait que le soleil dont le disque devait être entièrement éclipsé infecterait les eaux d'une si grande malignité que ceux qui en boiraient contracteraient infailliblement des maladies incurables. Il n'en fallait pas autant pour alarmer le peuple. Chacun fit des grandes provisions d'eau qu'on mettait dans les caves dont on bouchait soigneusement les ouvertures pour les rendre impénétrables aux influences de l'éclipse. Du moment qu'elle commença, les plus effrayés se renfermèrent dans les endroits les plus retirés et les plus sombres de leur maison afin de ne point respirer l'air extérieur, et le Saint-Sacrement fut exposé dans toutes les églises aussi longtemps que le soleil resta dans l'obscurité. Enfin il n'y eut personne dans la ville qui ne crut la fin du monde prochaine, sur la foi d'un homme qui avait la réputation de se connaître en astronomie, jusqu'à ce que l'évènement eut prouvé la fausseté de ses prédictions." (abbé Boze, histoire d'Apt, 1813).

 

Louis XIV à la Sainte-Baume

"Le 5 février 1660, Louis XIV et la reine qui avaient passé la nuit à Saint-Maximin, partirent en carrosse pour la Sainte-Baume. Arrivés à Nans, ils mirent pied à terre. Le roi, étant monté à cheval, gravit hardiment la montagne couverte de neige et de glaçons. Il alla droit au Saint-Pilon, d'où il descendit à pied jusqu'au premier oratoire, et de là se rendit à la grotte de Marie-Madeleine où il fut reçu par les religieux. Pendant qu'il faisait ses dévotions, la reine portée dans une chaise, arriva avec grande fatigue et durant un temps fort rude. Louis XIV resta environ deux heures à la Sainte-Baume et vit en détail toutes les particularités de ce  saint lieu. Bien plus, pour honorer la pénitence de Sainte Madeleine, ni lui, ni la reine ne voulurent manger d'aliments gras dans un lieu saint et si vénéré, quoique ce fut ce jour-là un jeudi gras. Ils se remirent en marche avec toute leur cour et allèrent dîner, non sans beaucoup d'incommodités, au village de Nans." (abbé Faillon, Monuments inédits, 1859).

 

Un éléphant, ça trompe...

En janvier (si ce n'est en mars) 1516, François 1er était en Provence. "Il alla voir au château d'If, sur un vaisseau portugais, le présent magnifique que le roi du Portugal envoyait au pape Léon X. Il y avait plusieurs animaux rares, entre autres une panthère dressée pour la chasse et un superbe éléphant qui dut exciter l'admiration du roi pour qui cet animal était tout-à-fait nouveau. Le pape, quand on le  lui présenta se tenait à une fenêtre de son palais. Comme l'éléphant est docile, il s'abattit trois fois sur les genoux et puis, remplissant, sa trompe d'eau il en jeta à la fenêtre où était le Saint-Père, ensuite il en répandit sur cette foule de peuple qui s'amusa beaucoup de l'innocente malice de cet animal." (Papon, Histoire de Provence).

 

La Toussaint

"La pas es la festo de Toussant - la guerro es la festo di Mort". En Provence rhodanienne, il était coutumier d'aller faire un repas en plein air où l'on évoquait ces chers disparus. "Le repas en pleine garrigue était hanté par ces innombrables présences. Les défunts récents connus et estimés, étaient accourus les premiers puisqu'on les évoquait d'abord, mais venaient ensuite les anciens, les ignorés, pour recevoir le pain d'amour. Tous ces dieux lares en recueillaient les miettes... A la veillée, autour des marrons rituels, on se taisait d'abord, puis on risquait quelques mots sur les disparus dont la cloche appelle les âmes, et c'est leur souvenir qu'on attise avec la flambée. Enfants, nous cachions les toutes premières châtaignes sous nos oreillers pour offrir un festin aux âmes...". (Marie Mauron).

 

 Marseille 1720 : curieuses conséquences de la peste

"Une des causes qui contribua beaucoup à rallumer le feu de la contagion, fut l'empressement qu'on eut de s'engager dans les liens du mariage. On aurait dit que les célibataires de l'un ou l'autre sexe se croyaient obligés de réparer les pertes de leur patrie. Vingt-quatre heures suffisaient pour conclure. Les veuves voyaient à peine leur mari descendu au tombeau qu'elles en épousaient un autre que la mort leur enlevait bientôt après et qui souvent était remplacé par un troisième. Les hommes aussi, malheureux dans leurs engagements, les renouvelaient également jusqu'à trois, quatre fois... Quelques médecins ont cru que cet empressement pour le mariage était un effet de l'effervescence du sang occasionnée par la maladie. Mais pourquoi chercher une cause douteuse lorsqu'il en est de certaines. L'homme riche, comme l'artisan et le paysan trouvaient dans leur nouvelle épouse le soutien de leur ménage et la consolation dans leurs travaux, car rien n'est plus affreux pour eux que de rentrer dans leur demeure avec l'inquiétude de devoir apprêter eux-mêmes leurs aliments.

Enfin, combien n'y eut-il pas de personnes qui, par la mort de leurs pères, se voyant affranchies d'une autorité gênante se hâtèrent de satisfaire leurs penchants par un mariage précipité? De ces unions faites à la hâte, il résulta de grands maux. Un jeune homme, nouvellement  échappé à la maladie, et ayant encore ses plaies fumantes, infectait la couche nuptiale. En un mot, il y eut une infinité de personnes en qui l'amour conjugal développa le venin pestilentiel..." (Papon).

 

Jour de l'An

On dit que Charles IX, se trouvant à Roussillon (Vaucluse) le 1er janvier 1563, s'y sentit si bien qu'il décida que désormais l'année commencerait ce jour-là.

A Fours (Alpes-de-Haute-Provence) au premier jour de l'an, chaque ménagère se levait de grand matin pour être la première à la fontaine. Elle déposait alors sur la margelle les prémices  de son travail, une tranche de son pain, un morceau de fromage...Celle qui venait ensuite, trouvant ces offrandes, les emportait chez elle et les remplaçait par les siennes. Toutes les femmes du village faisaient ainsi la queue et pour patienter commentaient, quelquefois avec ironie, la qualité des produits de leurs voisines. (J-P Clébert)

 

Vent

"L'ouest-sud-ouest, un de ceux qui nous amènent la pluie, est quelquefois très violent. Le 2 du mois de janvier 1728, il se fit sentir depuis les cinq heures du soir jusqu'au lendemain à midi avec une force dont on n'avait point encore d'exemple. Le froid était fort vif, des masses de glace flottaient près du rivage, une bruine épaisse couvrait la surface de la mer et la poussière d'eau que le vent emportait sur les rochers, les mâts et les cordages des vaisseaux s'étant glacés, offrit aux yeux des Marseillais un spectacle aussi étonnant que nouveau quand le soleil donna dessus" (Papon).

Chronique

"En 1477 et le 17 juin, honnête femme Françoise Enfantine, habitante du Thor, diocèse de Cavaillon, considérant qu'elle est enceinte et que dans peu elle mettra au monde un fils ou une fille, n'ayant point de mari ni même aucun parent, et n'ayant pas non plus de quoi fournir sa subsistance, dans le temps de ses couches, voulant y pourvoir comme mieux elle pourra, a donné à Louis R..., laboureur au Thor, présent et acceptant, par donation entre vifs, ledit enfant dont elle est enceinte, fils ou fille, s'il vient en lumière, et qu'il soit présenté aux saints fonts du baptême sous les pactes suivants :

1. Que le dit Louis sera tenu de faire les frais des couches de ladite Françoise et de lui fournir les aliments nécessaires pendant le mois de ses couches.

2. Que passé ledit mois, si les parties ne peuvent convenir entre elles du salaire de ladite Françoise pour le lait qu'elle donnera à l'enfant, et les soins qu'elle en prendra, pendant un an, ledit Louis sera tenu de prendre l'enfant et de lui donner une autre nourrice et de le faire alimenter là où il voudra sans que ladite Françoise puisse rien demander ni qu'elle puisse vendre son lait et allaiter ailleurs." (Registre de Bertr. Magni, notaire au Thor, 177...). 

Massacre des dauphins

On accuse souvent les gens du XXIème siècle de porter préjudice à la nature et d’être responsables de la disparition de certaines espèces animales, ce qui est vrai bien sûr.

Mais on a tendance à oublier que par le passé les hommes n’éprouvaient aucun scrupule à se débarrasser des animaux qui les gênaient.

Ainsi le 20 août 1893, au large de La Ciotat, première expérience de destruction des cétacés par l’emploi de la dynamite. Quatre vingt dauphins, accusés de visiter les filets pour dévorer les poissons maillés, sont ainsi  tués par explosion.

 

Les plus anciens Provençaux

 Posidonios, géographe et philosophe vivant à la fin de la République romaine, les décrit ainsi :

« Leur pays est sauvage et aride. Le sol est si pierreux qu’on ne peut rien planter sans se heurter au rocher. Le travail pénible et les privations rendent la vie des Ligures difficiles, leur font un corps sec et maigre. Les femmes doivent trimer comme des hommes. Il est arrivé qu’une femme mette son enfant au monde dans les champs, couvre son petit de feuilles et retourne immédiatement à son travail afin de ne pas perdre le bénéfice d’un seul jour.* Ces hommes compensent le manque de blé par les produits de la chasse. Ils escaladent la montagne comme des chèvres… »

  A Tarascon au XVème siècle les voleurs étaient condamnés à parcourir les rues de la ville, l’objet volé pendu au cou. C’était assez pénible quand ce butin était une vache ou la…femme d’un voisin. (Clébert)

  * Ce phénomène se produisait assez souvent au Cameroun, notamment dans le bamiléké. Dans cette région, ou le temps est de l’argent, l’on pouvait croiser sur la route les cohortes de femmes se rendant dans les champs et si l’une d’elles était prise d’un besoin pressant, elle se soulageait sans pour autant s’arrêter de marcher. (C. Auber, La Case aux Grigris).

 

Notre-Dame-des-Oeufs

Jusque vers 1900, les femmes soucieuses d’avoir un enfant mais qui mettaient en doute les capacités de leur mari montaient à la chapelle de Notre-Dame-d’Aurafrède, au dessus de Gréoux-les-Bains, surnommée Notre-Dame-des-Œufs. Elles portaient effectivement deux œufs, gobaient l’un, enterraient l’autre, et revenaient le chercher le 8 septembre (autre fête de Notre-Dame). L’usage d’enterrer un œuf sous le seuil d’une maison en construction est attesté  par de nombreuses découvertes. C’était quelque fois un oursin fossile ou œuf de serpent.

« La baume des œufs », dans la Sainte Baume, est une grotte dans laquelle, dit-on, Magdeleine détruisit un nid de vipères.

Sans doute ces vocables viennent-ils de la présence de concrétions naturelles ressemblant à des œufs.

Le pèlerinage de Gréoux a lieu désormais le lundi de Pâques, mais on y mange toujours l’omelette traditionnelle. Consulter le registre des réclamations et prières. (Clébert).

 

Les fraudeurs au moyen âge.

Les fraudeurs ont de tout temps exercé leur coupable industrie ;

Leur audace était si grande déjà au XVème siècle, que des ordonnances judiciaires avaient été rendues cotre eux.

Des peines sévères les atteignaient, et ils devaient y regarder à deux fois avant de sophistiquer le beurre ou de vendre du lait mouillé.

Aujourd’hui le fraudeur s’en tire avec une amende ou quelques jours de prison ; il n’en était pas de même au moyen âge. Qu’on en juge.

M. Antonin Rollet cite, à ce sujet l’ordonnance judiciaire suivante, datant de 1411 et découverte dans les archives du Puy-de-Dôme :

Tout homme ou femme qui aura vendu du beurre contenant navet, pierre ou autre chose  sera saisi et bien sérieusement attaché à notre pilori du Pontel. Puis sera, ledit beurre, rudement posé sur sa tête et laissé là tant que le soleil ne l’aura entièrement fait fondre. Pourront les chiens le venir lécher et le menu peuple l’outrager par telles épithètes diffamatoires qu’il lui plaira (sans offense de Dieu, ni roi, ni d’autre).  Et si le temps ne s’y prête, et n’est le soleil assez chaud, sera, ledit délinquant en telle manière exposé dans la grande salle de la geôle, devant un beau, gros et grand feu où chacun le pourra venir voir ».

« A tout homme ou femme qui aura vendu lait mouillé, sera mis un entonnoir dedans sa gorge et ledit lait mouillé entonné, jusqu’à ce qu’un médecin ou barbier dise qu’il n’en peut, sans danger de mort, avaler davantage ».

Il y a fort à parier que, si l’on soumettait à un pareil régime les laitiers fraudeurs ou ceux qui arrosent par trop le vin qu’ils débitent, l’effet en serait plus durable que l’amende et la prison. Véritablement, la loi de 1905 sur la répression des fraudes, contient des dispositions bien douces à côté de celles qui atteignaient les fraudeurs dans le bon vieux temps.

Néanmoins, nous parions, tant la tentation est forte, que nos aïeux ne devaient pas toujours être sûrs d’acheter des produits exempts de tout mélange frauduleux.

 

Hygiène

« Le 4 septembre 1605, le conseil municipal de Carpentras interdit de jeter par les fenêtres dans les rues, de jour comme de nuit, des immondices.

S’il s’agit de matières claires et propres et qu’il n’y ait pas d’autre moyen, le jet est possible à condition de crier par trois fois « gare l’eau ! », mais les eaux sales et immondices pourront être jetés par les fenêtres, dit le règlement de 1750, après 10 heures du soir en été et 9 en hiver à condition de crier trois fois « gare l’eau ! ».

 

Hiver de 1709

"La veille des Rois il commença à faire un froid rigoureux qui a duré près de quarante jours, qui se rendit épouvantable puisque le vin se gelait dans les tonneaux. Toutes les terrines où il y avait de l'huile se cassaient, les urines gelaient en l'air, les oliviers sont morts et tout ce qui était exposé à la campagne jusqu'aux chênes verts de la montagne du Lubéron sont tous morts." (Journal du notaire Joseph Maurel à Robion, Vaucluse).

 

Hospice de la Charité

Le 21 avril 1661, pour inaugurer l'hospice de la Charité d'Arles, les personnes de condition organisent une grande manifestation avec défilé et cantiques à laquelle doivent prendre part tous les pauvres de la ville qui devaient à la fin de la journée être enfermés à la Charité. " Ils communièrent avec des sentiments de dévotion si grands qu'ils tiraient les larmes de joie à tous ceux qui étaient présents." (J. Charles-Roux).

 

Ouragan

"On peut encore rappeler l'ouragan qu'il y eut en Provence le 8 avril 1761. Dans l'espace d'une heure, il renversa dans le terroir compris entre Aubagne et Roquevaire dix-huit cents pieds d'arbres fruitiers et six mille oliviers dans celui de Bausset. A Aix et à Marseille, il ébranla ou abattit de gros arbres et les cheminées de plusieurs maisons. La lune avait été nouvelle le 5". (Papon).

 

La lune

On l'appelle le soleil des loups (ou des lièvres).

A Arles, le sarcophage du Saint évêque Concorde dans l'église Saint-Honorat, s'emplissait d'eau les nuits de pleine lune.

Les arbres toujours verts doivent être coupés en lune nouvelle, ou vers le plein de la lune, tandis que les arbres à feuilles caduques doivent l'être au décours, sinon le bois pourrit ( bos coupa de luno ). La lune qui change un mardi a une bonne influence. Celle qui change un mercredi ou un vendredi est néfaste. (d'après J.Bourrilly).

 

Orage à Saint-Martin-de-Castillon

"Le 20 septembre le ciel s'obscurcit tout à coup, vers les quatre heures de l'après-midi, et l'orage éclata suivi de tonnerres épouvantables. Une vieille femme, s'étant mise à couvert de la pluie sous un chêne, un coup de tonnerre lui fendit la tête et la dépouilla de ses habits qui furent portés sur le haut de l'arbre où le feu prit subitement et continua de brûler jusqu'au 25 du même mois. Le corps de cette malheureuse, que les flammes avaient épargné, ayant été mis en terre, on entendit pendant quelques jours un bruit extraordinaire autour de son tombeau." (abbé Boze, Histoire d'Apt).

1536 : "Au mois de septembre, plus de vingt-quatre vaisseaux périrent sur les côtes, les arbres et les vignes en certains endroits furent arrachés par la violence du vent, les toits des maisons emportés; la pluie tombant à verse, dévastait les lieux sur lesquels le vent n'avait pas de prise, et le tonnerre  ajoutant ses ravages à ceux de l'eau et du vent achevait de porter l'épouvante dans tous les cœurs. Marseille, Aix, Nice et Villefranche furent les villes les plus maltraitées. Cet orage, quant aux débordements, ne peut être comparé qu'à celui qu'il y avait eu au mois de septembre 1518. Les eaux du Veaune (l'Huveaune) sortant de leur lit firent écrouler plusieurs maisons à Aubagne et Roquevaire, se répandirent avec impétuosité dans la partie du terroir la plus voisine et portant la dévastation dans celui de Marseille elles couvrirent de sable les vignes, les prairies et les jardins". (Papon, Histoire de Provence).

 

Éclipse

Le 3 juin 1239, une éclipse de soleil obscurcit la Provence "telle que le jour a paru devenir la nuit et qu'en plein midi on a vu briller les étoiles" (martyrologie de l'église de Digne). Le phénomène impressionna tant les populations que l'on fit inscrire au fronton de la chapelle Sainte-Madeleine qui domine le Pertuis de Mirabeau sur la Durance cette formule lapidaire :

Anno domini millesimo ducentissimo trigesimo nono, III nonas junii sol obscuratus fuitgranda si commensas cofenira, oi ben fara, ben (trobara).

C'est à dire : l'an du Seigneur 1239, le 3 des nones de juin, le soleil fut obscur - réfléchis si tu commences (quelque chose) comment finiras, qui fera bien (trouvera) (traduction de Robert Bailly).

Charles Maurras, quant à lui, proposa cette interprétation : "prends garde à ce que tu feras, car tu seras récompensé ou puni selon tes actes !". 

 

Octobre 1611

"Sous le règne d'Henri IV les lumières n'avaient pas encore dissipé toutes les erreurs grossières dans lesquelles l'esprit humain s'égarait. Les religieuses de Sainte-Claire d'Aix éprouvèrent combien la superstition est dangereuse quand elle s'introduit dans un cloître. Elles s'imaginèrent qu'une troupe de malins esprits s'était emparée de leurs cellules, et qu'il serait aussi dangereux pour l'âme que pour le corps de les habiter. Il ne fallait qu'une tête exaltée pour échauffer les autres d'autant mieux que l'opinion du siècle et l'ignorance favorisaient les écarts de l'imagination bien plus dangereux dans le silence du cloître que dans le tumulte du monde. La frayeur des religieuses fut telle que le Parlement fut obligé de les faire sortir du monastère le 20 octobre 1611 à une heure après minuit  et de les envoyer en procession à l'Archevêché où elles ne crurent pas que ces puissances invisibles les suivissent, car c'est le propre de l'imagination de se rassurer avec aussi peu de raison qu'elle s'effraie." (Papon). 

 

Lurs

"Nous ne parlerons de Lurs que pour rappeler un évènement funeste arrivé dans ce village le 17 août 1770 sur les six heures et demie du matin. Une grande partie des paroissiens s'étant retirée dans l'église pendant un orage violent, le tonnerre y tomba, tua le curé qui allumait un cierge à la lampe, et renversa six autres personnes. L'église parut, un instant, tout en feu et l'on éprouva un autre coup de tonnerre qui renversa quatre vingt personnes. Un homme qui sonnait la cloche et qui avait laissé son chapeau à dix pas de lui le retrouva sur sa tête, un autre se vit enlever les souliers des pieds et qui furent emportés à distance sans avoir été brûlés et sans que les boucles eussent reçu aucune altération. Un rideau qui couvrait un retable, fut enlevé de la tringle qu'on trouva dans les pitons, comme si elle n'avait pas remué; il faut qu'elle y fût retombée après avoir été soulevée par l'action du tonnerre qui dans le même instant fit glisser les anneaux du rideau avec la force et la rapidité que tout le monde connaît à ce météore." (Papon).     

 

 

Les particules

Les sarrasins ont souvent envahi la Provence au Moyen Âge et leurs traces se voient encore : clochers carrés qui ont pu servir de minarets, tours de guet, noms arabes francisés. Jamais cependant ils n’ont pu occuper le terrain comme ils le firent en Espagne pendant huit siècles. La noblesse a longtemps préservé le peuple du royaume d’Arles des cruautés de leurs invasions répétées. Les châteaux féodaux  construits sur des pitons, servaient de refuge et de défense. Les assaillants étaient reçus avec de l’huile bouillante et des rochers jetés du haut des tours et des murailles crénelées. Ils s’enfuyaient alors au galop de leurs petits chevaux gris.

  Plus tard, les paysans ont réussi à construire leurs villages plus loin du château, avec leur propre enceinte de murs des maisons. Le servage avait reculé avec l’affranchissement de ceux qui pouvaient payer, mais les tailles et les corvées restaient. Elles étaient souvent imposées brutalement par le seigneur, maître absolu de la terre, qui négligeait de plus en plus la protection de ses  paysans. Et ces derniers apprenaient peu à peu à lire par le curé ou le colporteur.

  - Il porte le nom du pays et son nez ressemble au bec d’un aigle, crois-tu qu’il a  vraiment du sang bleu, différent du nôtre ?

- C’est seulement le descendant d’un chef de bande sous les Francs.

  A cette époque, le seigneur voulut descendre dans la vallée et il mit tout le village à la construction d’un château neuf selon les plans d’un architecte italien de passage. Il le fit sans tenir compte de la saison des travaux agricoles, pressé d’abandonner l’escarpement des tours et vieilles murailles de ses ancêtres, en haut de la colline.

  La récolte s’en ressentit, mais il exigea un impôt plus lourd et crut mater la révolte qu’il sentait monter en faisant fouetter de jeunes paysans surpris de bon matin à mettre des collets pour prendre des lapins.

  Armés de fourches et de pioches, les vilains montèrent à l’assaut du vieux château en pleine nuit. Ils y mirent le feu, chassèrent la famille du seigneur et enfermèrent ce dernier dans un tonneau qui fut lancé à la pente vers le torrent.

  - Dieu le garde, dirent les paysans.

  Le tonneau alla se fracasser contre les rochers.

  Il n’y eut pas de répression, car le seigneur du fief voisin qui était son suzerain, profita de l’évènement pour s’emparer des terres et plus habilement, en prenant son temps, continua la construction du château neuf.

On disait qu'il avait émigré du Portugal, mais ses descendants ne s'en vantèrent pas. Le dernier en date ne s'accommode pas de la République. Le château  aux tours élégantes et aux fenêtres Renaissance ne reçoit des roturiers qu'une seule fois l'an, pour le gâteau des rois où sont conviées les quelques royalistes de la ville voisine. Le fermier a toujours refusé poliment l'invitation de Monsieur le Comte. Il l'a traduit récemment devant la commission paritaire des baux ruraux.

Des peintres étaient venus au château pour restaurer les gypseries et à midi, ils allèrent casser la croûte dans le parc. Assis dans un massif, leurs pieds chaussés d'espadrilles blanches dépassaient dans l'allée. De la fenêtre, le Comte, très myope, les aperçut et se précipita sur son fusil :

- Les canards ! Les canards !

Il épaula et heureusement, par sa maladresse, quelques plombs seulement atteignirent les pieds des peintres en bâtiment.

La particule se rapporte à la noblesse. Le "de" n'en est pas une garantie certaine, car pour distinguer plusieurs roturiers portant le même nom, on leur a parfois accolé celui du lieu où ils habitaient. La particule reste recherchée sans en vérifier très loin l'origine. Une demoiselle Raymonde se fit appeler Renaude après avoir épousé un Monsieur des Glands de Combrat. Une autre avait le choix entre deux amoureux et préféra un roturier certain, mais il se nommait Martin des Corats, du nom de la métairie où s'était échiné son arrière grand-père.

Sans souci des particules, le dernier paysan accroché à la terre ingrate au flan de la colline, sous les ruines d'un vieux château, avait lui aussi un nez en bec d'aigle. Était-il le descendant d'un bâtard de la lignée des seigneurs disparus ? Il venait au marché pour vendre son panier d'œufs, avec un flot de rubans multicolores épinglé à sa blouse.

Au retour, il levait le regard vers les oiseaux de proie qui tournoyaient sans arrêt au-dessus du donjon en ruine. (Extrait de "Glanes et Souvenirs du Haut-Pays", Pierre Girardot - Jacques Reynaud).

 

Le bon roi Henri

Dans la Provence traditionaliste, le bon roi Henri fut moins Henri IV de Béarn et de Navarre que Henri V, alias comte de Chambord qui fut roi sans régner. De nombreuses chansons stimulaient les royalistes qui ne manquaient pas de fêter le 15 juillet :

Chantons le retour fortuné

Du noble Henri notre espérance

Il vient notre bon Dieu donné

Pour calmer les maux de la France. (Clébert).

 

Colères divines

Le 9 septembre 1865, le choléra éclate soudain en Arles. La population s'enfuit dans les campagnes. "Quelle terrifiante solitude, quel spectacle sinistre ! La désolation plane sur la cité décimée semblable, à part les ruines, à ces villes dépeuplées dont l'archéologue curieux visite avec effroi les rues et les places désertes..." (Abbé Frichaud, missionnaire apostolique).

 

Thon

Le 29 août 1929 à Carro (Bouches-du-Rhône), pêche miraculeuse de 11.000 thons ramenés au port.

Le thon (toun) est un poisson migrateur qui fraie en mars et fréquente le littoral provençal de juillet à décembre. Son arrivée  est annoncée par l’apparition de bancs de maquereaux qu’il poursuit. Les pêcheurs se servent de thonaires, bateaux spéciaux, de seinches ou filets assemblés en carré (madrague) et qui forme cinq compartiments dont le dernier, la Chambre de la Mort, rassemble les poissons harponnés avec le foumé ; les thons présentent la particularité de suivre toujours la côte à leur droite.

En 1851, à Marseille, il existait 10 madragues, dont 5 concédées à des particuliers, et 5 à l’Etat.

En 1892, la madrague de Gignac a été tendue le 22 juillet et retirée le 30 novembre.

Spécialité culinaire : Le thon mariné de Saint-Tropez. (Littérature :F. Mistral,"Calendal", chant 5 - Technique : Paul Gourret, "Provence des Pêcheurs", 1894, rééd. Serre, 1981.)

 

Le château de la Verdière

Dans le canton de Rians, à l'ouest du département, la commune de la Verdière, ancien chef-lieu de canton dont dépendaient Saint-Julien et Varages, abrite un château de taille imposante transformé au cours des siècles de forteresse en résidence de plaisance. Il connaîtra son apogée au XVIIIème siècle avec la somptueuse décoration intérieure qu'abritent ses austères façades. Couronnant le village, le château de la Verdière embrasse un vaste panorama. Au nord : Moustiers-Sainte-Marie et Castellane, à l'ouest, le Mont Ventoux et le Lubéron; la Sainte-Baume et la Sainte-Victoire au sud-ouest et la chaîne des Maures au sud-est.

Après avoir appartenu aux Maisons de Castellane, Vintimille puis à nouveau Castellane, il échut à celle des Forbin.

La construction primitive, oeuvre des Castellane, une des plus anciennes et des plus illustres familles provençales, remonte au XIIème siècle. Point fortifié commandant la route d'Arles à Castellane, le château se composait d'un corps de bâtiment dans lequel se trouvait une salle basse construite dans la déclivité du rocher et surmontée d'une deuxième salle pouvant contenir deux à trois cents hommes. Cette forteresse portait les caractères des constructions de son époque : petits cubes de pierre assemblés avec des angles taillés grossièrement en pointe de diamant.

Les aléas de l'Histoire firent du fief de La Verdière une possession du Comte de Provence et de la Maison d'Anjou jusqu'à ce que Charles d'Anjou l'échangeât en 1258 contre le comté de Vintimille. Cet échange scellait un accord passé entre les deux maisons à la suite de l'intervention  de Charles d'Anjou  qui délivra Emmanuel de Vintimille assiégé par les Génois. De 1262 à1437, vint s'installer à La Verdière une maison fort ancienne originaire de Sicile.

Durant ces cent soixante quinze ans, le château subit de nouvelles transformations. Conservant sa forme primitive malgré de nouveaux agrandissements, la vieille forteresse commença à perdre son caractère militaire. une église orientée nord-sud remplaça sa petite chapelle. Elle existe actuellement telle qu'elle fut construite à cette époque.

A la suite d'une succession mouvementée, la terre de La Verdière passa de nouveau à la famille Castellane qui entreprit de nouveaux travaux au château.

On construisit un clocher derrière l'église et le donjon fut démoli. On s'acheminait déjà vers château d'agrément avec la construction, côté nord, d'un bâtiment érigé sur la partie de la cour précédemment voûtée par les Vintimille. Des écuries s'établissent en contrebas des terrasses.

Ces travaux, supportés par les habitants de La Verdière, étaient l'objet de nombreuses plaintes de la part de ces derniers. Déjà obligés de prêter main-forte au seigneur pour les travaux d'entretien de la forteresse, ils contestèrent leur obligation de participer aux travaux d'agrément et il fallut trouver un compromis.

En 1613, par le mariage d'Aymare de Castellane avec Vincent-Anne de Forbin, le château échut aux Forbin d'Oppède. Résidant à Aix, ils firent peu de transformations si ce n'est l'ajout d'une tour à l'angle des terrasses et la construction d'un grand escalier à double rampe  pour descendre de ces terrasses. Les embellissements datent du XVIIIème siècle avec la restauration du château  par Louis-Roch Forbin, brillant officier du roi qui se retira à La Verdière en 1750. Dix sept ans de travaux transformeront totalement cette ancienne forteresse et seul son site rappellera son origine féodale. 

Louis-Roch Forbin comble les fosses, construit terrasses et jardins, ajoute une aile exposée au midi. L'habitation n'est que luxe et raffinement s'exprimant dans une décoration intérieure de pur style Louis XV.

Contrastant avec la masse imposante des façades, la grâce du style rocaille envahit l'intérieur, dans un ensemble  tout à fait exceptionnel de salles au décor de gypserie, tout en courbes, contre-courbes, guirlandes inspirées de la flore.

Le gypse, mélange très fin et dur de plâtre et de colle remplaçait en Provence la sculpture sur bois utilisée dans les décors rocaille du nord de la France. Bien que d'origine et d'influence italienne, la gypserie provençale avait ses propres artisans et l'on peut penser que la décoration du château de La Verdière fut l'œuvre d'un artiste local. Artiste exceptionnel dont le talent et l'imagination éclatent dans une trentaine de salles où le décor rocaille court de pièce en pièce, envahissant murs et plafonds dans un ensemble homogène unique en Provence.

Selon les pièces, ces décors blancs, raffinés, se détachent sur fond vert d'eau, jaune serin ou bleu soutenu, en harmonie avec le sol carrelé de bleu et de blanc.

On se prend à imaginer la vie au château de La Verdière au temps de Louis-Roch Forbin succombant à la mode de la vie champêtre chère au XVIIIème siècle. Vie bucolique et insouciante ponctuée de fêtes et de divertissements mondains à la mesure du raffinement des lieux.

Jamais plus le château de La Verdière ne connut période plus fastueuse et cet édifice classé depuis peu Monument historique subit peu à peu les outrages du temps qui firent craindre une dégradation irréversible.

La toiture endommagée laissait l'humidité pourrir la plus belle décoration intérieure de notre département et l'herbe poussait sans certaines salles...

Depuis quelques années, le château n'appartient plus aux descendants des Forbin et le nouveau propriétaire a entrepris des travaux de restauration importants. Déjà tout l'édifice est hors d'eau, souhaitons que les gypseries retrouvent bientôt leur gaieté originelle.

(Nous devons cet article magnifique à Maryse PEBRE et à Monique RIEUPOUILH).

 

Curiosités

Dans le cabinet de curiosités de monsieur Boniface Borrilly notaire aixois "on montrait, comme une chose remarquable, un grand verre dont la coupe seule avait un pied de haut; on avait peint le fond de la figure du Sauveur et de la Madeleine, et gravé sur le pied ces mots provençaux : Qui ben béoura, Diou veïra - Qui bien boira, Dieu verra. Tout autour d'un bord on lisait ces autres mots : Qui me béoura de touto son haleno, veïra Diou e la Magdaleno; c'est à dire : qui me boira tout d'une haleine, verra Dieu et la Madeleine. On disait que ce verre avait appartenu au bon roi René... C'était alors la mode d'imaginer des choses singulières pour s'exciter à boire; celle-ci était très propre à réveiller le goût que nos bons aïeux avaient pour le plaisir de la table" (Papon).

 

Carnaval

A Arles on se promène, les soirs de carnaval, sur les lices et dans certaines rues de la ville. Des gens déguisés, des femmes couvertes du manteau d'indienne appelé envelopo attaquent de leurs lazzis les passants qu'ils reconnaissent au grand amusement de la galerie. Cela s'appelle la galejado.

Le carnaval commence à Arles le premier dimanche de janvier pour finir le mercredi des Cendres (20 février) par l'aïoli mangé, au Pont de Chaumet. Toute la population déserte la ville ce jour-là pour cette promenade et pour le goûter traditionnel dans les près. La promenade se termine par la pendaison d'un homme de paille au hameau  des Ponts de Crau.

Pendant tout le carnaval, l'une des plaisanteries favorites consiste à jeter subrepticement dans les maisons des tardoulo : ce sont tantôt des cailloux chauffés à blancs, tantôt une marmite pleine de cendres. (J. Bourrilly, La vie populaire dans les Bouches-du-Rhône, 1921).

 

Mardi-Gras

Le mardi-gras ou dimars glout  : En Arles autrefois, le premier dimanche de Carême, ceux qui pendant le carnaval s'étaient livrés à des divertissements défendus, paraissaient à la messe, une torche à la main, en réparation du scandale  causé.

 

Saint-Roch, Montferrat ... et la peste

Saint Roch naquit à Montpellier sur la fin du 13ème siècle, dans une noble et riche famille. Ayant perdu père et mère dès l'âge de vingt ans, il se rendit en pèlerinage à Rome où il apporta la guérison à un grand nombre de personnes frappées de la peste. A son retour de Rome il s'arrêta à Plaisance. Mais la peste sévissait aussi dans cette cité et Saint Roch fut à son tour touché par la terrible maladie. Reconnu pestiféré, il reçut l'ordre de quitter immédiatement la ville et se réfugia dans une forêt. On raconte que Saint Roch put subsister dans ce lieu grâce au chien d'un gentilhomme voisin, nommé Gochard, qui chaque jour lui apportait un pain. Ayant vaincu la peste, il rentra guéri dans sa ville natale, où il s'éteignit le 13 août 1327. Son culte est célébré par la dévotion des fidèles qui l'invoquent, surtout dans les cas de maladies contagieuses.

Dans ses notes d' " Histoire Civile et Religieuse " l'abbé Puntello qui fut curé de Montferrat retrace succinctement mais remarquablement la vie des habitants de cette localité, de son origine à 1912. Il raconte que Saint Roch  sauva Trans et Draguignan de la peste, ce qui le rendit populaire dans toute la région. D'après une tradition, il vint jusqu'à Montferrat faire ses dévotions à Notre Dame de Beauvoir. Il semble que la protection du Saint fut telle que la région sur laquelle elle s'exerçait n'a jamais été touchée par le fléau. Le culte de Saint Roch grandissait d'autant. La grande peste de 1390 poussa un peu partout les survivants à édifier des sanctuaires en l'honneur de Saint Roch, afin d'obtenir sa protection contre cette calamité. Les habitants de Montferrat le choisirent comme protecteur et fondèrent la chapelle de Saint Roch vers 1414. De nos jours les Montferratois honorent leur saint patron le 16 août après avoir fêté, la veille, l'Assomption.

D'aussi loin que la peste était signalée, Montferrat fermait précipitamment ses portes et les obstruait pour ne laisser introduire aucun suspect. Deux portes restaient ouvertes, la première pour les gens du village, la seconde pour les étrangers. Toutes les autres étaient murées et un gardien spécial, à gages, était préposé à la porte du pont, unique accès au village pour les étrangers. Il recevait les billets de santé et inspectait les paquets des personnes. Défense d'entrer ou de sortir non muni du billet de santé ! Tout étranger qui se présentait sans ce certificat, fût-il le plus grand, était mis impitoyablement en quarantaine. Ainsi, durant quarante jours, il était gardé à vue dans une cabane loin du village, observé comme suspect. Sa quarantaine achevée, il était contraint d'en payer les frais : médecin, nourriture, gardes etc. La contagion coûtait fort cher à la commune en l'obligeant de se pourvoir d'infirmiers, de chirurgiens, de médecins, de drogues, de gardes etc. Tous les gens du lieu étaient tenus de se faire délivrer un bulletin de santé pour pouvoir en sortir, sous peine de se voir refuser l'entrée de leur propre village ! Il était défendu de jeter quoi que ce fût dans la rue, et il fallait porter assez loin les eaux sales et les immondices.

Notre conteur, l'abbé Puntello, précise que les ordonnances du Parlement, par mesure d'hygiène prescrivaient entre autres celle-ci :

Art. 54 : « Les paysans et autres de basse qualité avaleront tous les matins une côte d’ail nette de la peau qu’ils prendront en forme de pilules, et ceux qui en auront le moyen prendront le gros d’un pois de bonne triacle vieille, ou mangeront de la rue ou un couple de noix rôties trempées dans de l’eau de vie non ratifiée, ou une bouchée de bon vin ou de malvoisie. Les pères et mères ou autres ayant la conduite des enfants leur feront avaler le matin à jeun, un petit demi-verre de leur urine ou de la semence de citron pilée et détrempée avec de l’eau scabieuse ou de la poudre d’écorce d’orange avec un peu de vin légèrement trempé, et se contiendront tous les dits habitants le plus modestement et sobrement et nettement qu’il se pourra sans excès ni mouvement violent et déréglé et se garderont du froid et de la faim ».

Il ajoute que les lecteurs auront certainement beaucoup de peine à croire que de pareilles prescriptions médicales aient fait sérieusement l'objet d'ordonnances du Parlement. Pourtant c'est textuel ! C'est le cas de le dire en finissant : « la peste soit de la peste ».   

( Origine Monsieur Louis SEURE demeurant à La Crau ).

 

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SOUVERAINS DE PROVENCE

 

 

Ducs de Provence Mérovingienne

 

- Adowaire (561–569)

- Loup (569-570)

- Jovin (570-573)

- Albin (573-575)

- Diname (575- ?)

 

Rois en Provence

 

 

855-863 : Charles de Provence (845-864) fils de Lothaire 1er et d’Ermengarde, roi de Provence.

863-875 : Louis II le Jeune, roi d’Italie, frère du précédent.

875-877 : Charles le Chauve, roi de France, empereur, oncle des précédents, frère de Lothaire 1er, fils de Louis 1er le Pieux.

879-887 : Boson (+887), proclamé roi à Vienne en 879.

Ce royaume en Provence fut appelé après coup royaume de Bourgogne Cisjurane.

887-928 : Louis III l’Aveugle (+928), roi en Provence, empereur d’Occident, aveuglé en 905.

Après 905 et l’aveuglement de Louis III, le royaume fut administré par Hugues d’Arles, qui le donna ensuite en 934 à Rodolphe II, roi de Bourgogne transjurane. L’union des deux royaumes fut dénommée royaume des Deux Bourgogne ou royaume de Bourgogne ou royaume d’Arles.

 

Comtes de Provence

 

Dynasties de Provence

 

968-993     : Guillaume 1er de Provence (v.957-992), dit Guillaume 1er, « le libérateur » ; marié en premières noces à Arsinde et en secondes noces vers 983 à Adélaïde d’Anjou.

993-1019   : Guillaume II de Provence (vers 986-1019), fils du précédent ; marié en 1002 avec Gerberge de Bourgogne.

1019-1063 : Geoffroi de Provence (v.1013-1063), fils du précédent ; marié avec Etiennette-Douce de Marseille.

1063-1093 : Bertrand 1er de Provence (+1093), fils du précédent ; marié avec Mathilde.

 

 

Dynastie de Millau-Gévaudan

 

1093-1115 : Gerberge de Provence (v.1060-1115), sœur du précédent ; mariée à Gilbert de Millau (v.1060-1111), vicomte de Gévaudan.

 

Dynastie de Barcelone

 

1115-1130 : Douce 1er (v.1090-1130), fille des précédents ; mariée en 1112 à Raimond Béranger III (v.1082-1131), comte de Barcelone et comte de Provence (Raimond Béranger 1er)

 

ARMES DES COMTES DE BARCELONE ET DE PROVENCE

 

Première branche de Provence

 

1130-1144 : Béranger Raimond II (1114-1144), fils des précédents, comte de Provence ; marié en 1135 à Béatrice de Melgueil.

1144-1166 : Béranger Raimond III (1140-1166), fils du précédent ; marié en 1137 à Rixa de Pologne (+1185)

1166-1167 : Douce II (+1172), fille du précédent, spoliée par son cousin.

 

Branche aînée

 

1167-1196 : Alphonse 1er (1152-1196), comte de Provence et comte de Barcelone puis roi d’Aragon (Alphonse II), fils de Raimond Beranger II, comte de Provence et comte de Barcelone (fils de Raimond Béranger IV et de Douce 1ère deProvence) et de Pétronille d’Aragon (+1174) ; marié en 1174 à Sancie de Castille.

 

Seconde branche de Provence

 

1196-1209 : Alphonse II (1180-1209), fils du précédent ; marié à Gersende de Sabran, comtesse de Forcalquier (1180-1242)

1209-1245 : Raimond Béranger IV (v.1198-1245), parfois appelé Raimond Béranger V, fils du précédent ; marié en 1220 à Béatrice de Savoie (+1266)

 

Première dynastie d’Anjou

 

  Jeanne 1ère de Naples (1326-1382), dite la reine Jeanne, Reine de Naples et comtesse de Provence.

 

1245-1267 : Béatrice de Provence (1234-1267), fille du précédent ; mariée en 1246 à Charles 1er d’Anjou, comte d’Anjou, roi de Naples (1226-1285)

1285-1309 : Charles II de Naples (1254-1309), comte d’Anjou, roi de Naples, fils des précédents ; marié en 1270 à Marie de Hongrie (1257-1323).

1309-1343 :  Robert le Sage (1277-1343), roi de Naples, fils des précédents ; marié en 1297 en premières noces à Yolande d’Aragon (+1302), marié en secondes noces avec Sancie de Majorque (+1345).

1343-1382 :  Jeanne 1ère de Naples (1326-1382), reine de Naples, fille de Charles, duc de Calabre (1298-1328), (fils de Robert 1er et de Yolande d’Aragon) et de Marie de Valois. Mariée en 1333 avec André de Hongrie, en 1346 avec Louis de Tarente (1320-1362), en 1363 avec Jacques IV de Majorque (1336-1375), et enfin en 1376 avec Othon de Brunswick (1320-1399)

 

Jeanne de Naples adopte Louis d’Anjou pour lui succéder. Celui-ci ne pourra hériter que de la Provence.

 

Seconde dynastie d’Anjou

 

 ARMES DE LA PROVENCE  (blason obtenu par simplification des armes des Anjou-Sicile.)

 

1382-1384 : Louis 1er d’Anjou (1339-1384), duc d’Anjou ; marié en 1360 avec Marie de Châtillon (1345-1404)

1384-1417 : Louis II d’Anjou (1377-1417), fils du précédent ; marié en 1400 à Yolande d’Aragon (1385-1443)

1417-1434 : Louis III d’Anjou (1403-1434), fils du précédent ; marié en 1432 à Marguerite de Savoie (1420-1479)

1434-1480 : René 1er d’Anjou (1409-1480), frère du précédent ; marié en 1424 avec Isabelle de Lorraine (1400-1453) ; remarié en  1454 avec Jeanne de Laval (1433-1498)

1480-1481 : Charles V d’Anjou (1436-1481), neveu du précédent, fils de Charles IV d’Anjou, comte du Maine et d’Isabelle de Luxembourg.

 

A la mort de Charles V d’Anjou, son cousin Louis XI, roi de France, écarte René II, duc de Lorraine, de la succession et annexe la Provence.

Le titre de comte de Provence fut attribué à Louis de France, Monsieur, frère du Roi, futur Louis XVIII (1755-1824)

 

Marquis de Provence

 

ARMES DE RAYMOND DE SAINT GILLES

 

993-1008   : Rotboald 1er (+1008), fils de Boson II, comte d’Arles et de Constance ; marié à Emildis de Gévaudan.

1008-1014 : Rotboald II (+1014), fils du précédent ; marié à Ermengearde.

1014-1037 : Emma, fille du précédent ; mariée en 990 à Guillaume III Taillefer (952-1037), comte de Toulouse.

1037- ???? : Bertrand de Toulouse, mort après 1081, fils des précédents ; marié à Alix de Die.

????- 1105 : Raymond de Saint Gilles (+1105), comte de Toulouse (fils de Guillaume III et d’Emma) et d’Almodis de la Marche ; marié en premières noces à Ne de Toulouse, fille de Bertrand, marquis de Provence ; marié en seconde noces à Mahaut de Hauteville, fille de Roger 1er de Sicile ; marié en troisièmes noces à Elvire de Castille.

1105-1112 : Bertrand II (1112), comte de Toulouse et de Tripoli, fils de Raymond et de Ne de Toulouse.

1112-1148 : Alphonse Jourdain, comte de Toulouse, (1103-1148), fils de Raymond et d’Elvire de Castille ; marié en 1125 avec Faydide d’Uzès.

1148-1194 : Raymond V de Toulouse (+1194), fils du précédent ; marié à Constance de France.

1194-1222 : Raymond VI de Toulouse (+1222), fils du précédent.

1222-1249 : Raymond VII de Toulouse (+1249), fils du précédent.

1249-1271 : Alphonse II de France (1220-1271), comte de Poitiers, gendre du précédent, fils de Louis VIII le Lion, roi de France ; marié à Jeanne de Toulouse, fille de Raymond VII.

 

A sa mort, le marquisat de Provence, les comtés de Poitiers et de Toulouse reviennent à Philippe III de France, qui les rattache à la couronne.

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