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Jean Giono
Naissance et origines
Jean
Giono est né à Manosque le 30 mars 1895. D'origine provençale par sa mère,
il revendique les racines rêvées, enjolivées de la lignée paternelle
italienne. Prestige de l'idéal des Carbonari, poursuite de la liberté
jusqu'aux franges de l'anarchisme, ivresse des grands chemins et exaltation du
compagnonnage : le fil conducteur de toute l'oeuvre, de la vie même de Jean
Giono, se trouve dans la fidélité aux convictions qui furent celles de ses père
et grand-père.
L'enfance
de Jean le Bleu

La maison de Giono à
Manosque
Une
enfance sage, une famille unie et aimante, des parents de condition modeste (père
cordonnier, mère lingère) qui donnent à leur fils unique une éducation soignée,
le respect des traditions, le sens du devoir, le plaisir du travail bien fait,
et, par-dessus tout, une grande indépendance d'esprit. C'est un univers rural
toujours inscrit dans le XIXe siècle que Jean Giono décrit dans
Jean le Bleu (1932), «...l'ère heureuse du pré-machinisme » dira-t-il plus
tard. Quitter le collège précocement n'interrompt nullement son dialogue avec
les auteurs classiques, Virgile et Homère surtout...
Jean Giono demeurera sa vie durant un lecteur boulimique.
Rupture
et douleurs (1914-1919)
La
Grande Guerre représente pour Jean Giono un profond traumatisme, qui fondera le
pacifisme virulent, engagé, sans nuances, du rescapé de Verdun. C'est la prise
de conscience du mal qui hantera toute l'oeuvre, y compris les plus lumineux des
récits. Une fresque terrifiante publiée en 1931, Le Grand Troupeau, en porte témoignage,
tout comme la nouvelle Ivan Ivanovitch Kossiakoff, souvenir personnel de
l'auteur, qu'il évoquera toujours avec émotion.
Vie
privée
Le
solitaire, épris de liberté, le poète ivre de mots, aussi éloigné qu'on
peut l'être des réalités de ce monde, fonde une famille. Sa vie durant il
sera bon époux, père attentif, fils exemplaire, et jamais ne s'évadera du
cocon douillet des plaisirs domestiques. Ce n'est que la première des grandes
contradictions gioniennes : refusant le régionalisme, l'esprit de clocher,
chantre de l'Odyssée, du grand large (Moby Dick), de l'aventure et des
cavalcades, il ne s'absentera que brièvement de Manosque sans pourtant s'y intégrer
et se contentera d'arpenter la Haute-Provence d'un pas de promeneur enveloppé
de sa cape de berger.
Débuts
littéraires et premiers succès
Ses
premières oeuvres sont des poèmes à la préciosité surannée ( Accompagnés
de la flûte... (1924 )), des récits mythologiques au lyrisme exubérant
(Naissance de l'Odyssée 1925).
Jean
Giono, inlassablement, fait ses gammes, tout en assurant la subsistance de sa
famille : il exerce le métier, peu contraignant, d'agent bancaire. Puis
soudain, avec La Trilogie de Pan - Colline (1928), Un de Baumugnes (1929),
Regain (1930) -, il crée un genre inédit, une épopée rustique mêlant magie,
forces occultes et réalisme quotidien dans une effusion sensuelle et païenne
sur fond de tragédie grecque. Le succès est immédiat. « Un Virgile en prose
vient de naître en Provence ! » se serait exclamé Gide. Jean Giono, désormais,
va pouvoir consacrer tout son temps à l'écriture.
Les
malentendus
Le
succès, en le faisant sortir de l'ombre, place Jean Giono dans une situation
ambiguë : loin des cénacles parisiens, peu informé, ses déclarations, ses
actions apparaissent comme intempestives, naïves ou contradictoires. Compagnon
de route du communisme, il se désolidarise avec vigueur en 1935 lorsque le
P.C.F. se prononce pour le réarmement. Adhérent de l'Association des écrivains
et artistes révolutionnaires, il se place, sans le savoir, dans la mouvance du
trotskisme. Célébrant la nature et les joies simples de la vie des champs, il
servira, parfois à son insu, à illustrer les thèses les plus réactionnaires
du retour à la terre.
Pacifiste obstiné, il préconise un rapprochement avec l'Allemagne et appelle
à une révolte paysanne destinée à miner l'effort de guerre !
Le
Contadour
Entre
1935 et 1939 Jean Giono est la figure de proue du groupe du Contadour... Il est
difficile de définir ce qu'était ce camp de vacances qui rassemblait deux fois
par an dans une atmosphère joyeuse et ludique des intellectuels de tous
horizons autour du thème du pacifisme. L'agitation brouillonne de ces
intellectuels qui multiplient démarches et manifestations contre la guerre,
tracts pacifistes et appels à la désertion alors que montent les périls,
compromettra gravement Jean Giono.
Les
prisons
En
1939 Jean Giono est emprisonné durant deux mois... Il est, il est vrai,
l'auteur du Refus d'obéissance (1937) et de la Lettre aux paysans sur la
pauvreté et la paix (1938). Il a pourtant, décevant ses admirateurs, répondu
à l'appel de la mobilisation. Moins explicable encore est son arrestation en
septembre 1944 pour des raisons symétriquement opposées à celles de 1939, et
suivi de cinq mois de détention dans des conditions très dures. Sa conduite
pendant la guerre a cependant été plus que respectable : il a pris des risques
en aidant, cachant et hébergeant à ses frais réfugiés et fugitifs. Étonnante
force d'âme de Jean Giono, qui, intériorisant son expérience fera l'éloge de
la réclusion ! : « J'aime les prisons, les couvents, les déserts...». Il ne
conservera pas moins de ces temps troublés une grande amertume... D'autant
qu'une haine vindicative et tenace l'interdit de publication, le privant de
moyens d'existence.
Le
deuxième souffle
Ce n'est qu'en 1951 avec la parution du
Hussard sur
le toit que s'apaisera la vindicte. Commencent alors les années fécondes :
outre la quadrilogie du Hussard, épopée romanesque et symbolique, Giono rédige
les Chroniques, belles et sombres méditations d'un pessimisme que tempère
une sensualité diffuse... Son intérêt pour le cinéma s'affirme, il met lui-même
en scène L'Eau vive, Crésus, écrit de nombreux scénarios, adapte ses
romans à l'écran. Son activité créatrice ne faiblit jamais : il ne cesse de
publier commentaires, préfaces, essais, articles, textes sur la Provence et un
dernier roman, L'Iris de Suse, qui paraît quelques mois avant sa mort.
Eloge
de la vieillesse
«
La jeunesse croque à belles dents avec un appétit goulu. Quand on devient
vieux, on mâche lentement une seul bouchée, mais on la savoure, on en retire
la quintessence. »
Difficile
de ne pas admirer l'homme qui, dans son grand âge conserve, ouvert sur le monde
le même regard généreux et gai, plus attentif aux autres que soucieux de
lui-même.
9
octobre 1970
Mort
de Giono, dans sa maison de Manosque.
« C'est la mort, disait-il, qui donne à toute chose cette beauté aiguë. »
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