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Aigues-Mortes
Remparts
d'Aigues-Mortes (Photo Nadine)
Aigues-Mortes (étymologie : Aquoe Mortuoe "eaux mortes, stagnantes") est un
orgueilleux petit port acheté par Louis IX (Saint-Louis), vers 1248 à l'abbaye
de Psalmody pour en faire le point de départ de ses deux croisades.
Aigues-Mortes aujourd'hui, agonise au milieu de ses étangs, victime des vents et
de la boue que vomit inlassablement le Rhône. Le long des côtes de ce Languedoc
déjà provençal, les courants sont perfides et extrêmement violents à un mètre de
la surface. Ces sables que déverse le Rhône modifient la côte depuis des
siècles.
Aigues-Mortes est devenue ainsi, une petite ville, célèbre par ses écrivains, et
les souvenirs de cette escale vers la Terre-Sainte parachevée par Philippe III
le Hardi, fils de Saint-Louis.
Une partie des
remparts (Photo Nadine)
Une des portes
d'Aigues-Mortes (Photo Nadine)
La ville est enclose dans un quadrilatère fortifié, de 500 m sur 300. Le nom de
l'une des tours, la tour des Bourguignons, rappelle un drame étrange.
En 1421, les Bourguignons, grâce à la trahison d'un gouverneur au nom prédestiné
de Malepue, s'étaient rendu maîtres de la cité. Cependant, les troupes royales
réussirent à les vaincre et firent un effroyable massacre des envahisseurs. Il y
eut tellement de cadavres que pour éviter la contagion de la peste, on entassa
les morts dans une tour d'angle de la muraille sud-ouest et on eut soin de
recouvrir les corps de saumure. Un refrain populaire et régional naquit de cet
épisode de l'histoire :
Bourguignon salé,
L'épée au côté,
La barbe au menton,
Saute, Bourguignon !
Cette comptine pourrait avoir une signification ésotérique, elle indiquerait
qu'il faut chercher dans la tour, non pas le Bourguignon salé... mais celé,
c'est-à-dire : le soleil caché. Si l'on examine avec soin les pierres des
remparts, on se rend compte qu'il y en a un grand nombre qui portent les marques
caractéristiques des maîtres maçons (équerres, compas, fils à plomb des
Francs-maçons et des Templiers).
La Tour de Constance (Photo
Nadine)
A la défense d'Aigues-Mortes proprement dite se rattache une tour admirablement
fortifiée et qui a résisté aux ans et aux sables, c'est la tour de Constance.
Elle doit son nom à l'opiniatreté de Philippe III le Hardi et de ses compagnons,
lors de sa construction, devant les eaux des marais et les sables mouvants.
Trois étages de caves, de souterrains, eux-mêmes fondés sur des milliers de
pilotis attestent de la constance des bâtisseurs animés par la foi et le
mysticisme.
Aujourd'hui, dans la petite cité rôde encore la grande ombre de Saint-Louis,
mort de la dysenterie devant les remparts de Carthage en 1270.
Statue de Saint-Louis (Photo
Nadine)
Au nord-est de la ville, une pinède et un mas portent le nom de Saint-Jean, en
souvenir de l'ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem qui en furent
les maîtres jusqu'à la Révolution. Chaque année, autrefois, pour la Saint-Jean
d'été, le 24 juin, des foules de braves gens se retrouvaient là, autour du puits
d'eau douce, pour ripailler et allumer de grands feux destinés selon la
tradition, à chasser les sorcières de l'hiver.
Chevaux de Camargue (Photo
Nadine)
La Camargue est là, et les chevaux fabuleux abondent dans les légendes. Autour
des remparts, certaines nuits, un grand cheval blanc galope. C'est "Lou drapé",
un animal fantôme, effrangé, qui court dans la musique de ses sabots. On assure
que son dos peut s'allonger indéfiniment, comme la monture des quatre fils Aymon
(Renaud, Guichard, Alard et Richardet), un cheval devenu célèbre sous le nom de
Bayard. La nuit, à son passage, les enfants s'éveillent, sortent de leurs
maisons, sans faire de bruit et l'attendent, hors les portes de la ville. Là, il
arrive accompagné de la chanson de son petit trot. Les enfants, encore
ensommeillés, montent sur son dos, dix, vingt, cinquante, cent... et "Lou drapé"
s'enfonce dans les brumes vers les marais du Grau-du-Roi, et disparaît dans le
clop-clop de ses sabots et les rires des enfants...
Source : Les dossiers de
l'Histoire mystérieuse - Hors série N°2 - Quatrième trimestre 1988.
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