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Coup de cœurS

À la faveur des fêtes pascales  nous étions descendus à Cotignac, pour une semaine, chez des amis varois. Le soleil était des nôtres et nous avions vite oublié la grisaille parisienne. Un matin, que nous flânions en  remontant le magnifique cours bordé de platanes séculaires, ma femme et moi,  avions repéré la petite annonce qui allait bouleverser notre vie.

La petite affichette faisait la promotion d’un terrain  de  presque six hectares sis sur la commune de Cotignac ; le prix était alléchant et nous avions pris rendez-vous avec l’agent immobilier chargé de le négocier. Ce terrain, dans la colline,  noyé dans les pins, complètement perdu, n'était pas sans nous rappeler l'Afrique avec ses grands espaces. Nous avions été très sensibles aux odeurs de pins, de thym et de romarin; nous étions emballés par le four à chaux  en pierres sèches et par les ruines d'un petit bastidon. Bien sûr, la broussaille y avait établi ses quartiers ce qui était normal  car ce terrain n’était plus cultivé depuis près d’un demi siècle.

Nous avions signé la promesse de vente avec enthousiasme sans nous préoccuper de la situation des trois parcelles qui étaient toutes situées en zone verte, non constructible. On aviserait plus tard  à ce sujet car l'agent immobilier (un ami de nos amis) nous avait clairement laissé entendre qu'il était possible d'obtenir une dérogation si nous investissions sur place en faisant valoir qu'il y avait possibilité de création d'emplois; cela n'était pas tombé dans l'oreille d'un sourd car il entrait dans nos intentions de monter un élevage de gibier de repeuplement. Bien sûr ce terrain n'était pas viabilisé aussi  avions nous fait ajouter une clause suspensive concernant l'eau.

De retour à Paris j'avais contacté un foreur de Draguignan, ayant une excellente réputation, et qui au deuxième essai avait trouvé de l'eau sur le terrain, à une profondeur de 34 mètres; il nous garantissait un débit minima de 500 litres/heure. Nous avions de la chance car dans le coin les forages dépassent souvent les 100 mètres pour atteindre parfois 180 mètres et plus. Plus rien, désormais, ne s'opposait  à la vente.

La signature définitive avait eu lieu quelques mois plus tard après quelques cafouillages du notaire du coin; elle avait fait deux couples heureux, nous tout d'abord et les vendeurs ravis d'avoir fait une bonne affaire car ils avaient acquis ce terrain pour "une poignée de figues"; c'est à dire pas grand chose.

J'étais tellement obnubilé par ce terrain que j'avais passé mes cinq  semaines de congé à en débrousser une petite partie; je trouvais les journées trop courtes et chaque matin me voyait, assis dans la voiture, sur place, en me lamentant sur la lenteur du jour. J'avais fait l'acquisition de petit matériel : machette, bec de perroquet, hache, hachette et fourche. Je travaillais comme un forcené de l'aurore au crépuscule. Le midi, je quittais le chantier à regret pour aller déjeuner à "Bellevue" où nous étions descendus dans une "campagne*" appartenant à des amis. Quand je dis nous, c'est à dire Madeleine ma compagne des bons et des mauvais jours ainsi que Jean-Baptiste, dit JB, le fiston. Cette campagne, inhabitée en temps normal, c'était tout un poème ! Vétuste, sans confort, pas très nette et cerise sur le gâteau nous vivions en cohabitation permanente avec des rats de bonne taille, malgré la légion de chats qui hantaient la propriété.  Mais tout cela était compensé par le pittoresque des lieux, la sympathie des amis, les pastis et les parties de boules du dimanche.

A la fin des "vacances"nous avions quitté Cotignac  avec regret pour rejoindre la capitale; malgré tout le moral restait au beau fixe car nous avions des projets plein la tête. Nous envisagions faire encore quatre ou cinq ans dans nos emplois respectifs pour arrondir notre capital et après adieu les embouteillages, la pollution et les visages renfrognés !

C'est alors qu'un évènement imprévu vint bouleverser tous nos projets. Un soir, en rentrant du travail nous avions trouvé notre appartement entièrement mis à sac; nous n'avions jamais pu nous en remettre et cela avait été le catalyseur déclenchant notre départ vers la terre promise. Quelques mois avaient suffi pour boucler nos préavis respectifs, faire l'acquisition d'une fourgonnette et de différents matériels indispensables pour mener à bien nos projets, organiser notre déménagement, louer notre appartement et trouver un logement à Cotignac.

C'est ainsi que nous avions rejoint le Var un certain 31 juillet 1981.

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