Gaspard de Besse

Gaspard de Besse est né en 1757 à Besse
sur Issole, dans le Var. Gaspard Bouis
de son vrai nom se rendit célèbre pour
avoir multiplié dans la région, entre
Ollioules et L’Estérel, les attaques de
diligence ou de calèches transportant de
riches voyageurs ou des collecteurs
d’impôts qui sillonnaient la région.
Il mourut en 1781, à l’âge 24 ans,
condamné au supplice de la roue.
Pourtant il ne tua jamais personne. Sa
devise était « Effrayez mais ne tuez
point ».
Au physique c’était un beau garçon. Il
était joueur, gai et plein d’humour. Il
eut de nombreuses aventures galantes.
Sa façon de dépouiller les riches pour
aider les pauvres en fit vite un héros
légendaire et aimé des paysans qui en
cette période de fin de régime, à la
veille de la Révolution étaient accablés
d’impôts.
Gaspard de Besse dans
l’Estérel.
L’auberge des Adrets : un
ancien relais de poste
Au 18ème siècle, la seule
route qui s’aventure dans
les bois de chênes liège et
les ronces de l’Estérel est
l’antique voie romaine, la
voie aurélienne qui reliait
Rome à la Provence en
passant par Mandelieu,
Théoule et Fréjus.
L’actuelle RN7 sur laquelle
nous sommes a repris à peu
prés son tracé.
Ce chemin avait mauvaise
réputation. Pour les anciens
de la Bocca, passer le pas
de l’Estérel est encore
synonyme de quelque chose de
menaçant. « Aco es lou pas
de l’estérou » se traduirait
à peu près par « c’est un
vrai coupe-gorge ».
En effet des bandits
rançonnaient souvent les
voyageurs à la hauteur du
Malpey, le « mauvais passage
» non loin d’ici. De
nombreux évadés du bagne
voisin de Toulon trouvaient
refuge dans ce massif isolé.
Seul, un relais de poste,
passage obligé où les
voyageurs s’arrêtent pour
laisser reposer leurs
chevaux ou en changer,
coupait ce trajet risqué à
hauteur du village des
Adrets.
D’un côté de la route, une
auberge agrémentait la
halte. Elle est toujours là.
Sur la façade, au fronton de
la porte d’entrée vous
pouvez encore déchiffrer ce
témoignage de son histoire
ancienne « Rebastie pour le
sieur Laugier en 1653, elle
fut rebastie par Edouard
Jourdan en 1898 ». Elle
existait donc du temps de
Gaspard et nous verrons
comment et pourquoi il y
séjourna quelques temps à
l’automne de 1779. L’endroit
s’appelait à l’époque le «
Logis de l’Estérel ».
Actuellement l’auberge des
Adrets est une hôtellerie de
luxe, 4 étoiles,
De l’autre côté de la route
des bâtiments dont il reste
des éléments, abritaient le
fourrage et les équipages.
On y comptait en période de
pointe jusqu’à 40 chevaux et
8 paires de bœufs. Depuis
d’autres maisons se sont
construites qui n’ont rien à
voir avec le site d’origine.
De même un habillage pseudo
historique d’un des anciens
bâtiments servant d’écuries
avec croix occitane et fleur
de lys au-dessus des
fenêtres laisse perplexe.
A l’automne 1779, Gaspard
coule des jours paisibles à
l’auberge des Adrets. Il
chasse le sanglier en
compagnie de deux amis. Il
doit se cacher et se montrer
prudent car ses récents
méfaits ont exaspéré les
représentants du Parlement
de Provence à Aix. Surtout
le Président De Morières à
qui des âmes charitables et
bien informées viennent de
rapporter que sa jeune
épouse Anne aurait une
liaison avec Gaspard.
Il passe à l’auberge ses
soirées à jouer aux cartes,
à vider des pichets et pour
la nuit il y a Rose Faye.
C’est une fille oubliée là,
un jour, par un autre
voyageur qu’elle
accompagnait et qui depuis
vit de ses charmes avec qui
veut bien. Gaspard veut
bien. Les gens du village
des Adrets, eux, veulent
bien croire que ce jeune
seigneur qui prolonge son
séjour à l’auberge est un
aristocrate italien venu se
reposer et se retirer de
l’agitation en compagnie de
sa dame...
L’attaque de la diligence
Quelque part dans la montée vers le
Logis de Paris, Gaspard et ses hommes
attaquent la diligence qui relie Fréjus
à Cannes. On barre la route, on tire des
coups de pistolets en l’air…
Gaspard ouvre la portière du véhicule.
Il retire son chapeau d’un geste large.
Il se présente, très élégant ; redingote
noire, gilet rouge, culottes blanches,
bottes fauves à grands revers. Il engage
ses larges épaules dans l’ouverture de
la porte et s’adresse ainsi aux
voyageurs :
« Mesdames, messieurs, je suis Gaspard
de Besse, pour vous servir. J’ai bien
l’honneur de vous saluer. Rassurez vous,
il ne vous sera fait aucun mal.
Pardonnez moi de retarder un peu votre
voyage. Tout va bien se passer si vous y
mettez un peu du votre. »
Puis, se tournant vers un gros homme
habillé comme un marchand qui se
rencogne dans le fond de la banquette
« Voyons, monsieur, vous avez là une
superbe chaîne en or ! N’y aurait-il pas
au bout de cette chaîne une belle montre
? Si fait ! Superbe ! Laissez moi vous
féliciter pour votre bon goût ! Je
n’eusse pas mieux choisi ! Honoré,
veuillez débarrasser monsieur ! »
Une jeune personne brune, la trentaine
fraîche et conquérante, soutient
effrontément le regard de Gaspard. Le
rose lui monte aux joues.
« Vous avez là de singulières façons et
un drôle de métier ! »
« Vous trouvez madame ? C'est pourtant
le plus commun qui soit. Sauf que
certains vous taxent sous couvert de la
loi ! Alors que moi j'agis au nom de la
justice. Je prends aux riches pour
redistribuer l'indispensable aux plus
pauvres. »
« Il vous sied bien de parler de justice
! Vous finirez au bout d'une corde ! »
« Hélas, madame, selon que vous serez
puissants ou misérables, les jugements
de cour vous rendront blanc ou noir »
Troublée d'entendre ici rapportée par un
vulgaire brigand des routes, « Les
animaux malades de la peste » de
monsieur De la Fontaine, la belle
réfléchit et s'adoucit .
« Ah ! Monsieur ! Tenez pour l'amour des
belles lettres, pour votre belle mine et
pour la manière »
Ce disant elle jette aux pieds de
Gaspard, un collier de perles fines
qu'elle portait à son cou.
Gaspard ne bronche pas, ne relève pas le
collier et la fixant dans les yeux il
dit d'une voix assurée
« Je n'accorde de prix qu'à ce que je
prends, Madame pas à ce que l'on me
jette! »
Pendant ce temps, à l'arrière de la
voiture, on s'affaire. Quatre hommes
défont les liens qui arriment une grande
malle de cuir à la diligence. Ils la
déposent au bord de la route.
Toute l'affaire n'a pas duré un quart
d'heure. Gaspard referme la portière,
salue de nouveau les voyageurs, chapeau
bas.
On claque les chevaux. Quelques
décharges de pistolet accélèrent le
départ et la berline s'arrache dans un
nuage de poussière. Elle disparaît à
l'horizon.
Gaspard ordonne sèchement « Dipersion
immédiate ! Justin et Honoré vous
chargez les marchandises ! Pour les
autres rendez-vous dans 3 jours pour le
partage à la grotte ! »
Justin et Honoré vont chercher deux
mules cachées non loin de là et ils
chargent la malle de cuir et les colis
dérobés.
Il leur faudra une petite heure pour
rejoindre la grotte secrète, quelque
part sous le mont Vinaigre. en utilisant
les chemins détournés.
Saurons-nous retrouver la grotte où le
trésor est caché ?
La grotte, le partage du butin
Après chaque embuscade, les brigands
déposaient leur butin dans cette grotte.
On procédait ici à l’ouverture des
malles, sacs et ballots avec parfois des
bonnes et mauvaises surprises.
Ce jour là, Gaspard et ses compagnons
avaient fondé de gros espoirs sur la
belle malle en cuir fauve avec des
serrures en cuivre rivetées. Elle était
très lourde et son contenu semblait
prometteur. Rien que la malle avait une
valeur de revente.
C’est pourquoi Gaspard arrête le geste
d’un de ses hommes qui s’apprêtait à
lacérer le cuir à coups de coutelas. On
coupa les fils des coutures proprement.
Au bout de quelques minutes de travail
patient on comprit pourquoi la malle
était si lourde. Par l’ouverture ménagée
entre les panneaux de cuir apparurent
…des dorures ! Oui mais ce n’étaient que
les dorures à l’or fin des tranches de
dizaines de beaux livres quand même
reliés pleine peau.
« Ce
n’est pas ça qui te remplira la panse !
» Dit Honoré.
« Tu te trompes » répondit Gaspard.
Il commença à sortir les livres un par
un et à parcourir les titres. Il y avait
là, tous les auteurs dont l’abbé Braban,
le curé de Besse sur Issole qui l’avait
éduqué, lui avait parlé. Il
reconnaissait des titres qu’il avait pu
feuilleter dans la bibliothèque du
château St Dominique à Besse où il
jouait avec les enfants de la famille De
Besse.
Montesquieu, voltaire, Diderot,
Rousseau, La Fontaine et même
Mirabeau…Ce butin prenait pour Gaspard,
valeur de symbole. Chacun de ces
auteurs, il le savait, plaidait, à sa
manière, contre l’intolérance et
l’injustice et défendait l’égalité des
droits entre tous ainsi qu’ un accès de
chacun à l’éducation, au savoir et aux
connaissances. Cette pléiade aux
principes novateurs et révolutionnaires
constituait un formidable courant
d’idées dans une époque qu’on
appellerait plus tard « Le siècle des
Lumières.
Cependant, Gaspard continuait à fouiller
la malle sous le regard déconfit de ses
collègues. Sous la dernière couche de
livres, apparut une boîte en bois
d’ébène, cadenassée.. Gaspard en expert
ouvre adroitement la boîte à l’aide
d’une épingle à cheveux.
C’est un éblouissement : Bien rangés
dans du papier de soie tous découvrent :
Une croix en argent sertie de diamants,
une belle épingle de cravate en or,
plusieurs bagues très fines, un
médaillon en vermeil avec sa chaîne et
des rouleaux de pièces d’or.
Gaspard dit « Je vous fais une
proposition. Partagez-vous équitablement
tout ce qui est dans la boîte en ébène
et laissez-moi les livres ! »
« Mais ce n’est pas juste ! Tu n’y
penses pas » protestent les autres.
« Prends au moins en plus la malle en
cuir alors » ajoute l’un des acolytes ;
« Va comme ça » dit Gaspard « Je prends
la malle et les livres et vous la boîte
et le trésor. Et croyez-moi, je m’estime
infiniment mieux servi que vous »
Ainsi fut fait. Et tel était Gaspard,
généreux, idéaliste et plus épris
d’aventure et de liberté que de
richesses.
Une rivalité fatale : la dénonciation, en prison à Draguignan
A l’époque de son séjour à l’auberge des
Adrets, Gaspard était dans des
complications sentimentales propres à
ceux qui, comme lui, ont le cœur trop
ardent et trop vaste pour n’embrasser
qu’un seul amour.
Une rivalité entre deux belles allait
lui être fatale.
Il faut ici parler de Clarisse. C’était
une adorable petite sauvageonne, une
fille des bois aux cheveux roux et au
tient clair. Ce qui faisait contraste
dans ce pays du sud et de femmes brunes.
Son père était bouscatier : C’est à dire
qu’il coupait des arbres pour en faire
du charbon de bois. Gaspard les avait
tirés d’embarras, un jour où les
colleteurs d’impôts étaient passés chez
eux pour lever 200 livres qu’ils
n’avaient pas car le père de Clarisse
était couché depuis plusieurs mois, avec
un tour de reins. Les gabelous avaient
menacé de revenir sous huit jours et de
brûler leur maison après avoir confisqué
leurs pauvres biens s’ils ne payaient
pas. Gaspard avait fait l’avance des 200
livres et tenu les préleveurs d’impôt en
respect. Il était surtout tombé amoureux
de Clarisse qui le lui rendait bien.
Mais, depuis longtemps, Gaspard avait
aussi une tendresse toute particulière
pour Claire Augias. C’était pourtant
l’épouse de son compagnon Joseph Augias.
Joseph avait été condamné à 5 ans de
bagne à Toulon pour avoir volé deux
livres et demi de sel aux salins
d’Hyères. Le sel était taxé
lourdement(gabelle) et faisait l’objet
d’une importante contrebande. Joseph
avait cru pouvoir améliorer ses revenus
d’ouvrier jardinier. C’est son épouse
Claire qui aborda Gaspard qu’elle
connaissait de réputation pour lui
demander de l’aide pour faire évader son
mari. Grande file mince aux formes
généreuses et au regard noir, elle sut
convaincre. Gaspard réussit à faire
évader Joseph par le corbillard des
morts. Jacques Bouilly, un compagnon de
chaîne de joseph profita du voyage. Et
c’est donc deux nouvelles recrues qui
rejoignirent l’escouade de Gaspard.
C’était dans les débuts. Claire qui
tenait une auberge à La Valette revit
Gaspard et ils restèrent amants
passionnés. Joseph se montra un mari
large d’idées. Il n’aimait plus sa femme
depuis de nombreuses années.
Clarisse – Revenons à elle – Mais il est
vrai que cela se complique ! Anne de
Morières, Rose Faye, Clarisse,
Claire…Vous suivez ? Clarisse donc avait
perdu la trace de son ami Gaspard depuis
qu’il se cachait à l’auberge des Adrets.
Désespérée, elle tenta de savoir quelque
chose en espionnant sa rivale Claire
Augias. Elle se rendit à l’auberge de La
Valette. Elle était très malheureuse et
jalouse. Jamais elle ne laisserait
Gaspard à un e autre femme. Or elle
soupçonnait Claire de continuer à
rencontrer Gaspard en cachette.
Clarisse allait découvrir en effet, que
chaque semaine, Claire prenait
discrètement la diligence vers Fréjus.
En soudoyant le cocher, elle apprit que
la belle Claire descendait à chaque
voyage à l’auberge des Adrets. Du même
cocher, elle obtint une place dans la
prochaine voiture pour les Adrets,
espérant bien affronter sa rivale et
reconquérir Gaspard.
Folle de rage et de jalousie, Clarisse
allait commettre l’irréparable !.
Les gendarmes espéraient bien qu’un jour
ou l’autre l’une des conquêtes de
Gaspard allait les conduire à la cache
où il s’abritait. Le cocher était en
fait un indicateur à la solde des
gendarmes et il glissa un billet
dénonciateur sous la porte de la
gendarmerie de Fréjus.
Le lendemain du jour de la dénonciation
un escadron de 50 gendarmes et dragons
cernait l’auberge des Adrets. A l’aube,
Gaspard fut arrêté au saut du lit ainsi
que ses deux amis Joseph et Jacques.
Rose Faye fut même embarquée pour le
coup.
Tous furent emmenés à la
prison de l’Observance à Draguignan. On
était au printemps de l’année 1780.
Mais Gaspard n’avait pas dit son dernier
mot…
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