Barjols
les
fontaines
Le village
(Barres
= collines et jouls = jolies – en provençal : Barjouls
Ce village compte
2500 Âmes qui vivent à une altitude comprise entre 250 et 300 mètres. La présence
du petit fleuve varois l’Argens, des rivières du Fauvery et de l’eau salée
ont fortement contribué au développement de cette bourgade en favorisant
l’implantation de tanneries.
Une source
importante alimente les gens du village et aussi les très nombreuses fontaines
qui comptent parmi les plus belles de la région.
On situe la
naissance de Barjols entre le XI et XIIème siècle :
- Au XIème siècle,
Barjols dépendait du Castrum de Pontevès.
- Au début du XIVème
siècle, le château de Pontevès devint résidence des comtes de Provence.
- Au XIXème siècle,
Barjols devint la capitale du cuir avec 24 tanneries et 19 moulins à tan, 3
papeteries, une blanchisserie, un moulin à foulon et une fabrique de cartes à
jouer ; le village comptant à cette époque 3250 habitants.
Toute
cette industrie, mise en place au cours des siècles va péricliter et la dernière
tannerie, fondée en 1660, déposera son bilan en 1983.
Un
peu d'histoire
Le territoire de Barjols a été
occupé d'abord par les "Suelteri" qui y élevèrent un oppidum sur la
colline des Fourches, puis par les romains. L'histoire moderne commence en 1021
quand la famille Arbet cède aux moines de Saint-Victor de Marseille l'église
Sainte-Marie et Saint-Jean de Barjols, construite en 1014. En ce début du XI°
siècle, Barjols dépend du castrum de Ponteves. C'est en 1060 que l'église est
élevée au rang de collégiale par le pape ALexandre II, ceci sous un nouveau
vocable: "Notre-Dame-de-L'épine".
Au début du XIV° siècle,
après quelques passations de propriété, Barjols devint une des résidences
des comtes de Provence qui y faisaient élever leurs enfants. Jacques Dueze, prévot
de Barjols, futur pape sous le nom de Jean XXII, fut le précepteur de Saint
Louis de Brignoles et de Robert d'Anjou.
Pendant la guerre de
succession de la reine Jeanne, la ville fut dotée d'un puissant rempart
gardé avec l'aide des hommes affectés à l'office du châtelain - Barral de
Ponteves, seigneur de Barjols, capitaine général pour la garde du donjon. En
1441, les pierres et les bois nécessaires aux réparations des remparts furent
volés; la peine d'excommunication fut prononcée contre les coupables...
En 1562, après avoir saccagé
Tourves, Durand de Ponteves, seigneur de Flassans, surnommé le "chevalier
de la foi", se réfugia avec ses partisans dans Barjols. Après quatre
jours de siège, la ville fut prise le 6 mai 1562 par les armées du roi commandées
par Saint Auban et le baron des adrets. 600 catholiques furent massacrés, les
prêtres jetés dans les puits, les églises pillées, les reliques de Saint
Marcel brulées. Durand de Ponteves réussit à s'enfuir pour se réfugier à
Carcès "Paye Barjouls! Paye Barjouls" fut alors le cri de guerre des
catholiques contre les protestants. Un scénario analogue se déroula de nouveau
en 1590. Pour éviter de nouveaux massacres, le roi Henri IV céda la citadelle
à la ville qui en fit abattre une partie. Les consuls firent démolir "la
fortification tant vieille que nouvelle dudit château de peur que quelques
mauvais garçons ne s'en emparent".
A la suite du coup d'état du
2 décembre 1851, Louis Martin, dit "Bidouré", jeune résistant républicain
de 19 ans, voulant rejoindre les insurgés de Barjols réfugiés à Tourtour fut
arrété et fusillé deux fois; sa statue est sur la grand place....
Les tripettes de Saint Marcel
A
Barjols, tous les quatre ans, le jour de la Saint Marcel, on danse la danse des
tripettes dont l'origine est fort ancienne. Saint
Marcel fut au Vème siècle évêque de Die (Drome). Après sa mort, son corps
fut conservé au monastère de Saint Maurice, entre Aups et Barjols. Or,
une nuit de janvier 1350, il apparut au moine qui gardait ses reliques et
réclama leur transfert sans préciser l'endroit qu'il souhaitait comme nouvelle
résidence. Prétendant les uns et les autres avoir percé la volonté du Saint,
les habitants d'Aups et ceux de Barjols revendiquèrent sa dépouille. On
s'entêta si bien qu'il fallut s'en remettre à un arbitrage désintéressé. Le
comte de Provence, consulté, ordonna aux antagonistes de mesurer la distance
qui séparait le monastère de chacun des villages : le village le plus proche
emporterait le Saint. Mais pendant que les gens d'Aups prenaient
consciencieusement les mesures, ceux de Barjols, trop malins pour être
honnêtes, firent main basse sur les reliques et les ramenèrent triomphalement
chez eux. Cela se passait un
17
janvier, jour où Barjols, traditionnellement, sacrifiait un bœuf gras pour commémorer
une ancienne famine heureusement enrayée par l'arrivée d'un bœuf
providentiel. Les tripes fumantes de l'animal, recueillies dans des corbeilles,
étaient distribuées, parmi les chants et les danses, à toute la population du
village. Au milieu de ce festin bizarre, les ravisseurs du Saint surgirent,
ajoutant à la liesse générale. Et, sur-le-champ, les Barjolais mêlèrent les
deux sources de leur joie dans une petite chanson ironique : Nautro
leis auren lei
tripeto, lei tripeto, Nautre leis auren lei
tripeto de Sant Maceù. (Ce sont
les nôtres qui les ont, les tripettes de Saint Marcel...) Cela
n'empêcha pas leurs voisins de Tavernes de prétendre être les seuls
possesseurs des vraies tripes du Saint évêque ! Aujourd'hui,
la fête des Tripettes commence, le matin, par un défilé animé par les fifres
et les tambourins.
L'après-midi, un bœuf enrubanné, escorté par les bouchers
et des gardians à cheval, est promené à travers les rues dans le vacarme des
tromblons. Il est ensuite conduit devant l'église, où le prêtre le bénit.
Puis on l'immole et on le place sur un char fleuri. La nuit tombée, à
complies, tout le monde se rend à l'église collégiale. Les musiciens,
groupés devant le maître-autel, attaquent la danse des tripettes, donnant aux
fidèles le signal d'une danse sautillante et endiablée à laquelle, jadis, les
curés se mêlaient volontiers. Le
lendemain, après une messe ponctuée de nouvelles danses, le bœuf est
solennellement mis à la broche sur l'esplanade de la Rouguière, où on le fait
rôtir jusqu'au soir, dans l'allégresse générale. La fête s'achève, bien
entendu, par la consommation du gigantesque rôti. Un
évêque de Fréjus et, plus tard, certains dirigeants régionaux de la
Révolution tentèrent, mais sans aucun succès, d'interdire cette fête,
évident vestige de rites païens bien connus. Il faut encore observer que le
patronage de Saint Marcel, malgré la légende locale, reste assez énigmatique.
Mais il doit être fort ancien puisque Jean de Meung, dans son célèbre
Roman
de la Rose, appelle le Saint :
Saint Marcel aux Tripes.
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